Mon expérience d'autiste Asperger à un poste avec aménagements en entreprise

J'ai créé un billet sur mon expérience tardive à un poste avec aménagements (en entreprise ordinaire). A savoir : quelle a été l'utilité de ces aménagements pour mon profil d'autiste ?

Je souhaite apporter mon témoignage d’autiste Asperger ayant expérimenté pour la première fois des aménagements au poste en entreprise ordinaire.

Mon retour sur expérience est aussi l’occasion de rappeler que le choix de ces aménagements doit être fait avec sérieux, méthode et lissage dans le temps si nécessaire. D’autant que ce choix impactera les employés autistes, à savoir des personnes souvent chahutées professionnellement et/ou personnellement, mais aussi l’organisation du département, donc des collègues et hiérarchie de l’employé avec autisme.

Le contexte

Dans le cadre de ma reconversion professionnelle post-diagnostic, j’ai décidé de reprendre des études. Plus précisément un Master 2, que j’ai réalisé en alternance en entreprise à un poste aménagé.

C’était mon premier poste avec aménagements, à l’âge de 50 ans.

Le menu

Je développerai dans ce billet les caractéristiques de chaque aménagement dont j’ai bénéficié. A quel moment les besoins se sont fait sentir, par qui ils ont été émis à ma hiérarchie, sur quelles bases, ainsi que leur utilité et ce qu’ils ont révélé.

J’ai choisi dans un premier temps d’analyser 3 de ces aménagements. Les autres aménagements dont j’ai bénéficié feront l’objet de prochains billets.

Analyse de mes besoins - De quels besoins parle-t-on exactement ?

Au moment où j’ai dû les identifier de façon à pouvoir les exprimer pendant l’entretien d’embauche, je n’en n’avais aucune idée.

Comme le dit l'auteure autiste américaine Samantha Craft, en réponse à la journaliste qui s’enquiert de savoir quels sont les aménagements qu’un autiste devrait demander pour le travail :

« Il n’est pas évident d’une part d’identifier ses besoins, d’avoir le courage de les exprimer, de savoir comment les formuler. Il faut généralement de la connaissance de soi, de son autisme ; il faut aussi de la maturité voire de l’aide afin de formuler et exprimer ces demandes. Il faut par ailleurs des capacités de communication pour savoir comment aborder ce genre de conversation et échanger avec son interlocuteur ».

A l’époque de l’entretien, je n’avais pas cette connaissance de mon autisme puisque j’étais fraichement diagnostiquée.

En outre, après 30 ans à avoir travaillé en ignorant mon autisme, à des postes sans aménagements et totalement différents de celui que j'allais apprendre en alternance, comment dire, euh, ça n'est pas évident.

Par manque de pratique et de connaissances en matière d’aménagements pour les autistes Asperger, j'ai commencé par demander une tolérance pour les horaires d'arrivée le matin.

AMENAGEMENT # 1 : TOLERANCE POUR LES HORAIRES D’ARRIVEE AU BUREAU

En effet, je suis anxieuse d'une manière générale et plus encore à l'idée d'arriver en retard au bureau le matin, ce qui affecte mon sommeil.

La limite d'arrivée le matin dans cette entreprise étant 9h30, ce qui me convenait, ma demande n'a donc ni posé problème ni fait l'objet d'un aménagement.

Je dois avouer cependant que je n’aurais pas été contre une tolérance jusqu’à 10h00, juste histoire de me rassurer, mais cela n’aurait pas été possible car cela serait allé à l’encontre de la politique globale du Groupe.

Une fausse croyance

Toutefois, ma demande n’a pas été vaine car il s’est avéré, une fois passés les premiers jours de travail, que mon anxiété n’est pas due à la crainte disproportionnée d'arriver en retard au travail le matin mais plutôt à la nouveauté de la situation.

Cela explique que je ressens le même trouble du sommeil à la veille de chaque évènement nouveau. Et que ce trouble disparait assez rapidement au final.

Ainsi, pour le travail, je récupère mes nuits une fois que je maitrise bien le trajet pour arriver au bureau (TOUS les trajets possibles pour m'y rendre, au cas où...).

Ce qui m'avait induite en erreur est le fait que j'ai travaillé si longtemps en intérim et changé si souvent d'emploi, ce qui signifie un nouveau trajet à chaque fois et des nuits de sommeil qui n'en sont pas.

De même, si j'ai rendez-vous chez un nouveau dentiste, je ne redouterai pas le dentiste en lui-même mais la nouveauté : le chemin pour me rendre à son cabinet, pour l'instant inconnu, les locaux que je ne connais pas encore etc.

BILAN DE L’AMENAGEMENT # 1 : un aménagement qui n’en n’était pas un mais une vraie révélation concernant mon fonctionnement.

AMENAGEMENT # 2 – LE TELETRAVAIL

En temps ordinaire je ne rencontre pas forcément de problèmes pour prendre les transports en commun. Hormis à certains endroits de croisements de marées humaines, tels les couloirs de La Défense, de la gare Saint-Lazare etc., à savoir où les stimuli deviennent trop forts pour moi.

En revanche et contrairement à beaucoup d’autistes, les bruits et lumières à l’intérieur du wagon du métro ou du train ne me dérangent pas.

Mon besoin en matière de télétravail s’est manifesté au moment de mon déménagement, soit quelques mois déjà après le début de mon contrat, mon nouveau domicile se trouvant trop loin du lieu de travail. J’ai donc demandé à ma hiérarchie la possibilité de télétravailler 2 jours sur 3 (les deux autres jours de la semaine étant consacrés aux études à l’université).

J’ajoute que mon poste se prêtait tout à fait au télétravail et que ce format nécessitait a priori un investissement limité en temps et en argent pour l’entreprise.

Cet aménagement a été accepté et mis en place très rapidement, ce qui m’a largement soulagée. Exit les problèmes de transport, l'angoisse des grèves etc. Comme pour tout francilien qui se respecte, me direz-vous, mais sur la base de ma fatigabilité élevée comme pour chaque autiste.

BILAN DE L’AMENAGEMENT # 2 : il s’agit sans conteste de l'aménagement qui m’a été le plus bénéfique.

Cependant, ce besoin a émergé suite à un changement dans ma situation personnelle. Sans déménagement, je n’aurais sans doute pas eu besoin de télétravailler.

AMENAGEMENT # 3 – UTILISATION D’UNE SALLE POUR ME REPOSER

J'avais aussi volontiers accepté la proposition de ma hiérarchie, suggérée par la psychologue lors de la sensibilisation de mon équipe à l'autisme, d'utiliser une salle de réunion pour aller me reposer, quand nécessaire.

J’ignorais, au moment où cela m’a été proposé, que cela ne correspondrait pas à mes besoins mais j’étais disposée à tenter l’expérience. En effet, je n’étais pas contre l’idée de me faire chouchouter, pour une fois.

Il s’avère que je n'en n'ai pas eu l'utilité.

En effet, si j'ai besoin de recharger mes batteries, direction mon intérêt spécifique. En l’occurrence, le visionnage d'une vidéo de musique (pas n’importe laquelle, celle que j’écoute en boucle) sur YouTube.

Les intérêts spécifiques : .. préoccupation pour un ou plusieurs centres d’intérêts anormaux dans leur définition ou leur intensité (par exemple, attachement fort à des objets inhabituels ou préoccupation pour ceux-ci, intérêts excessivement circonscrits ou persévérants). (...) Les intérêts spécifiques font partie du fonctionnement des personnes autistes

Extrait du site : Comprendrelautisme.com

A vrai dire, pour être vraiment en forme, j'aurais plutôt eu besoin de faire une sieste post-déjeuner. Cependant, cela n'est ni réaliste ni forcément spécifique des besoins des personnes avec autisme. Combien de non-autistes seraient ravis de pouvoir faire une sieste au bureau pour se requinquer ?

BILAN DE L’AMENAGEMENT # 3 : cet aménagement s’est avéré inutile en tant qu’aménagement mais il a agi comme révélateur concernant mon fonctionnement autistique.

En effet, j’ai pu constater que 3 ou 4 minutes seulement d’une vidéo de musique me rechargent considérablement.

CONCLUSION

Sur la base de ces 3 aménagements, il s’avère qu’un seul m’a été utile en tant qu’aménagement au poste.

Cependant, cela m'a permis d'avoir une bien meilleure connaissance de mon autisme.

A suivre….

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