5G: communication rompue entre Macron et le débat démocratique

Co-rédacteur de la tribune du JDD réclamant un moratoire de la 5G et un débat démocratique, voici ma réaction concernant les propos du président de la République ironisant sur ceux préférant «le retour de la lampe à huile».

Nous avions rédigé cette tribune du JDD avec trois objectifs simples : obtenir un moratoire sur la 5G, organiser un débat public sur cette technologie, et terminer le déploiement des technologies numériques antérieures (4G, fibre) qui font défaut sur de trop nombreux pans de notre territoire. Las, notre président de la République, dans un exercice de la parole qui le caractérise depuis le début du mandat, a indiqué que nous étions des tenant d’un modèle amish. Vraiment ?

Nous ne cessons de l’écrire et de le dire : la 5G est l’aube d’une révolution technologique d’ampleur. Elle bouleverse notre rapport à la ville et provoque l’arrivée dans l’espace public de nombreux objets connectés, ainsi qu’une potentielle reconfiguration de l’espace de production économique. Au-delà de la délicate controverse sanitaire, elle implique un renouvellement accéléré des téléphones portables et un futur effet de rebond énergétique, générant donc un impact environnemental conséquent – en bref, elle doit être un choix de société.
Et comme tout choix collectif, il mérite d’être débattu, et ce débat doit être porté devant le grand public, disséqué par les citoyens, les parlementaires nationaux comme les élus locaux. Organiser ce débat, ce serait les prémisses d’une société réellement démocratique, qui soumet les grands enjeux contemporains à la délibération collective, dans des termes simples, en liant experts, citoyens et élus de tous horizons politiques. Toute l’intelligence de notre société mobilisée à l’examen d’une controverse scientifique et technologique, voilà un progrès indiscutable et un exercice original, qui replacerait la France à la pointe des sociétés démocratiques.

Pour demander cette délibération, nous ne sommes pas seuls. Les opérateurs eux-mêmes s’avancent avec grande prudence sur cette question : SFR demandait un report de la 5G dans un article du 3 juin 2020, Martin Bouygues plaidait pour un report de l’attribution des fréquences à fin 2020 voire début 2021 dans Le Figaro, et la directrice générale d’Orange elle-même demandait l’organisation d’un débat sur la 5G le 28 août 2020. Le président est donc seul.

Nous voyons donc arriver cette technologie dont nous ne serons pas maîtres, puisque les principaux constructeurs à la base du déploiement de la 5G ne sont pas français, et si quelques constructeurs sont européens – les Finnois Nokia et Suédois d’Ericsson – nous dépendrons principalement de la technologie des constructeurs chinois (Huawei, ZTE) et américains (notamment des composants de Qualcomm, Intel et Cisco) pour installer les antennes de 5G. Et la 5G servira surtout à accélérer le trafic de données provenant principalement de services étatsuniens – Facebook, Amazon, Google, Youtube, Netflix entre autres. En l’état, la 5G est donc une reddition de la souveraineté numérique française, ni plus, ni moins. Il n’est donc pas certain que son déploiement serve à long terme les intérêts français. Le président n’est pas stratège.

Nous considérons la réponse du président comme une fin de non-recevoir, tout comme la proposition de moratoire sur la 5G de la convention citoyenne pour le climat (pourtant promise à être soumise sans filtre),  et nous en prenons donc acte : le président fait peu de cas du débat démocratique. Nous inventerons donc cette société démocratique sans lui.
Et notre société, aujourd’hui, bouillonne de l’envie de débattre, c’est une chance : nous pouvons être fiers de cet esprit de controverse qui nous anime tous, et qui nous permettra de formuler un choix collectif sur l’un des plus grands défis technologiques de ce début de XXIème siècle.

 Ce débat, nous le demandons, nous l’exigeons, et nous l’organiserons.

Antoine Martin

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