Photographier les territoires du Grand Paris Express

L’artiste photographe, Pierre-Olivier Deschamps est l’auteur, pour le compte de la Société du Grand Paris (SGP), de reportages sur les territoires où seront édifiés les gares du nouveau réseau du Grand Paris Express.

L’artiste photographe, Pierre-Olivier Deschamps est l’auteur, pour le compte de la Société du Grand Paris (SGP), de reportages sur les territoires où seront édifiés les gares du nouveau réseau du Grand Paris Express. Conserver la mémoire des lieux, leur apparence physique, celle des habitants et de leur mode de vie, leur lieu d’habitation, tel était l’objet de la commande. Une partie de ce travail a été exposée dans l’exposition Les passagers du Grand Paris Express présentée au MAC/VAL durant l’été 2015.

 

Les premières missions photographiques se déroulent quelques décennies après l’invention des procédés de captation des images. En France, la Mission héliographique de 1851 est considérée comme la première commande institutionnelle couvrant tout le pays. Lorsqu’au début des années 1980, la DATAR fait appel à des artistes photographes pour établir un état des lieux de la diversité des paysages français, l’appellation Mission photographique s’impose en référence à celle du XIXe siècle. Elle donnera lieu à différentes expositions et publications nourries des travaux de Lewis Baltz, Raymond Depardon, Robert Doisneau, François Hers, Sophie Ristelhueber…. Les reportages effectués par Pierre-Olivier Deschamps sur les territoires de banlieues qui seront desservis par le Grand Paris Express, s’inscrivent dans cette filiation revendiquée. Pour cela, Pierre-Olivier Deschamps a arpenté 600 kilomètres, photographié cinquante-sept lieux, produit 4000 images (dont 84 ont été présentées au MAC/VAL). Pour chaque endroit, une demi-journée de repérages précède une journée entière de prises de vues. Deux phases articulent le travail : un premier temps concerne une approche principalement technique, documentaire dite de street view : que voit-on en se positionnant à l’endroit de l’implantation de la future gare ?

Méthode et composition photographique

La deuxième phase est plus libre et se réfère en partie à l’école allemande (ou école de Düsseldorf). L’appareil est sur pied ; les prises de vues sont frontales donnant ainsi à voir les différents paysages sans affect particulier mais respectant les codes de la photographie d’architecture : verticales bien droites, horizontales parfaitement alignées. Il en ressort une esthétique très ordonnée, représentant des paysages sans « fioriture ». Le cadre choisi indique déjà l’intention d’une photographie d’espace, de volume, d’architecture.

Mais Pierre-Olivier Deschamps ajoute au dispositif le « ici et le maintenant ». Pour chaque endroit, une fois défini le cadre, il insère dans sa composition un amer, un phare, soit une émergence, une typologie de bâtiment, un pont, des arches, simplement parfois un immeuble plus haut que les autres…. C’est le « ici. » On peut alors reconnaître Cachan, Arcueil, Noisy-le-Champ… A Créteil, la grande croix de l’hôpital est visible d’un peu partout et se retrouve sur la plupart des images du photographe qui a multiplié les angles de prise de vue, lui donnant la fonction d’un repère majeur.

Bagneux © Pierre-Olivier Deschamps Bagneux © Pierre-Olivier Deschamps
Le « maintenant », c’est l’imprévisible, l’accident, un effet de lumière inattendu, un orage, une silhouette qui rentre dans le cadre. Sur telle image à Nanterre, un rectangle de soleil passe entre les immeubles et dessine une tache de lumière sur les voies de chemin de fer à l’endroit où sera construite la gare. Les personnages, par leurs vêtements, leurs origines informent sur les populations qui résident et contribuent à la datation de la prise de vue. Petit à petit, le regard du photographe s’approprie le paysage de banlieue. L’espace naturel a disparu depuis longtemps et laissé place à une accumulation de formes, de lignes, de volumes souvent chaotique. La prise de vue est davantage que la captation de l’existant à un moment donné ; elle doit dépasser l’aspect labyrinthique, proposer une lecture compréhensible pour le passant comme pour l’autochtone. Permettre au regardant de se sentir en immersion dans le paysage, d’où l’importance donnée au sol par exemple. Les personnages dans les images aident à la lecture, ouvrent à des formes de narration.

 

La fabrique d’une image

Pierre-Olivier Deschamps a travaillé avec une chambre photographique. Le cadre prédéfini une fois l’appareil posé est regardé à travers un dépoli. L’image est inversée de gauche à droite et de bas en haut. Les photographies prises à la chambre sont souvent plus dessinées parce que le regard est avant tout attiré par les silhouettes, le dessin, l’architecture générale. L’appareil enregistre ce qui a été pré-déterminé par le cadre, une alternative à un dessin fait sur le vif. L’imprévu se produit ; le photographe appuie sur le déclencheur. L’image obtenue contient alors ce que vous n’aviez peut-être pas prévu. La focale utilisée aboutit à une vision naturelle, ce qui semblait essentiel à Pierre-Olivier Deschamps pour assurer la pérennité de son travail, constitué un fonds photographique pour à terme, témoigner de l’histoire de ces paysages de banlieue.

  

Pierre-Olivier Deschamps est membre de l’agence de photographes VU’

http://www.pierreolivierdeschamps.com/

 

Une version légèrement différente de cet article a été publié en 2015 dans un numéro consacré aux gares du Grand Paris, revue Urbanisme.

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