AVEC MANU, ON A DEBRIEFE.

J’ai cru à un canular. Mais en arrivant dans l’arrière salle du café, il était là. Un peu plus tôt, un homme m’avait téléphoné : « je travaille au cabinet de l’Elysée, le président souhaite vous rencontrer asap pour un débriefing. Vous vouliez que ça saigne entre la presse et lui, ça l’intrigue. » Deux heures plus tard, nous voici, Manu et moi, en tête à tête. (rencontre imaginaire)

Emmanuel Macron : Bonjour madame. Tata Coquillette, c’est ça ?

Moi : Appelez-moi Tata, ça ira. Je vous appelle Manu et on se tutoie ; je suis plus vieille que vous et je porte des baskets. Ok ?

EM : ça me va.

Moi : comment vas-tu ? Bien dormi ? Pas trop dure, la vie ?

EM : tu te moques, Tata.

Moi : un peu, mon neveu. Avoue que c’était grossier !

EM : mes conseillers m’ont dit que ça passerait. Mais depuis hier soir, on m’attaque.

Moi : c’est mérité.

EM : mais pourquoi ? On me dit «Manu, travaille l’empathie ». Je m’organise pour travailler l’empathie, on me flingue. Trop bon, trop con.

Moi : on ne peut travailler sur une base que l’on ne possède pas. Tu n’es pas doué d’empathie, il ne faut pas jouer cette carte.

EM : mais c’est faux, j’ai beaucoup d’empathie, moi. Pourquoi tant de méchanceté alors que je suis dévasté, Tata ?

Moi : la communication politique, ce n’est pas méchant, c’est pire. Et son pire ennemi, outre la médiocrité, c’est la courtisanerie.

EM : je maintiens que j’ai de l’empathie. Tout le monde me le dit. Même mon chien.

Moi : eh bien continue, ma foi. Je m’en fiche. Je te dis juste qu’en compol, la vérité n’existe pas. Seul ce qui est cru est vrai. C’est tout. C’est comme dans la vie, en fait.

EM : c’est-à-dire ?

Moi : si je te dis « je suis très généreuse » tout en piquant ton cordon bleu. Tu me crois ?

EM : non, mais alors j’aurais dû dire rien à foutre de vos gueules, je garde mon cap je persiste et j’intensifie ?

Moi : en tout cas c’est ce que tout le monde a compris. Mais s’il n’y avait que ça…

EM : qu’est-ce que tu sous-entends ?

Moi : je vais te le dire comme je le pense, Manu, puisqu’après tout on ne se reverra jamais.

EM : vas-y, je suis ouvert, j’aime écouter, prendre l'avis des vrais gens.

Moi : tu écoutes, tu te questionnes et tu te réponds que t’avais raison, oui on sait. Tu es en train de faire péter la démocratie, Manu.

EM : non mais j’avais bien senti que tu n’étais pas macroniste, hein. Coquillette, c’est pas macroniste.

Moi : ah mais je parle uniquement de compol. Même pas de tes sorties d’hier très extrême droite. Tes choix de compol, c’est un barbecue qui crame tout.

EM : Tataaaaaaaa… tu exagères.

Moi : tu n’as pas autorisé les journalistes à te poser des questions. A part ceux qui t’ont servi la soupe qu’en plus, personne n’a digérée.

EM : c’est faux ! Tiens, d’ailleurs c’est quoi ton histoire de sang ? J’aurais dû m’exposer aux questions qui fâchent, c’est ça ?

Moi : absolument.

EM : et pourquoi je devrais te croire, puisque tu n’es pas macroniste ?

Moi : dans cette question réside absolument tout le problème.

EM : non mais ok. Faudrait que je m’auto-disrupte, en fait. Que je me pense comme une startup « the true Manu ».

Moi : hein ? Bref. La confusion que tu entretiens, les libertés que tu balaies, le contre pouvoir que tu étouffes, ça ne profite qu’à un seul parti. Là, tu pousses tout le monde vers le précipice.

EM : pourquoi ? Avant ça passait. Non vraiment, je perds mon temps avec toi.

Moi : OK. Je te laisse payer la note.

 

Ceci est évidemment une (mauvaise) fiction.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.