Depuis quelques semaines, et même si cela n'est pas toujours injustifié, les critiques fusent dans les médias de tous bords, papier ou audiovisuels, pour dénoncer, le terme n'est pas trop fort, « L'écrasant Monsieur Mélenchon. Les caricaturistes eux-mêmes sont de la partie.
À quoi pourrait être dûe cette écrasante surexposition, jamais atteinte, même au cours de la campagne présidentielle de l'année dernière ? À la recherche d'explications, et pour en avoir le cœur net, nous avons interrogé, Monsieur Pascal Perritôt, rassurez-vous, il est encore de ce monde, Directeur du service de sociologie électorale au CEVIPOF (Centre d'Études de la Vie Politique Française).
Bonjour Pascal Perritôt. Partagez-vous, en observateur attentif et chevronné de la vie politique française, notre impression quant à ce pilonnage médiatique, auquel ces dernières années n'avait été soumise aucune personnalité politique de premier plan et dont semble jouir aujourd'hui Jean-Luc Mélenchon, aucune personnalité politique de premier plan y compris la « diabolique », Marine Le Pen ?
Cher ami, vous avez mis le doigt sur la nouvelle donne médiatique avec ce terme de « diabolique ». Car, autant par le passé, disons, depuis 15 à 20 ans, cette épithète sulfureux s'était vu réservé à l'image de Marine Le Pen, dans l'objectif, personne n'était dupe, d'en faire le repoussoir idéal pour tout candidat, François Hollande, puis Emmanuel Macron, et assurer ainsi à ce dernier un écrasant succès au second tour de l'élection présidentielle, autant aujourd'hui et dans la perspective de l'échéance 2027, à moins que quelque chose n'explose entre-temps, autant vous disais-je, la configuration politique a totalement changé et les craintes et les espoirs des tenants du système se sont recomposés, le « diabolique » n'est plus Marine, mais Jean-Luc.
Quand je vous parle de tenants du système, néolibéral en l'occurrence, j'entends par-là le monde de la grande banque, les gros actionnaires du CAC 40, les paradisés fiscalistes…, tout ceux enfin pour qui l'ordre actuel et ses monstrueuses inégalités doivent se perpétuer.
Réfléchissez un peu cher ami. En 2026, 2027, les cartes de l'élection présidentielle seront totalement redistribuées. Emmanuel Macron, après ses deux mandats successifs et dans l'impossibilité d'à nouveau concourir, qui pourra prétendre représenter les puissants en vue de la perpétuation de la domination néolibérale ?
L'éclatement de la Droite LR, la disparition du PS, hollandais je précise, ces deux tenants de l'ordre néolibéral dans ses différentes configurations successives, conservatrice, puis sociale-libérale, cette nouvelle configuration de l'arc-en-ciel politique aboutira, c'est le plus probable, à un inédit second tour, Jean-Luc Mélenchon vs Marine Le Pen.
Et, dans ces conditions, le danger le plus extrême proviendra, nom de l'Identitarisme le plus crasseux – regardez celui de Madame Meloni, en Italie, si respectueux de l'ordre néolibéral – mais de l'Insoumission la plus totale. Le voilà le diabolique. Et c'est précisément ce qu'il faut éviter à tout prix. Vous comprendrez mieux ainsi les raisons de fond de l'offensive médiatique qui vient d'être entamée. N'allez pas en faire ce raccourci que je ne veux pas suggérer, celui d'une presse aux ordres.
Merci Pascal Perritôt pour votre éclairage qui, nous l'avouons, ne manque pas de perspicacité.