Pourquoi la politique de la France en matière de migration est-elle inefficace?

Alors même que le défi migratoire ne faisait pas partie des revendications exprimées lors des derniers mouvements sociaux en France, et assez peu lors des élections européennes, le gouvernement ne cesse de proposer des politiques répressives, court-termistes et surtout inefficaces en la matière, par Sylvie Guillaume, eurodéputée, présidente de la délégation française du groupe S&D.  

À chaque étape importante de la vie politique en France, cette question est remise sur le tapis par le gouvernement ; ce quinquennat ne fait pas exception. Alors même que le défi migratoire ne faisait pas partie des revendications exprimées lors des derniers mouvements sociaux en France, et assez peu lors des élections européennes, le gouvernement ne cesse de proposer des politiques répressives, court-termistes et surtout inefficaces en la matière.

Tour d’horizon des dernières absurdités de l’exécutif :

- Accélérer les éloignements : si l’éloignement des personnes en situation irrégulière et ayant épuisé toutes les procédures possibles et les voies de recours n’est pas en soi illégitime, les méthodes des autorités françaises sont injustes, coûteuses et inefficaces. Ainsi, le recours quasi systématique à la détention, et les expulsions forcées coûtent près de 14 000 euros par personne contre 2 500 à 4 000 euros pour le retour aidé selon un rapport de l’Assemblée nationale. Ces expulsions représentent entre 70 et 80 % des raccompagnements. Elles sont utilisées depuis des années par la France. Ce qui est remarquable, c’est que le taux de retour n’augmente pas et demeure faible. En outre, l’accès au recours pour les déboutés de l’asile est de plus en plus restreint, pour faciliter les expulsions au détriment du droit.

- Expulsions vers des pays dangereux : autre nouveauté en matière de migration, le renvoi vers des pays dangereux. La France renvoyait déjà des personnes vers l’Afghanistan, la semaine dernière, c’est une ressortissante érythréenne qui a été expulsée vers l’une des pires dictatures du monde. Cela ne s’était pas produit depuis des décennies. Ce qui démontre une contagion des politiques sombres menées ces dernières années par certains de nos voisins européens. 

- Quotas de migrants : idée inlassablement reprise concernant la gestion des migrations en France, l’instauration de quotas de migrants. Autant dire, un pansement sur une jambe de bois ! Non seulement déjà en 1993, le Conseil constitutionnel avait statué sur le caractère anticonstitutionnel de ce système, mais en 2009, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux avait commandé un rapport dont les conclusions sont sans équivoque : les quotas sont « inefficaces, irréalisables ou sans intérêts ».

Le gouvernement actuel envisage pourtant de fixer des « objectifs annuels » migratoires. Dans quel but sinon électoraliste et populiste ? Que le gouvernement ne se fasse aucune illusion : des quotas n’auront aucun impact sur l’immigration irrégulière.

Au lieu de s’entêter dans cette voie sans issue, les autorités françaises devraient plutôt proposer des solutions d’accueil et d’hébergement, et des procédures efficaces notamment aux migrants qui vivent dans des conditions indignes. Elles doivent impérativement se mettre d’accord avec leurs homologues européens pour enfin aboutir à un système équitable et efficace de répartition au sein de l’UE. C’est précisément la réforme du Paquet législatif européen sur l’asile, notamment du système de Dublin, en cours depuis mai 2016, qui permettra de faire évoluer la situation actuelle. Malheureusement, celle-ci est bloquée au sein du Conseil (représentants des États membres de l’UE) où les égoïsmes nationaux empêchent un quelconque accord et la mise en œuvre d’une politique européenne efficace. Les élections européennes sont maintenant derrière nous et les négociations sur les ‘top jobs' pas encore conclues ; mais il est urgent que les acteurs européens se remettent rapidement au travail !  

 

Sylvie Guillaume, eurodéputée présidente de la délégation française du groupe S&D.

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