tatia
Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).
Abonné·e de Mediapart

463 Billets

0 Édition

Billet de blog 2 juil. 2014

A propos du Capital au XXIe siècle et de Thomas Piketty.

tatia
Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

           Oui, énormément de faits et d'analyses avancés par Thomas Piketty doivent être salués:

     - les inégalités à l'échelle mondiale, mais aussi en France, ont explosé depuis 30 ans: 1% des plus riches aux États-Unis détiennent 20 % de la richesse nationale; 0,1% détiennent 8 %...
     - les patrimoines privés immobiliers et financiers avaient en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, une valeur équivalente à 6 ou 7 années de revenu national à la fin du XIXe siècle; dans les années 1950, le rapport tombait à 2. Depuis 1970, ça redécolle et l'on est pas loin, à nouveau, du rapport de 7 à 1 de 1900.
     - oui, ceci est dû en grande partie, peut-être pas seulement, à une croissance économique poussive (<1%), alors que patrimoines, dividendes et intérêts passent la barre des 5% annuels. Et en 30 ans, cela fait beaucoup.
           Bravo, quant aux, sinon remises en cause, du moins correctifs proposés par Thomas Piketty. Et c'est là que le débat démarre:
     - corriger par l'impôt redistributif, très bien, mais n'est-ce pas l'effet du Paracétamol sur la fièvre: corriger les effets, sans traiter la cause, donc, immanquablement, les voir tendre à se reproduire? Pour ralentir, il ne suffit pas de freiner, il faut aussi lever le pied de l'accélérateur.
     - car depuis 30 ans, et tout particulièrement aujourd'hui dans la zone Euro, c'est l'austérité pour les revenus du travail qui est responsable de la faible croissance, alors que les revenus du capital financier continuent leur ascension. Tout se passe comme si la machine économique ne fonctionnait plus que pour la croissance du capital financier.
Réajuster l'impôt sur les très hauts revenus certes, mais pas en laissant toujours déprimée la croissance, une autre croissance basée sur les vrais  besoins de la planète : transition énergétique ; nourrir, loger, éduquer, soigner 7 milliards d'habitants..., et, en France, extraire 10 millions de personnes de la pauvreté. Donc, au-delà de l'impôt, s'attaquer à la logique même du Capital aujourd'hui, pour lequel, ces derniers objectifs n'en sont pas.
          Thomas Piketty comme les néo-keynésiens dont il est le brillant vulgarisateur, comme Stilglitz et Krugman, pense possible de réorienter l'économie à la manière du New Deal de Roosevelt ou des politiques socio-économiques qui, en 1945, ont jeté les bases des 30 Glorieuses.
Et c'est là qu'est ma critique de fond : Thomas Piketty pense l'Économie comme déterminante de l'Histoire et de la Politique. Or si le New Deal et les 30 Glorieuses ont vu le jour, c'est à la faveur d'un contexte politico-historique bien particulier : un mouvement ouvrier puissant en Europe et aux Etats-Unis, l'illusion d'une Union Soviétique (dans les années 30-50) porteuse de progrès social, le fascisme vaincu et les classes dominantes en Europe qui l'avaient soutenu, sur la défensive. Ces mêmes classes dominantes se voyant, de fait, obligées de composer et de consentir, à leurs dépens, à la construction de l'État Social et à des taux de fiscalité jusqu'alors inconnus ( jusqu'à 90 % aux États-Unis).
Or l'histoire a rebattu les cartes depuis 30 ans : mouvement ouvrier en déclin, fragilisé par le chômage et la précarité ; illusions soviétiques envolées, pour ne pas dire implosées; contre-offensive idéologique néolibérale planétaire et aujourd'hui dominante dans toutes les têtes politiques. Dans ces conditions, pourquoi ces mêmes classes dirigeantes consentiraient-t-elles aujourd'hui aux concessions sur le partage Capital-Travail inspirées de Keynes? Elles n'en ont aucunement l'intention, je dirais même plus, la possibilité, emballées qu'elles sont dans la logique addictive du toujours plus. Ce n'est pas Pierre Gattaz qui me démentira, dans son dernier appel, il y a trois jours, à de nouvelles concessions de la part du Travail et le pistolet braqué sur la tempe du Gouvernement.
          Aujourd'hui, il ne suffira pas que Obama et Hollande tombent dans les bras l'un de l'autre en s'écriant :"Mais bon sang, c'est bien sûr! Comment n'y avions nous pas pensé? Mais bien sûr, augmentons l'impôt!". Et d'ailleurs, cette touchante effusion n'aura pas lieu.

          Seules de profondes remises en causes sociales, économiques et politiques propulsées sur le devant de la scène par de puissants et larges mouvements populaires, à un ou plusieurs endroits de la planète, simultanément ou successivement, je ne sais pas lesquels, je ne sais pas comment, je ne sais pas quand, mais 1789 et 1936 ont bien eu lieu, pourraient imposer de nouveaux compromis aux classes dirigeantes et au capitalisme financiarisé.
En conclusion, l'Économie, quoique le laisse supposer Thomas Piketty, n'est pas autonome. Elle se construit, dans les faits, dans une relation dialectique avec la conscience des hommes, elle-même, en retour, dépendante des conditions économiques.

     J.Casanova

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Afrique
Kenya : le pays suspendu à des élections à haut risque
Mardi 9 août se déroulent au Kenya des élections générales. Alors que la population fait face à une crise économique et à une forte hausse des prix, ce scrutin risque de déstabiliser ce pays clé de l’Afrique de l’Est. 
par Gwenaelle Lenoir
Journal — Proche-Orient
L’apartheid, révélateur de l’impunité d’Israël
Le débat sur l’existence ou non d’un système d’apartheid en Israël et dans les territoires palestiniens occupés est dépassé. L’apartheid israélien est un fait. Comme le confirme l’escalade des frappes et des représailles autour de la bande de Gaza, il est urgent désormais de mettre un terme à l’impunité d’Israël et de contraindre son gouvernement à reprendre les négociations.
par René Backmann
Journal — Proche-Orient
Au moins trente et un morts à Gaza depuis le début de l’offensive israélienne
Parmi les victimes des frappes visant la bande de Gaza figurent six enfants et des dirigeants du groupe armé palestinien Djihad islamique. L’armée israélienne parle d’une « attaque préventive ».
par La rédaction de Mediapart (avec AFP)
Journal — Amériques
Au Pérou, l’union du président de gauche et de la droite déclenche une déferlante conservatrice
Sur fond de crise politique profonde, les femmes, les enfants et les personnes LGBT du Pérou voient leurs droits reculer, sacrifiés sur l’autel des alliances nécessaires à l’entretien d’un semblant de stabilité institutionnelle. Les féministes sont vent debout.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
Michael Rakowitz, le musée comme lieu de réparation
À Metz, Michael Rakowitz interroge le rôle du musée afin de mettre en place des dynamiques de réparation et de responsabilisation face aux pillages et destructions. Pour sa première exposition personnelle en France, l’artiste irako-américain présente un ensemble de pièces issues de la série « The invisible enemy should not exist » commencée en 2007, l’œuvre d’une vie.
par guillaume lasserre
Billet de blog
A la beauté ou la cupidité des profiteurs de crise
Alors que le débat sur l'inflation et les profiteurs de la crise fait rage et que nous assistons au grand retour de l'orthodoxie monétaire néolibérale, qui en appelle plus que jamais à la rigueur salariale et budgétaire, relire les tableaux d'Otto Dix dans le contexte de l'Allemagne années 20 invite à certains rapprochements idéologiques entre la période de Weimar et la crise en Europe aujourd'hui.
par jean noviel
Billet de blog
Réponse au billet de Pierre Daum sur l’exposition Abd el-Kader au Mucem à Marseille
Au Mucem jusqu’au 22 août une exposition porte sur l’émir Abd el-Kader. Le journaliste Pierre Daum lui a reproché sur son blog personnel hébergé par Mediapart de donner « une vision coloniale de l’Émir ». Un membre du Mrap qui milite pour la création d'un Musée national du colonialisme lui répond. Une exposition itinérante diffusée par le site histoirecoloniale.net et l’association Ancrages complète et prolonge celle du Mucem.
par Histoire coloniale et postcoloniale
Billet de blog
Deux expos qui refusent d'explorer les réels possibles d'une histoire judéo-arabe
[REDIFFUSION] De l’automne 2021 à l’été 2022, deux expositions se sont succédées : « Juifs d’Orient » à l’Institut du Monde Arabe et « Juifs et Musulmans – de la France coloniale à nos jours » au Musée de l’Histoire de l’Immigration. Alors que la deuxième est sur le point de se terminer, prenons le temps de revenir sur ces deux propositions nous ont particulièrement mises mal à l'aise.
par Judith Abensour et Sadia Agsous