L’article L-110 du Code de l’urbanisme

Extraits choisis d'un entretien avec le paysagiste, urbaniste et architecte, Alexandre Chemetoff

Ces extraits sont tirés d’un entretien avec le paysagiste, urbaniste et architecte Alexandre Chemetoff publié dans la revue Urbanisme n°413, avril-mai-juin 2019. Il s’y reflète une posture singulière qui dépasse le cadre d’une profession. Et puis, ce rappel bienvenu de l’article L – 110 du code de l’urbanisme...

 

  • Il y a là une forme d’aveuglement dont on connaît l’origine. Après la dernière guerre, la revendication d’une appartenance à un territoire ou à un terroir était suspecte et, au contraire, la volonté de s’abstraire de toute référence, salvatrice. Ce fut vrai de l’agriculture industrielle, comme de la construction des villes, et tout s’est passé comme si les bombardements s’étaient poursuivis après la guerre.

 

  • On en revient à la question qui se pose désormais avec acuité : « Comment nourrir la planète sans la détruire ? »

 

  • Si l’échelle pertinente de réflexion sur la ville est celle de la région, il faut repenser le rapport entre la ville et la campagne, vraiment construire la ville sur elle-même. Des aménageurs, promoteurs de la ville « aux champs », proposent de lotir des terrains sur les meilleures terres à blé du monde. Ce n’est pas raisonnable. Le « Triangle de Gonesse », c’est Notre-Dame des champs ! Il faut défendre la campagne française comme un patrimoine mondial de l’humanité. Voyez le film d’Ariane Doublet, La Terre en morceaux, qui montre comment dans le pays de Caux on crée des rocades inutiles et des zones d’activité sans activités, toutes au détriment de terres cultivées de premier ordre.

 

  • Ce qui m’intéresse, c’est de construire, en tissant des liens entre l’histoire, les qualités d’un bâtiment, celles d’un site et la possibilité d’accueillir un nouvel usage, un nouveau programme. De cette rencontre naît une esthétique située.

 

  • « Cet endroit avec ses vieux papiers peints, ses murs de différentes couleurs, porte la trace d’anciennes occupations, c’est une véritable richesse. Une sédimentation esthétique est possible et les artistes qui bientôt vont occuper les lieux pourraient s’en emparer. »

 

  • La culture n’est pas un volet programmatique, mais une façon de construire la ville. Ce qui est culturel, c’est de créer la possibilité d’une vie meilleure à partir de différentes circonstances, c’est une prise de position, une autre forme de l’engagement.

 

  • La résistance offerte par le patrimoine est essentielle. L’article L-110 du Code de l’urbanisme dit que « le territoire est le patrimoine commun de la Nation ». Le « Triangle de Gonesse » a une histoire six fois plus longue que celle de Notre-Dame de Paris. Ce sont les premières terres cultivées, le début de notre civilisation fondée sur l’agriculture. Ce sont les cultures vivrières d’Île-de-France qui sont à l’origine de Paris.

 

  • (sur Los Angeles), Et puis cette idée que les autoroutes ont pris la place d’anciennes voies de chemins de fer, et que, peut-être, on peut imaginer que les choses se retournent un jour, dessinant un paysage de l’après-pétrole.

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