Nous sommes en guerre, quelle guerre… qui a déclaré la guerre ?

La multiplication des attentats en France (Toulouse, Charlie Hebdo, Hyper cacher, Paris et Bataclan, Magnanville, Nice, Saint-Etienne de Rouvray…) continue d'allonger la liste des victimes innocentes


La multiplication des attentats en France (Toulouse, Charlie Hebdo, Hyper cacher, Paris et Bataclan, Magnanville, Nice, Saint-Etienne de Rouvray…) continue d'allonger la liste des victimes innocentes dont il n’est pas impossible d'imaginer qu'elles étaient à mille lieues, de représenter de possibles va-t’en guerre, alors que les politique de tous bords affirment à l'instar du Premier ministre M. E. Valls (14 novembre 2015) « Nous sommes en guerre ».

François Fillon va même jusqu'à évoquer une forme de guerre mondiale après l'attentat de Rouvray, dont l'un des auteurs Adel Kermiche, il faut le rappeler est un adolescent qui à l’âge de 12 ans, fut hospitalisé à Rouen dans un service consacré à la psychopathologie de l’adolescence, puis à l’hôpital de jour de Saint-Etienne-du-Rouvray. Un an plus tard, il intégrait un institut thérapeutique et pédagogique. Observons également que Mohamed Bouhlel le conducteur du camion qui a fauché 84 vies à Nice, le soir du 14 Juillet est apparu comme un parfait psychopathe (Le Figaro, 27 juillet 2016) pris en charge par un psychiatre au Maroc dès la prime adolescence. Les tueurs précédents relevaient davantage de la petite délinquance : autrefois de petits délinquants amateurs d'alcool, de drogue et de sorties en boîte de nuit. Des proies faciles pour les recruteurs (cf. Christohpe Rauzy, FranceTV info, 17 mars 2016).

Dans la stupeur et l’effroi, de cette tragédie sidérante beaucoup de voix s’élèvent : ce sont vos guerres, ce sont nos morts !

                                                                                                                                   Dessin de Latuff Latuff cartoons

Ce matin ce sont les représentants du Front de libération nationaliste corse (FNLC) du 22 octobre, qui dans un communiqué envoyé au journal Corse-Matin viennent mettre en garde l'État. "Il faudra que la France cesse sa propension à intervenir militairement et vouloir donner des leçons de démocratie à la Terre entière si elle veut éviter que les conflits qu'elle sème à travers le monde, ne reviennent comme un boomerang sur son sol"

Nous sommes en guerre, quelle guerre… qui a déclaré la guerre ?

La destruction du régime Irakien de Sadam Hussein à l’initiative des américains de G.W Bush et C. Powell a entraîné l’avènement de Daech. Contrairement au Royaume-Unis de Blair, la France   de Chirac et Villepin ne s’était pas fourvoyée dans cette aventure, mais en 2008 Sarkozy a réintégré le pays dans l’OTAN et ce fut l’agression de la Libye de M. Kadhafi. A la suite des américains qui ont la main mise sur l’OTAN, les guerres entreprises par la France produisent des effets meurtriers (dont les populations civiles des zones bombardées là-bas) et des attentats ici. Amedy Coulibaly l’avait affirmé : « Vous attaquez le califat, vous attaquez l'État islamique. On vous attaque ». On peut observer, que l’immigration massive des réfugiés, comme les attentats, ne se déroulent pas aux Etats-Unis, mais en Europe. Les Etats-Unis sont épargnés.

Les pertes civiles, les dommages, les coûts économiques, stratégiques et moraux de l’intégration de la France dans l’OTAN et des catastrophiques guerres de Libye, de Syrie et d’Irak sont-ils bien mesurés à l’Elysée, Matignon et Bercy ?

Lors de son discours du 14 juillet 2016 (fête nationale et défilé militaire), le président de la République M. François Hollande a parlé du salaire de son coiffeur, mais il n’a pas évoqué le dernier sommet de l’OTAN à Varsovie qui est resté sous silence. Pourtant la France venait de s'engager à contribuer au déploiement de troupes à la frontière de la Russie. Nous avons appris que le président de la République ne s’est pas opposé au bouclier antimissile de l’OTAN, même s’il souhaite un contrôle politique partagé d’un « outil stratégique » aux mains des Etats-Unis.

En effet, lors de ce sommet, dans sa déclaration finale, l'OTAN, précise au paragraphe 53 :« La position de l’OTAN en matière de dissuasion nucléaire repose aussi, en partie, sur les armes nucléaires déployées en avant par les États-Unis en Europe et sur les capacités et l’infrastructure fournies par les Alliés concernés. » Visant implicitement la Russie, le généralCurtis Scaparotti actuel commandant des forces de l’OTAN en Europe a déclaré que la « structure de commandement » devait être « assez agile pour que la transition se fasse naturellement entre la paix, la provocation et le conflit » cf. Serge Halimi (Le Monde diplomatique n° 749 aout 2016). Comme le souligne Christopher Black*, la crainte est qu’avec les récents exercices en Pologne et dans l’Arctique − dans lesquels l’usage de frappes aériennes pour lancer des armes nucléaires telles que des missiles de croisière nucléaires pointés sur la Russie − a joué un rôle important − les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN projettent et préparent une attaque nucléaire sur la Russie. C’est la seule conclusion possible, puisqu’il est clair que la Russie n’a aucune intention d’attaquer aucun pays en Europe de l’Est ou ailleurs.

Entre les deux prétendants à la direction de l’OTAN (via la présidence des Etats-Unis), si beaucoup d'observateurs s’alarment des foucades apparemment hasardeuses de Donald Trump et redoutent son accession à la présidence des Etats-Unis, il y a de quoi être au moins aussi inquiet de celle de Hillary Clinton. Comme le souligne le site français Liberté politique.com ** que l’on ne peut suspecter de complotisme ou d’être un agent de Moscou « Dire que l'ancienne première dame, puis secrétaire d'Etat est, selon la terminologie américaine, un faucon (hawk) est faible. Il n'y a pas eu de crise au cours des dernières années où elle n'ait pris le parti de la guerre avec une particulière frénésie. Elle a toujours été, comme disent les Américains, du côté des warmongers.[…]Son agressivité face à la Russie ne fait pas de doute non plus. Bill Clinton avait favorisé l'extension de l'OTAN à l'Est de l'Europe contraire aux engagements pris en 1989 par Bush père à l'égard de Gorbatchev, dans le but d'encercler au plus près la Russie. Une politique que George Kennan, vétéran de la guerre froide, avait qualifiée de "tragique erreur". Hillary Clinton a soutenu le travail de sape antirusse opéré par les ONG américaines (au premier chef la Fondation Soros) en Ukraine.  Leur l'aboutissement fut le coup d'état de la place Maidan en 2013, fomenté par sa protégée Victoria Nuland, femme de Robert Kagan, l'idéologue néo-con qu'elle avait chargée auprès d'elle des affaires européennes. Elle est allée jusqu'à comparer Poutine à Hitler, ce qui n'a pas peu contribué au retour de la guerre froide.

Lors d'une récente soirée de fund-raising, elle s'est laissée aller à déclarer que si Israël devait tuer encore 200 000 habitants de Gaza pour avoir la paix, elle l'y aiderait. Devant le tollé soulevé, elle a déclaré ensuite qu'elle voulait dire 20 000, ce qui n'est déjà pas si mal.

Incapable de maîtriser les effets sociaux de leurs politiques néo-libérales (notamment avec la montée continue du chômage), les politiques n’ont qu’un seul mot dans la bouche « Protégez les français » un slogan qui sonne creux, le chômage reste à un haut niveau, l’insécurité sociale l’est tout autant et le nombre de victimes d’attentats explose. Après les méfaits de Toulouse de M.Merah ce n’est plus quelques personnes depuis 2015, mais des centaines de victimes en comptant les morts et les blessés.

Attentats en France, roulement de tambour à l’est de l’Europe, soumission de la France aux américains, la machine infernale de leur guerre (celle des néo-cons) semble bien enclenchée sans le consentement du peuple, à son insu contre sa volonté.

C’est Jean Jaurès qui disait dans un article 17 de sa proposition de loi de 1910*** :

Tout Gouvernement qui entrera dans une guerre sans avoir proposé, publiquement et loyalement la solution par l’arbitrage, sera considéré comme traitre à la France et aux hommes, ennemi public de la patrie et de l’humanité. Tout Parlement qui aura consenti à cet acte sera coupable de félonie et dissout de droit. Le devoir constitutionnel et national des citoyens sera de briser ce Gouvernement et de le remplacer par un Gouvernement de bonne foi, qui tout en assurant la sauvegarde de l’indépendance nationale, offre à l’étranger ou de prévenir ou d’arrêter les hostilités par une sentence arbitrale.

*Christopher Black – Le 18 juillet 2016 – Source New Oriental Review

**Libertépolitique.com CLINTON LA GUERRE - Décryptage - Actualité - Liberté Politique www.libertepolitique.com › Actualité › Décryptage, 20 avril 2016

***  René Verard, Jaurès notre horizon, éditions Corsaire, 2005, p.65

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