Le PR en tête d’affiche : pourquoi tout le monde est tombé dans le panneau.

Emmanuel Macron est seul, tout sourire, sur l’affiche de campagne de la liste Renaissance. Exit Nathalie Loiseau. Scandale ! Risque ! Machisme ! Référendum ! Engagement légitime ! Sarkozy l’avait fait ! Tout le monde a commenté ce choix de communication politique en termes de stratégie. Offrant du même coup un bel espace médiatique à la liste du parti présidentiel. Sympa.

Saturer l’espace.

Comme toujours, le premier objectif d’une campagne c’est de faire parler d’elle. L’objectif d’une affiche c’est d’être vue par le plus grand nombre. Occuper l’espace et le temps. Plus on parle de vous, plus on vous voit, plus vous existez. Et plus vous existez, moins les concurrents existent.

On peut voir ça comme une lutte de territoire non extensible : le jeu, en campagne, c’est de saturer l’espace. Parce que toute place conquise par l’un est une place perdue pour l’autre. Et surtout, parce que la présence médiatique, c’est la présence à l’esprit des électeurs : c’est le véritable objet de la conquête.

 

Etre le sujet. 

Il faut donc être le sujet dont on parle. Et pour l’être, il faut donner matière à le devenir. En éclipsant sa tête de liste, par exemple. Surtout quand votre pire ennemi c’est l’abstention, par exemple.

En cela, beau succès. Tout le monde a commenté l’affaire de l’affiche. Des dizaines d’éditos. Le temps de parole et l’espace médiatiques consacrés à « Emmanuel Macron a mis sa tête sur l’affiche, ohlala, qu’est-ce que j’en pense » est énorme.

C’est très malin. Le temps passé à parler du sujet Macron est le temps qui n’est pas passé à parler des listes concurrentes. Les candidats interrogés sur le sujet sont tous tombés dans le piège. Un « c’est leur choix, je n’ai rien à en dire » pour plutôt utiliser le temps de parole à parler de son propre programme eut été une meilleure stratégie, à mon avis. Enfin, pour les candidats qui ont des choses à proposer, s'entend. Car évidemment, quand on n'existe que par le déni de l'adversaire, cette "polémique" est du pain béni pour continuer le jeu du "viens on sature l'espace en se bagarrant, pendant ce temps là toutes les autres listes n'ont plus d'espace pour s'exprimer". Bref, voyez, quoi. 

Et c’est même deux fois malin : comme chaque prise de parole sur ce sujet a été accompagnée du visuel de la campagne, la visibilité de l’affiche a été multipliée gratuitement. Tout bénef. C’est certainement, aujourd’hui, l’affiche la plus vue. Rapport investissement/résultat maximal. Comment peuvent faire les listes concurrentes pour obtenir une telle visibilité ?

 

En bien ou en mal.

On pourrait objecter que les critiques ont fusé et qu’on en a dit du mal. Faux problème. Ce sont les électeurs, qui votent. Pas les commentateurs. Que ces derniers en disent du bien ou du mal, toujours est-il qu’ils ont joué, en en parlant, le rôle de média qui a donné de la visibilité à Emmanuel Macron. Un président ambassadeur de sa propre marque qui dit "moi je vote pour moi" sur son affiche. C'est cocasse.

D’ailleurs, les appréciations varient. Il reste un brouhaha de commentaires dont aucun électeur n’a besoin pour se forger un avis. Et d’ailleurs, quel électeur déjà conquis ou indécis, a pu sincèrement s’offusquer qu’on ait coupé les ailes de Nathalie Loiseau (pardon) au point de retirer son vote ? Personne. Au pur plan de la tactique médiatique, c’est un succès incontestable dont les marcheurs se gardent bien de se vanter (normal), mais que les éditorialistes politiques seraient bien inspirés de décrypter, m’est d’avis.

 

Quant à l’affiche et au choix d’être l’unique ambassadeur de sa propre marque, il y a beaucoup à en dire. J’y reviendrai dans un prochain billet.

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