OUI, D’ABORD COMBATTRE LE FN, L’EXTREME DROITE ET LE FASCISME .

1)Réponse lapidaire mais non violente à J. Baubérot, 2)Macron peine à faire le plein de voix "républicaines", pourquoi? 3)Quelles raisons pour voter Macron? 4)Le combat contre le FN doit se faire aux législatives et c'est mal parti!

En premier préambule, le billet de M. Baubérot m’a convaincu, JE NE VOTERAI PAS MACRON.

Cela dit, je n’ai rien contre le vote Macron, la plupart de mes amis le feront sans doute. Cependant, le lâche que je suis, selon lui, ne lâchera rien ! Tout d’abord si on n’insulte pas ses adversaires, que dire alors de ses amis. Qu’il se rassure, de notre côté, nous le défendrons face aux nervis de Mme le Pen. Il en aura peut-être besoin. Enfin les reproches faits à Mme le Pen pourrait largement être fait à M. Fillon, alors, avec Fillon au deuxième tour, le moment « churchillien » se serait évanoui !

Il semble que certains s’échauffent comme si la situation était inattendue.

Depuis longtemps, j’avais pensé que mon vote du second tour serait blanc ou ne serait pas, même si je continuais à espérer au fond que Mélenchon soit au second tour. Il est intéressant d’ailleurs de noter qu’avant le premier tour, dans certains milieux (de gauche, le mien, celui de mediapart aussi) le vote blanc était loin d’être honteux, que sa non-prise en compte seule soulevait un dégoût démocratique, alors qu’on avait quand même 11 candidats, aujourd’hui avec 2 seulement (et lesquels!) il deviendrait pour les mêmes inconcevable. Mais passons, sur cet aspect pour en venir à l’essentiel. Pourquoi une telle difficulté pour Macron à agréger les votes anti-le Pen et comment lutter contre le FN y compris électoralement.

 

Je ne reviens pas sur les explications injurieuses (le Pen=Mélenchon) et autres et plus généralement j’approuve le texte de Ludivine Bantigny dans sa réponse : leur dire non .

Je veux signaler plusieurs éléments passés sous silence par la plupart des commentaires.

 

Sur la comparaison avec 2002. On a beaucoup signalé les aspects : « chat échaudé craint l’eau froide » et la banalisation du FN depuis lors. Qu’il me soit permit de regarder les choses à froid.

Le fait est qu’en 2002 on croyait, et ce n’était pas complètement faux, que l’on pouvait donner un coup d’arrêt au FN, ce qui est aujourd’hui complètement hors de propos, sauf pour ceux qui aiment (se) mentir. Rien que cela, change la perspective. Deuxièmement, J. Chirac était vu comme un « roublard » (ou escroc si vous préférez) mais malgré tout comme un représentant d’une forme de la République. Certes celle des réseaux françafricains, des coups tordus, j’en passe mais dans la continuation finalement de celle de de Gaule et par conséquent aussi de la Résistance, le contraste avec M. le Pen était évident et n’avait même pas à être expliqué. Aujourd’hui, nous n’en sommes pas là. En passant sur la différence de genre des le Pen, M. Macron n’a en rien convoqué ce passé de Résistance (sauf tout dernièrement et encore, je dirai que c’est avec avec un petit R comme pour sa révolution) et se situe plutôt assez clairement dans l’opposition à ce passé ; pas du côté vichyste bien sûr mais du côté « à bas le compromis communiste-gaulliste », ce qui dans la foulée remet en cause tous les « acquis » de la Libération, sécurité sociale, retraite par capitalisation, etc. Cela aussi pose problème, d’un point de vue social bien sûr, cela a été souligné, mais aussi symboliquement quand il s’agit de défendre la République face aux « ligueurs » de Mme le Pen. J’ajoute que je considère comme très manifestement anti-républicain (au sens que les Français à travers les siècles ont donné au mot – pas celui de partis politiques français ou étrangers,ni celui de la 5e) la volonté d’inverser la hiérarchie des normes et de faire de la loi au mieux un supplément d’âme à des « accords » sociaux entre « partenaires ».

Le rapport aux électeurs aussi est très différent. En 2002, les électeurs FN étaient vus comme fachos et ceux de gauche de tout bord comme républicains. Aujourd’hui, les électeurs de gauche (vraiment si je puis dire) sont souvent appelés gauchistes, - Telerama dans son compte-rendu de « chez nous » parle d’un gauchiste pour évoquer un communiste-, et c’est la moindre des gentillesses, extrêmistes, totalitaristes, casseurs, etc. sont monnaie courante, président de la République, prix Nobel, syndicalistes CFDT, bien souvent des personnes (se disant) de gauche le reprennent. A rebours les électeurs du FN font l’objet de toutes les sollicitudes et il ne convient pas de les « traiter »  de fachos ou racistes ou xénophobes car, cela est simpliste. Cette façon de « caser » les électeurs est, sans l’ombre d’un doute d’une pauvreté affligeante et surtout n’apporte rien aux problèmes politiques posés, cela dit, « ça tape sur le système » (sic!) tout en le confortant (resic!). Cette espèce d’inversion du bon et du mauvais électeur n’est pas due à E. Macron, seulement le problème dans son cas, c’est qu’à travers ses soutiens (politiques et médiatiques), on se dit qu’il en est complètement complice.

En résumé, faire de E. Macron un défenseur de la République est beaucoup plus compliqué que pour un J. Chirac (malgré ses casseroles) ou un A. Juppé pour en rester aux personnages de droite.

 

En ce qui concerne la banalisation du FN, beaucoup a été dit sur les propos hors de propos de la part de « responsables », je n’y reviens pas. Je veux quand même souligner a contrario que de faire du FN la seule force d’opposition est tout autant dangereux. C’est ce qui se passe maintenant dans la région dite « Hauts-de-France ». Comme par « obligation démocratique », l’opposition doit être représentée plus personne ne peut se plaindre de représentants du FN à tous les niveaux, et cela devient effectivement d’une banalité confondante. On ne peut et on ne doit pas laisser que 2 forces en présence, le FN et l’autre. C’est évidemment tentant pour les politiciens de tout bord, selon la tactique initiée par Mitterrand mais cela fait des dégâts considérables et en fait cela renforce le FN surtout avec les politiques menées depuis x années. La lutte contre le FN est essentielle, encore faut-il savoir ce que l’on conteste. De ce point de vue, l’attitude d’E. Macron et de ses soutiens est catastrophique car il veulent faire croire que toute l’horreur de Mme le Pen viendrait de son attitude « anti-européenne », alors même qu’ils savent très bien le rejet que peut susciter cette union européenne, (au passage, je ne vois rien de républicain là dedans, ni de démocrate, ni de progressiste d’ailleurs). On peut même se demander si front républicain ne signifie pas pour eux front européen, d’où une nouvelle difficulté pour l’envisager.

 

Pour finir les arguments avancés en faveur d’un vote Macron ne me convainquent pas vraiment.

Le plus important serait que ce serait une façon de combattre l’extrême droite, le FN, bref le fascisme. Malheureusement cela ne me semble pas vraiment évident. En quoi un vote pourrait enrayer cette idéologie. Il y avait peut-être une naïveté à le penser en 2002 mais au moins il semblait que cette idéologie n’avait pas encore imprégné les esprits, que c’était un « coup de sang » et qu’on pouvait l’« extirper » par une petite campagne d’explication (15 jours c’était bien sûr trop peu). Aujourd’hui, cela n’est pas le cas et personne même ne s’attache à le faire dans cette campagne, il ne s’agit que d’injonctions pour parer au plus pressé. Injonctions que nous avons déjà eues au moment des régionales (du moins dans ma région) avec un X. Bertrand élu promettant de tenir compte de la coupure constatée entre électeurs et élus (et je ne parle pas d’Estrosi, ni des législatives précédentes, ni des départementales, ni des municipales - que nous avons perdus quelquefois, c’est fou ces moments churchilliens que nous avons vécus!). Ce genre de « je vous ai compris » à répétition ne réglera pas le problème du FN, et faire semblant d’y croire encore une fois, ce n’est pas vraiment combattre cette idéologie. M. Martinez et les syndicalistes (j’en suis!) qui ont fait un observatoire des extrêmes droites le savent bien, c’est au quotidien qu’il faut combattre le FN et la « gouvernance » de la France et des entreprises (selon le vocabulaire du libéralisme qui fait civilisé mais cela veut dire permettre aux directions de prendre des décisions totalement ignobles et de mettre le personnel devant le fait accompli tout en disant l’y avoir associé).

Votons Macron disent certains, au moins personne ne pourra nous reprocher d’être la cause de l’élection de Mme le Pen. Est-ce une consolation ? Une façon de se dédouaner ? Une future excuse pour ne pas combattre le fascisme ? Quelquefois je me demande, surtout quand j’entends que c’est l’égoïsme, de Blanc, de salarié à temps plein, d’hétéro que sais-je encore ? de vie tranquille - pourquoi pas de petit bourgeois tant qu’on y est-, qui me fait m’interroger sur la signification d’un vote Macron. Au nom de quoi, serait-ce un luxe que ne pourrait se permettre certains, de réfléchir avant de voter ?

Sur le score de M. Macron - et de Mme le Pen par voie de conséquence -, je crois de ce point de vue, qu’il ne faut pas s’illusionner, quel que soit le score de Macron 51, 60, 70, 80 % il dira que l’on a validé son programme, il le dit déjà à 24 %. D’ailleurs dirait-il le contraire comme mon « chef » de région que je ne le croirais pas.

Sur la réalité des risques de voir Mme le Pen, présidente. Bien sûr, on peut constater que M. Macron ne fait pas une bonne campagne mais le premier tour est déterminant, il est arrivé en tête et a beaucoup plus de réserves de voix que Mme le Pen. Dans tous les électorats des candidats du premier tour (y compris dans celui de Dupont-Aignan), il en a largement plus. La consigne « pas une voix pour le FN » me semble tout à fait suffisante pour faire gagner Macron.

Sur l’idée qu’on dégage le Pen le 7 mai et qu’on s’attaque à Macron le 8 et/ou concomitamment qu’il sera plus facile de mener des luttes sous Macron que sous le Pen. Outre que voter ou pas Macron à mon avis ne changera rien, je trouve quand même un peu naïf ce raisonnement car même avec des difficultés internes dû à un mauvais score -je ne crois pas un instant que Mme le Pen aura des difficultés, mais pourquoi pas ?- , je ne vois pas comment le FN pourrait reculer si on ne s’y attaque pas, croire que cela en sera fini avec l’élimination au second tour de sa championne est presque navrant. Il y a tout un travail de déconstruction du récit xénophobe, anti-intellectuel, antisyndical à faire et qui est loin d’être fini. On verra qui seront nos alliés (en fait, on le voit déjà) mais c’est un euphémisme, presque une litote, que de dire ne pas s’attendre à y voir Macron.

 

La réalité et tout le monde le sait c’est qu’il faudra combattre M. Macron l’ami de la « gouvernance» qui rime avec finance et Mme le Pen la nationaliste. Il le faut déjà d’ailleurs (c’est ce que je fais avec ce billet).

 

Enfin, beaucoup pensent aux législatives (qu’ils votent ou non, blanc ou macron) et je ne peux leur donner tort bien au contraire et cela n’est pas sans rapport. Les premières informations sont alarmantes. D’après une enquête pour les echos la gauche (dite encore front de gauche dans l’article) obtiendrait entre 6 et 8 députés. Cette enquête n’est sans doute pas à prendre trop au sérieux, mais en l’état on ne peut pas imaginer une multiplication par 30 de ces chiffres. Entre Macron qui aura la prime de victoire, la droite LR qui représente quand même l’opposition au gouvernement PS (et débarrassée de son candidat) et le front national qui monte régulièrement, si tout est fait pour n’avoir pas de candidature commune entre PCF, Ensemble, la France insoumise et même plus, c’est la catastrophe assurée. Alors que la France insoumise disait vouloir éviter 2012 avec un bon score au présidentielles (11%) et un mauvais aux législatives (10 députés), sans tenir compte du fait que c’était la gauche PS qui avait gagné (celle qui avait pour ennemi la finance ) et qui logiquement a eu une prime au vainqueur, voilà qu’avec un score de 20 % et un PS très mal en point, le résultat serait moindre. Il faut chercher pourquoi et la réponse est évidemment dans la désunion. La volonté de la France Insoumise d’y aller toute seule -- la dernière mouture de la discussion parle de 52 circonscriptions et encore uniquement avec le PCF et même pas validées – est suicidaire pour tous. Le plus dramatique, c’est que c’est un boulevard offert au FN mais cela les belle âmes du vote « républicain » ne s’en soucient pas, préférant mener des combats qu’il ne peuvent pas perdre (la présidence pour Macron) plutôt que de contrer les vrais menaces du FN dans les circonscriptions (à moins qu’ils nous expliquent que l’espoir sera encore une fois en marche!). Pour une démarche conséquente (c’est un mot à la mode) contre le Front National, il faudrait pointer ces circonscriptions et adopter des candidatures unitaires, y compris avec par exemple nouvelle donne, NPA, etc, qui veulent eux aussi présenter des candidats a priori.

C’est là le vrai combat contre le FN, plutôt que de savoir si voter blanc est un acte de lâcheté ou si voter Macron c’est se renier !

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.