tatia (avatar)

tatia

Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

Abonné·e de Mediapart

559 Billets

0 Édition

Billet de blog 2 octobre 2014

tatia (avatar)

tatia

Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

Abonné·e de Mediapart

Interview de Pierre Gattaz.

tatia (avatar)

tatia

Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

   (De nos correspondants Jean Casanova et Stéphane Baudelaire - Au siège du MEDEF/OEPOF* -  55, avenue Bosquets - Paris 7° - 2 Octobre)

          Stéphane et moi connaissons bien, chers lecteurs, vos préventions et, reconnaissons-le, elles ne sont pas toujours sans fondement. "Mur de l' 'argent", "200 familles", "L'homme au cigare entre les dents", etc... Mais enfin, pour une fois, délaissons cette carterie d'Épinal et faisons l'effort d'entendre. Entendre pour comprendre et comprendre pour combattre, aurait dit Vladimir Illitch !

          C'est dans cet esprit que, après l'annonce de Pierre Gattaz "Oui, il est possible de créer 1 million d'emplois", nous  sollicitions ses services pour une interview. Et c'est le plus naturellement du monde que le-dit service de presse nous donnait rendez-vous ce 2 Octobre, nous, journal de Jaurès, après nous avoir fait parvenir un volumineux et détaillé dossier de presse  destiné à faciliter l'entretien à venir. En somme, du savoir-faire et de l'élégance ! Du professionnalisme.

Accueil dans son bureau. Sobre et spacieux, mobilier moderniste indiquant l'homme de goût. Quelques dossiers, mais sans fatras, sur la table de travail ! Café, dans des tasses de porcelaine de Chine ; coffret à cigares gentiment ouvert. Nous acceptons le café, déclinons les cigares, l'ambiance devant rester studieuse et nôtre congénitale méfiance reprenant un instant le dessus, songeant au caractère compromettant de photos nous montrant dans de trop bonnes dispositions. Amical et grand seigneur, chemise à fines rayures bleues, cravate bleu marine uni, Pierre Gattaz n'insiste pas.

S. Baudelaire. Monsieur Gattaz, vous présentez des propositions pour créer 1 million d'emplois en 5 ans. Avant d'en venir au comment, franchement est-ce possible ?

Pierre Gattaz. Il n'y a pas de fatalité au chômage de masse. Il nous faut refonder un autre modèle économique et social. Le nôtre est à bout de souffle. J'ai dit 1 million, mais nos spécialistes économiques parlent d'une fourchette large de 700 000 à 1,6 millions. Nos pistes sont là. Ce disant, il nous livre à chacun un exemplaire de son Petit Livre Jaune renfermant les principales dispositions présentées à la presse ces derniers jours. Petit Livre Jaune, pas rouge, précise-t-il, visiblement soucieux, tout en restant sérieux, de détendre l'atmosphère.

          Et pendant que Stéphane poursuivait sur le comment de ce chiffrage, j'en balayai rapidement le sommaire: 35 heures, jours fériés, ouverture du dimanche, Smic, contrat de travail, retraites...

J.Casanova. Venons-en donc à vos propositions. L'ouverture le dimanche ?

P.G. Très simple. Avec la suppression de cette archaïque disposition, la fermeture dominicale, nous boostons  la dynamique de la consommation. Bien sûr, le pouvoir d'achat n'en sera pas majoré, mais la possibilité de le dépenser sur sept jours au lieu de six va immanquablement développer l'emploi de service.

S.B. Et les 35 heures. Faut-il les supprimer ?

P.G. Ce qu'il faut supprimer, c'est l'obligation légale. Que chaque employeur puisse déterminer et de façon évolutive la durée de ce temps de travail : 30, 32 ou 40 heures. Bien entendu, payées comme telles. Restons réalistes.

S.B. En effaçant la limite maximale, celle de l' UE, 48 heures ?

P.G. N'exagérons rien ! Nous ne voulons pas revenir à l'âge de pierre.

J.C. Et concernant la suppression de 2 jours fériés. Certains avancent l'idée de Noël et du 14 Juillet ?

P.G. Le 1° Mai, il ne faut pas y toucher. C'est la fête du Travail, éclate-t-il de rire. Noël non plus, c'est la fête du Commerce. Pour le reste, voyons jour par jour et sans esprit d'archaïsme. Le 14 Juillet férié n'est pas spécialement rentable. Pourquoi ne pas le supprimer ?

J.C. Et l'âge légal de la retraite ? 

P.G. Pour moi, la question est tranchée. Nous avons gagné en 50 ans, 20 ans d'espérance de vie. Il nous faut en reverser la moitié, 10, à l'entreprise. Je vois l'âge légal de départ à la retraite à 75 ans !

S.B. Et le Smic, vous l'abandonnez ?

P.G. Non, je n'y touche pas, Du moins en principe. Par contre, je réfléchis. Pour les jeunes ou les vieux, les peu qualifiés, à une solution de type loi de Speenhamland. Et poursuivant, voyant nos regards intrigués, la loi de Speenhamland, encore appelée "loi sur les pauvres", poor law de l'Angleterre victorienne du début du XIXe siècle, et dont le principe était le suivant : assurer un revenu minimum  aux pauvres grâce à l'octroi, dans chaque paroisse, d'un complément de ressources en numéraire, financé par la paroisse et indexé sur le prix du pain et la taille de la famille à charge. Ce complément était accordé en sus du salaire lorsque celui-ci ne suffisait pas à assurer l'existence du travailleur. Il y a beaucoup à réfléchir sur cette idée généreuse et sociale.

En gros, et je veux résumer, il nous faut relancer notre compétitivité, seul moyen de faire face aux géants économiques de l'Asie et de l'Amérique du Nord.

          Stéphane et moi, assez impressionnés par l'efficacité de cette dialectique, décidions alors de faire glisser l'entretien sur le terrain politique. Ce que nôtre interlocuteur, démontrant sa bonne volonté et sa totale ouverture, acceptait volontiers.

S.B. Monsieur Gattaz, il s'est dit que le Premier Ministre aurait songé à vous pour un grand ministère regroupant l'Economie, les Affaires Sociales, le Travail, le Commerce et l'Industrie. N'auriez-vous pas reculé devant l'ampleur de la tâche ?

P.G. Je vous l'ai dit. Notre modèle économique et social est à bout de souffle. Nous avons largement vécu au-dessus de nos moyens depuis 50 ans. Il faut des mesures courageuses et je fais toute confiance à Manuel Valls, un politique d'une rare audace. Sa proposition m'aurait honoré. Mais vous comprenez que ma charge à la tête du MEDEF/OEPOF ne permet pas la confusion des genres.

J.C. Vous nous dites toute vôtre admiration pour le Premier Ministre. Iriez-vous jusqu'à le soutenir lors des prochaines échéances électorales ?

P.G. Nous sommes pragmatiques et nous ne nous considérons liés à aucun parti politique. Nous travaillerons à réformer notre modèle économique et social avec tout ceux que le pays aura désigné. Et nous respectons tous les choix de nos concitoyens.

J.C. Pourrez-vous toujours tenir ce discours en cas d'élection de Marine Le Pen ?

P.G. Je ne veux pas répondre à cette question trop orientée. Je ne referai pas l'erreur de mon prédécesseur René Duchemin, à la tête de la CGPF (Confédération Générale du Patronat Français) en 1936, qui avait laissé dire: "plutôt Hitler que le Front populaire". Mais vous me savez amateur de peinture et de tout ce qui touche à la couleur. Sachez que je préfère le Marine au  rouge.

          Eclat de rire et déjà Pierre Gattaz repousse son fauteuil et se lève. C'est bien sûr le signal de la fin de l'entretien. Affable et nous raccompagnant, en même temps probablement sans trop d'illusions sur la tonalité que nous donnerons à nôtre papier : "Eh bien voyez-vous, demain j'achèterai L'Humanité ! Il faut s'instruire." Nouvel éclat de rire et salutations.

* Note de l'auteur: OEPOF ou Office d'Encouragement et de Préconisation à l'Offshore Fiscal. Nos fidèles lecteurs connaissent bien l'appariement de cet Office avec le Medef. Pour plus d'informations, ils peuvent se reporter à notre courrier de Juin 2014 donnant toutes indications concernant cet Office. Si nécessaire, et à leur demande, nous le tenons à leur disposition.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.