Lettre ouverte à Madame Vidal

Madame Vidal "tenait à nous dire merci et nous renouvelle sa confiance", une réponse!

Lettre ouverte à Madame Vidal,

 

enseignant-chercheur, comme toute la « communauté  universitaire » (selon vos termes), j’ai reçu votre lettre « personnellement ». Aussi c’est personnellement que je vous réponds mais ce ne sera sans doute pas avec le même ton d’éloges et d’autosatisfaction hypocrites.

Madame, vous n’oubliez pas, comme tout le monde, de remercier la « communauté de soignants dévouée et bien formée », étrangement vous n’ajoutez pas « bien équipée » quel dommage !, mais le drame, la tragédie !, provient qu’elle est trop peu nombreuse et très mal organisée par les pouvoirs publics au point de devoir s’auto-organiser bien souvent.

Dans vos remerciements, il y a bien d’autres entorses à la réalité : voulez-vous nous faire réellement croire que vous travaillez à « simplifier notre quotidien » quand ce sont quelquefois des milliers de dossiers à examiner que vous nous envoyez avec Parcoursup , quand les financements pour la recherche proviennent essentiellement d’appels à projets extrêmement chronophages, pour des résultats très incertains ou quand vous annoncez qu’à la rentrée les cours pourront être aussi à distance, sans même l’ombre d’une discussion avec la « communauté » mais en affirmant bien, qu’il n’est pas question de décaler cette rentrée.

 

Il y a plus grave, alors que le président de la République avait annoncé le gel de toutes les réformes en cette période spéciale (entendre aussi de pouvoirs spéciaux), le gouvernement et votre ministère se permettent :

1) de prendre contrairement à l’avis très large du CNESER un décret et un arrêté le 3 avril qui organisent une certification en langue anglaise (seulement), obligatoire en licence et faite par une évaluation externe (reconnue au niveau international et par le monde socio-économique), belle preuve de confiance du travail exemplaire des universitaires;

2) de poursuivre la mise en place d’une formation des enseignants complètement décriée en approuvant la nomination (par M. Blanquer principalement sans doute) le 7 avril d’un chargé de mission à cette « réforme » ;

3) de continuer à vouloir garder le calendrier du nouveau diplôme des IUT alors que, quasi unanimement, des directeurs de départements aux directeurs d’IUT, la communauté des IUT en a demandé le report ;

4) et bien sûr de poursuivre, comme vous l’annoncez dans votre lettre, la mise en place de la LPPR (loi de programmation pluriannuelle de la recherche), alors même qu’elle a fait l’objet de motions de rejet dans un nombre incalculable d’unités et/ou de conseils. Votre discours de bonimenteur, consistant uniquement à dire qu’il s’agit d’argent frais qui nous est destiné, ne nous trompe pas ; d’ailleurs les 3 rapports préalables préparant cette réforme n’ont jamais fait l’objet d’une quelconque remise en cause de la part de votre ministère, ni avant la crise sanitaire, ni pendant.

 

Il y a encore beaucoup plus grave, par trois fois vous parlez avec emphase des « valeurs » portées par la communauté, sans jamais les nommer, bien sûr. Pourtant …

Une de ces valeurs consiste en ce que certains appellent « démocratie universitaire », d’autres « collégialité ». Cette valeur avait été bien mise à mal avec les lois LRU 1 et 2 mais la mise en place par votre gouvernement de ces universités dites expérimentales (les cobayes sont les personnels?) va bien au-delà.

Une autre (particulièrement importante) s’appelle liberté pédagogique, vos éloges signifieraient-ils : « nous vous remercions de l’avoir oubliée  et serons plus reconnaissants encore de l’oublier à la rentrée prochaine»?

Enfin sans doute la valeur primordiale (car commune à toute la fonction publique) réside dans l’égalité de traitement. Pourtant, malgré notre détermination à la protéger, rien n’a pu empêcher votre décret discriminatoire et xénophobe, instituant des frais d’inscriptions différenciés pour les étrangers hors UE, d'être promulgué.

Madame, les conséquences du coronavirus sont diverses et pas entièrement connues mais croyez bien qu’elles n’ont pas encore frappé d’amnésie les universitaires.

 

Comptant sur votre démission, je vous prie de croire, Madame Vidal, en l’expression de mes sentiments les meilleurs (« pour notre communauté »).

 

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