Pour une écologie profonde : on en rêvait, le REV l'a fait

Dans une tribune au « Monde » du 8 février 2018, Benjamin Joyeux, Aymeric Caron et Malena Azzam annoncent la fondation du Rassemblement des écologistes pour le vivant (REV), une nouvelle force politique profondément ancrée dans la tradition de l' « écologie profonde ».

Dans une tribune au « Monde » du 8 février 2018, Benjamin Joyeux (juriste en droit de l'environnement), Aymeric Caron (journaliste et essayiste) et Malena Azzam (Ancienne porte-parole de l'association Pour l'Egalité Animale) annoncent la fondation du Rassemblement des écologistes pour le vivant (REV), une nouvelle force politique profondément ancrée dans la tradition de l' « écologie profonde ».

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Partant du constat de renoncement à son caractère subversif, les fondateurs du REV souligne la faiblesse du mouvement d'écologie politique, et en particulier d'EELV, qui « s’accommode du modèle économique néolibéral et se contente de lutter contre ses conséquences les plus néfastes pour la planète ». A ce qu'ils qualifient d' « écologie molle », ils opposent une « écologie essentielle » qui s'inscrit dans la tradition de la deep ecology (« écologie profonde »), dont l'un des principaux représentants est le philosophe norvégien et fondateur de l'Ecosophie T, Arne Næss (1912-2009)1.

Prenant acte de l' « évènement anthropocène »2, en mettant en cause la place spécifique des humains et les effets de ses actions sur le Vivant (destruction de la biosphère, extinction d'espèces, souffrance animale...), et résolument antispéciste3, le REV a vocation à reconnaître de nouveaux droits aux animaux non-humains, mais aussi à toutes formes de vie. Mais, le REV a également vocation (comme son acronyme l'indique déjà) à être une force de propositions utopistes4, au sens d'un idéal vers lequel tendre : "A quoi sert l'utopie ? se demandait Eduardo Galeano, Elle sert à ça : à avancer ".

En France, si certains mouvements politiques ont fait la part belle aux questions environnementales et formulent un certain nombre de propositions radicales (notamment La France Insoumise et Generation·s), le biais anthropocentriste n'est souvent pas très loin. Il s'agit donc de repenser les rapports humains/non-humains, en remettant en cause la centralité de l'humain dans l'écosphère. Si la critique n'est pas nouvelle, sa traduction politique (et médiatique) restait jusqu'à présent largement marginale.

En ce sens, le REV suscite l'espoir d'un humanisme nouveau, qui pour s'imposer devra faire face à de nombreuses résistances, au premier rang desquelles des schémas de pensée fortement ancrés et incorporés qu'il s'agira de questionner par la réflexion et le débat. Face à une forme de résistance au changement, tout l'enjeu est donc de concilier radicalité et urgence... Prochaine étape : Européenne 2019 !

 

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Ou en version longue sur le site du REV.

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1 Næss A., 2008, Ecologie, communauté et style de vie, Paris, Dehors.

2 Bonneuil C., Fressoz J.-B., 2013, L’évènement anthropocène : La Terre, l’histoire et nous, Paris, Seuil

3 Voir Caron A., 2016, Antispéciste, Paris, Don Quichotte.

4 Voir Caron A. 2017, Utopia XXI, Paris, Flammarion.

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