Le pervers et les gogos

 

Ils disent

que vous êtes consentante, et même que c’est vous qui les avez violés, que vous êtes une petite allumeuse, que vous aimez bien venir coller vos petits seins contre leur dos, que vous avez du désir pour eux, même s’ils sont vieux et moches. Ils démentent le réel. Certains, parés des plumes de paon du Mentor, racontent qu’ils ont résisté à ce désir juvénile. Le public applaudit. Quelle force d’âme ! C’est juste que le pédophile peut rester dans la fantasmatisation de sa perversion, et suprême raffinement, la faire partager au plus grand nombre, mine de rien. Dans ce cas, il est très malin. La mise en acte de son fantasme exclusif (privé) passe par la fiction. Il peut même s’identifier à son objet idéalisé, par exemple une jeune fille surdouée, un brin nymphomane et qui a du goût pour les vieux. Il peut pousser le bouchon jusqu’à faire partager à autrui son idéal, en créant une petite marionnette numérique dont il tirera les fils tout à loisir pour son public, à son insu complice (donc forcé) de ses jeux avec la réalité. Sa fiction sert d’attrape-nigaud (i.e. gogo).  Il cherche des partenaires, à leur insu de leur plein gré… Il a l’art et la manière d’attraper la jouissance d’autrui, de la susciter.

Ils disent

que les enfants, ils les aiment bien mieux que leurs parents sévères, si peu compréhensifs avec leur progéniture. Ils disent qu’ils se mettent en quatre pour répondre à votre sensualité polymorphe, naturelle et bienheureuse. Que les enfants demandent qu’on réponde à leurs désirs. Que la société réprime la sexualité débridée des enfants et déforme la sexualité en la restreignant aux adultes. Que les enfants, dont l’érotisme est spontané et frais comme le vent du matin, vent de la montagne, sont injustement privés de caresses, et plus, si affinités. Que c’est la famille qui est violente, pas eux. Que la société vole aux enfants leur sexualité. Ils disent que concernant la pédophilie, (…) les généralisations sont abusives », et d’ailleurs sait-on  « dans combien de pays, on est mère à douze ans ?,

https://www.youtube.com/watch?v=daC3t_x3pmk

http://www.elle.fr/Societe/News/Mariage-force-une-petite-fille-de-12-ans-meurt-en-couches-959334

 puis faisant parler une ado numérique :  Me concernant, j'ai commencé à coucher une semaine avant mes 14 ans, et renseignez-vous, nous sommes très nombreuses dans ce cas. Il est absurde de se référer à la loi des 15 ans ½, pour en tirer des conclusions psychologiques. Encore moins générales. C'est pourquoi, il y a des juges qui sont là pour peser la réalité des faits spécifiques. Je salue au passage le brave "Ronan" qui m'a traitée majestueusement. Je souhaite très sincèrement que la majorité sexuelle soit abaissée, et que les jeunes filles échappent le mieux possible à ce contrôle extérieur de leur corps. C'est une émancipation minimale contre un reste du code Napoléon. Vous souvenez-vous qu'il y a cinquante ans, une femme était considérée comme mineure toute sa vie ? Cette obsession du mal, cette volonté de contrôle de la vie des autres, créent plus de problèmes qu'ils n'en résolvent. C’est que le pervers a des principes, c’est pour cette raison qu’il est redoutable. Il vous mène en bateau avec ses belles phrases, ses grandes idées. Il n’a pas toujours tort d’ailleurs : Français encore un effort pour être révolutionnaire ! C’est un argumentateur hors pair.  Il a une idée très haute de l’éducation et de la paternité, une idée libertaire. Il prend soin du corps des gamines, corps numérique, s’entend ici.

 

Ils disent

qu’eux seuls sont capables de donner aux enfants de l’amour, contrairement à ces castratrices que sont les mères. Et que donc, leur mission, c’est d’aimer les petites filles et les petits garçons, si exquis. Qu’ils ne sont pas des ogres. Qu’ils se mettent au service des enfants et qu’ils leur font du bien quand ils ont avec eux des relations sexuelles. Qu’ils sont les seuls à croire et à défendre l’enfance. Qu’ils ne sont pas des criminels mais des éducateurs aimants restituant aux enfants l’érotisme dont on les a privés.

Pourtant dans la réalité qu’ils ne cessent de désavouer, ils débectent les enfants ou adolescent(e)s victimes de pédophiles ou de proches incestueux. Chez les victimes, ce qui domine, c’est la peur, la honte, la culpabilité et la haine pour leur initiateur. Elles voudraient que leurs corrupteurs paient leur forfait et en même temps elles redoutent de les voir, de croiser leur regard. L’amour pédophile laisse des traces, y compris de jouissance, -le pire pour les victimes. Bien sûr, la plupart des enfants et des adolescentes (12/15 ans) victimes d’adultes qui les aiment avec une abnégation « érotique » ne parlent pas.

Ils sont le plus souvent délicieux, séduisants, intelligents, cultivés (profession « artiste »), de bon père de famille. Ils vous embobinent. Ils croient qu’ils décident, en réalité, c’est leur fantasme qui les mènent par le bout du nez. Précision : si les pervers jouissent de diviser l’autre, néanmoins ils sont eux-mêmes à l’occasion divisés, de là un trognon de souffrance. Quand leur fantasme fondamental est attaqué, ils vacillent, ils souffrent sincèrement. Le pervers, tôt ou tard, se fait prendre la main dans le sac. C’est plus fort que lui, il faut qu’il mette en scène son fantasme –ça fait partie du jeu-, à ses risques et périls. Je connais la Loi et je la défie ou je joue avec. L’envers de la Loi pour le pervers, ce n’est pas le désir mais la jouissance. C’est un faux libertaire : il ne cesse pas de démontrer l’existence de la Loi en la transgressant, ou dit autrement, il transgresse d’autant plus que la loi compte pour lui. Certains après avoir été condamnés, avouent leur soulagement.

Nonobstant les multiples formes (pratiques variées) que prend la perversion en tous ses individus, chacun à chacun dans sa singularité, une même logique anime ses sujets. Cette logique est celle du déni (du démenti) : « Je sais bien  mais quand même » (Octave Mannoni). À ne pas confondre avec « Je sais bien mais je m’en fiche » (cas de la récusation, chez le psychopathe par exemple). Le pervers ne se fiche absolument pas de la réalité, il joue avec, -il la sublime. Mais pour jouer, il a besoin de partenaires, bref, de gogos. La dimension ludique et créative à l’œuvre dans ses manipulations indique que beaucoup d’artistes soient pervers. De surcroît, il peut être animé, en plus de son penchant pervers, par un idéal sincère (politique, esthétique, etc.) qu’il aime partager avec autrui. Les pervers sont rarement des cyniques. Ils sont souvent très sympathiques.

Pour le pervers, le monde est une comédie dont il aime démasquer les semblants. Il n’est pas dupe lui, en revanche, il aime bien tromper son monde car dans « monde », il y a « immonde ». Et l’immonde, il n’aime pas, c’est à la beauté qu’il se voue, -qu’il célèbre avec son art. De là, sa propension à enjoliver : heureux les angelots du ciel. La myrrhe et le benjoin. La Sulamite et le barbon. Suzanne et les vieillards et ses merveilleuses couleurs. Les gogos prennent sa défense au nom de l’exception de son art et de son savoir sans voir que celle-ci n’est que l’envers d’un usage du fantasme bien rôdé : « le pervers se sert du fantasme (…) pour créer le lien social duquel sa singularité peut s’accomplir. Pour le pervers, le fantasme n’a de sens et de fonction que s’il est agi ou énoncé de telle sorte qu’il parvienne à inclure un autre, consentant, ou non, dans son scénario. C’est ce qui apparaît, considéré de l’extérieur, comme une tentative de séduction, de manipulation ou de corruption du partenaire. » (Jacques André, Les paradigmes de la perversion). Le pervers peut même se dédoubler sous une forme fictive, la créature prenant le pas sur le créateur. Le bénéfice, en termes de jouissance, est démultiplié ; la manipulation, particulièrement raffinée. On le voit s’infiltrer sur la Toile, s’y faire une niche, y prospérer. L’imposture lui sied. Il en fait son miel. Voire tout un art, sous prétexte de transvestisme littéraire, il promeut un moi idéal exalté à valeur narcissique ajoutée par ses spectateurs ou lecteurs, par exemple une jeune fille exaltée traînant après elle tous les cœurs.

Difficile de lui résister ! Alors merci aux perspicaces peu nombreux (Alexis Flanagan, Canardlapin, Anne Guérin-Castell, Arpège, Art Monica, On Dit Cap) qui ont vu dans un charmant billet libertaire, un peu plus que du feu…Bizarre, l’accord parfait entre le fantasme pédophile promu implicitement (à décoder ; à lire entre les lignes) dès le titre du billet « Dépucelage de Mimiss» et ceux des commentateurs. 

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