2020 : année mondiale du courage

A la surface du globe, nous avons participé ou assisté à de grandes manifestations afin de dénoncer les inégalités trop souvent de fait et tenter ainsi de reconstruire le politique.

A la surface du globe, nous avons participé ou assisté à de grandes manifestations afin de dénoncer les inégalités trop souvent de fait et tenter ainsi de reconstruire le politique.

Puis, nous avons tous été confrontés à une épreuve inédite : une menace infectieuse qui a provoqué 431 541 morts sur notre planète. Confinés en France pendant cinquante cinq jours, cinquante cinq jours au milieu des cercueils apparaissant parfois sur les écrans et matérialisant toute notre immatérialité, les hommes ont donc subi un nouveau mode révolutionné de vie avec la gestion d’un quotidien contraire et anxiogène.

Nous avons tous entendu les experts nous annoncer que le dé-confinement serait certainement plus encore problématique que son antithèse et nous ne voulions pas y croire. Et, force est de constater que nos premières heures dans ce périmètre de 100 kilomètres furent déstabilisantes à plus d’un titre : en effet, comment croiser sans masque obligatoire son prochain sans qu’il vous prenne d’office pour cet ennemi public susceptible de faire de vous le suivant sur la liste des 431 541. Ainsi, de lavage de mains en distance de sécurité, en attestations de déplacement déjà omises, nos journées arboraient non sans peine la morosité, la tessiture du danger, le goût âcre d’une défiance des plus rares dans l’histoire : celle de la crainte de la liberté.

André Breton, voyait l’homme au début du XXème siècle comme un être définitif, plus précisément il nous définissait comme ‘des rêveurs définitifs’, et à l’orée d’une des plus grandes abjections de l’histoire : la Seconde Guerre mondiale ; ne fallait-il pas disposer d’une grande humanité pour rêver ainsi l’humanité ? Parallèlement au surréalisme, existait un autre rêveur : Walter Benjamin, membre de l’école philosophique et littéraire de Francfort, habile observateur des bouleversements de l’hyper déjà paroxysme du capitalisme, et là où Breton, le trotskiste, percevait l’apport considérable de la psychanalyse freudienne, Walter Benjamin lui, définissait l’homme de son temps comme ce flâneur moderne accroché aux enseignes électrifiés des magasins et aux lumières portées des lampadaires de la ville. Et, puisque le langage est aussi par principe glissement : l’humanité était donc encline en 1936 à abriter des ‘flâneurs définitifs’ et cela jusqu’en mars 2020, et ce confinement viral déstabilisant pour la quasi-totalité des habitants des pays du G7 et de quelques autres pays car pour d’autres, le confort n’est pas l’apanage d’une vie et ne pas le préciser serait omettre les hommes et les femmes assignés à résidence ailleurs et simultanément par ‘tant’ de guerres.

Cette peur nourrie de la liberté aurait certainement été inimaginable pour Walter Benjamin, lui qui décida en 1940 de mettre fin à sa vie, alors qu’il parcourait l’Europe afin d’échapper à l’oppression fasciste.

En 2020, nous comptions tous sur une reprise après le confinement, tout en sachant intimement que nous n’avions rien oublié de ce que 2020 avait voulu nous dire et avec l’assassinat de George Floyd c’est une énième onde de choc qui vient confronter un monde, un monde qui ne respirait plus ces derniers mois. 

Ainsi, la reprise espérée vient conjointement avec la prise de conscience de la continuité des inégalités malgré cette envie de vivre dans un monde moins pollué, ce désir de souffle, cette envie de voir les enfants courir à nouveau ici ou là, d’aller respirer l’air du temps en terrasse, de se penser en vie sans trop y penser, et de se savoir libre dans son existence par essence.

En effet, elle est aussi là, cette crise que nombre de chroniqueurs voyaient : le monde n’est plus celui des flâneurs, d’humains comme composants économiques, mais celui des femmes et des hommes qui manifestent à chaque manquement de la justice : manquement social, racial, ou culturel.

Alors, évidemment, avec les inacceptables violences mafieuses à Dijon et ce que nous avons vu de la manifestation des soignants aujourd’hui, nous saurions tenté de dire qu’une guerre civile est en phase d’approche en 2020. Nous sommes en juin, et cette probabilité croissante va-t’elle attendre de nouvelles tensions ? A moins que cette guerre civile ne soit larvée et expansive depuis 2019 avec le mouvement des gilets jaunes. A moins encore que le Rassemblement National digérant avec son prisme cette année 2020, plaque sur sa politique son souhait sans cesse renouvelé depuis 1972 d’une scission définitive en France avec des émeutes qui le propulserait au pouvoir.

Notre époque a-t’elle perdu cette potentialité à aimer ? L’homme est-il cet être de politique ? Est-il toujours organe de mutations ? Est-il celui des combats ? Des silences ? Des lâchetés ? Les humains savent-ils mieux que ses ancêtres débusquer les manipulations ? Savent-ils aujourd’hui plus encore l’importance de la liberté ? L'homme est-il tout ceci et un peu plus, tout comme un peu moins, faisant de notre humanité en 2020, une énième terre d’espoir encore à conquérir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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