Quand la transition carbure aux injustices

Emmanuel Macron, récemment désigné "Champion de la Terre", s'emploie à mettre en œuvre des mesures résolument engagée pour la transition écologique. Dernière preuve: l'accroissement de la "fiscalité écologique" sur les carburants. Derrière cette énième tentative de verdissement, Emmanuel Macron œuvre bien plutôt à l'extension de sa politique injuste au champ de l'environnement.

Emmanuel Macron, récemment désigné "Champion de la Terre" lors de la deuxième édition du "One Planet Summit", s'emploie à mettre en œuvre des mesures résolument engagée pour la transition écologique. Dernière preuve: l'accroissement de la fiscalité écologique sur les carburants. Derrière cette énième tentative de verdissement, Emmanuel Macron œuvre bien plutôt à l'extension de sa politique injuste au champ de l'environnement.

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Depuis plusieurs jours, la gronde s'installe parmi les automobilistes contre la hausse des prix des carburants (une pétition rassemble plus de 700 000 signataires sur change.org). Cette gronde est largement soutenue par les françaises et les français: 78% soutiennent le mouvement de blocage des routes prévu le 17 novembre

Cette hausse des prix à la pompe est pour environ deux tiers imputable à des éléments extérieurs, tels que l'évolution du cours du baril (voir graphique ci-dessous) ou encore aux variations du taux de change euro-dollar. Néanmoins, elle résulte également de l'augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) de 7,6 centimes par litre de gazole et de 3,9 centimes pour l'essence au 1er janvier 2018.

Evolution du cours du baril de Brent sur un an (en $US) © https://prixdubaril.com/ Evolution du cours du baril de Brent sur un an (en $US) © https://prixdubaril.com/

Si l'évolution de cette fiscalité dite "écologique" se situe dans la continuité des mesures prises par les gouvernements précédents, elle prend en revanche un écho particulier quand elle est portée par un pouvoir qui a fait de la justice un impensé de son corpus idéologique.

Ainsi, les impôts sur la consommation (TICPE ou TVA) sont réputés inégalitaires, car s'appliquant indifféremment du niveau de revenu. S'attaquer à la fiscalité des carburants ajoute à l'injustice sociale une injustice géographique, puisque les plus touchées sont les populations rurales, les mêmes qui ne bénéficient pas d'investissements publics (ou devrait-on dire, qui souffrent de désinvestissements publics, que la réforme de la SNCF ne pourra qu'accroître) dans les transports collectifs.

S'il apparaît évidemment souhaitable de voir l'usage du véhicule individuel décroître, la manière de s'y prendre dit beaucoup de la vision qui la sous-tend. En l’occurrence, faire peser l'effort sur les plus démuni(e)s et véhiculer ainsi l'image d'une transition écologique qui rime avec souffrance et désespoir.

La mesure ne ressemble finalement à rien d'autres qu'à une mesure budgétaire décidée sur un coin de bureau, et dont le déguisement vert a posteriori est bien utile à qui ne veut pas prendre de mesures profondes pour enfin tenir compte de l'urgence climatique. Présenter cette mesure comme une mesure environnementale, c'est oublier le dernier vestige écologiste de la majorité issu du très modeste monument hulotien, à savoir le terme "solidaire" accolé à l'intitulé du ministère en charge des questions environnementales (i.e. Ministère de la Transition écologique et solidaire).

 

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