Roland Topor, un beau soir... ou peut-être une nuit...

De lui je n'ai qu'un livre, celui ci:

 

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Un beau soir je suis né en face de l'abattoir

 

Et sur chapitre.com ils en disent ceci:

 

"Le 16 avril 1997 mourait, à la terrasse d'un café ensoleillé, Roland Topor. Hénaurme dessinateur, graphiste, peintre, affichiste, sculpteur, écrivain, dramaturge, réalisateur, scénariste, créateur de chansons, décorateur, il laisse en héritage une impressionnante production graphique et littéraire. Ce livre persillé d'aphorismes et de bons mots cruels invite à la redécouverte de l'humour noir et du génie absurde de Roland Topor. On y trouve toute sa palette graphique : dessins au trait ou à la bombe, lavis, linos, peinture, strips et BD. Un régal ! "

 

Mort à la terrasse d'un café?

Mort comme il a vécu ou juste comme je l'ai vu...?

 

Parce que moi monsieur Topor, j'ai deux aventures de comptoir avec lui, ou de salle plutôt... enfin de café restaurant club quoi...

 

La première ça fut rue de Seine, à Paris, un vieux bistrot pas piqué des vers, monument historique, une institution, là où vous regardez travailler un serveur qui figure sur la fresque peinte dans le café.

Il paraît qu'il est mort, lui aussi.

Mais là c'était en 1992 quand même...

C'était donc à la Palette, rue de Seine, Paris 6ème...

Et j'étais avec l'ami Boris.

 

On s'était posés en terrasse, après un temps d'attente parce qu'il y avait un monde fou, premiers jours de beau temps.

Et tout d'un coup, dans cette masse d'assis très chics, un rire... remarquable.

Mais quel rire de fou.

Le genre qui vous remonte les zygomatiques malgré vous, pire qu'un virus, plus instantané qu'une montée de moutarde...

Alors on s'est retournés, et là, monsieur Topor, que je ne sais même plus d'où ni de quand je connaissais sa tête, mais les dessins, ça je connaissais de chez une amie qu'avait des lithos sur son mur. Même qu'à l'époque pour moi Topor c'était Téléchat, pas des dessins érotiques, m'enfin.

Et quelle gueule, ces yeux de batracien, cette face lunaire, ces dents, et tout ça qui dégage un truc incroyablement sympathique.

 

Le serveur est venu le chercher en terrasse: "Un appel au bar pour monsieur Topor".

Pas d'erreur, c'était bien lui.

 

Fin de la première rencontre du troisième type.

 

Quelques unes de ses œuvres cinématographiques en animation:

 

Les temps morts:

 

La planète sauvage (Bande annonce):

Fantastic Planet (1973) trailer © sideshowcarny

 

 

Et quelques mois après, à Saint Germain des Prés, la seconde.

 

Il était très tard, plus d'une heure du matin et pour des raisons un peu longues à raconter, je me trouvais encore dehors avec ma collègue Samia et mon directeur Didier, à la recherche d'un restaurant où on pourrait encore se faire servir à une heure pareille...

On en a trouvé un rue Princesse, une pizzeria, et là avec Samia on a massacré notre directeur.

D'abord on s'est fait payer du champ' en apéro, et puis on s'est préparées à se faire un "entrée-plat-dessert" des plus coûteux possible.

Oui, notre directeur avait sévèrement merdé dans son boulot, et on avait du bosser jusqu'à cette heure indue alors qu'une boutique pour enfant, ça ferme à 7h, du coup, vengeance et racket, non mais.

 

Sauf qu'à un moment on entend Samia se mettre à brailler vers quelqu'un assis derrière nous:

"Bon le monsieur là, au lieu d'écouter notre conversation de loin vous pourriez venir carrément à notre table, vous entendriez mieux..."

Avec Didier on s'est retournés, et glurps... Topor himself qui se faisait chambrer par notre racaille chic à nous...

 

Et bien c'est ce qu'il a fait, venir s'installer à notre table.

Il nous a parlé de son père qui venait de mourir, il ne s'en remettait pas, de la nuit où tout est plus... je ne sais plus.

Et même du petit matin blème, il aimait les Halles quand c'était encore des halles, et la Villette quand c'était encore des abattoirs, et même qu'alors encore ça lui arrivait de pousser jusqu'à Rungis pour retrouver l'ambiance, les bouchers plein de sang...

Et puis aussi des cafés, des bars, des restaurants, qu'il adorait, et les gens, toujours partout, des gens.

 

Après le restaurant, il nous a proposé de nous amener dans un club privé dans la même rue.

Samia est repartie avec son mec qui était venu la chercher et donc Didier, Topor et moi on s'est fait le "Bedford Arms".

Reçus comme des pachas, fini la soirée au champagne... et aux Gitanes, j'avais plus de clopes et sur le bar il y avait un pot avec des Gitanes.

Ne jamais boire avec un Polonais, même né en France, même si on est bretonne, même si.... parce que cette partie là, j'ai presque tout oublié.

Je suis rentrée au petit jour, mon directeur était trop cuit pour me raccompagner, et surtout trop cuit pour réaliser qu'en prenant le volant pour faire moi-même le chauffeur et remonter place Clichy, il était avec une hors-la loi... je n'ai pas le permis... et j'avais bien 4 g...

 

Alors quand en 2000 j'ai vu ce bouquin, "Je suis né un beau soir en face de l'abattoir"... tout ça m'est revenu, et j'ai eu envie d'aller au moins une fois à Rungis, pour voir ce que ça fait.

 

Un jour, bientôt, sans doute...

 

 

 

 

 

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