Mike Poon s'est envolé.

(Aéroport de Toulouse-Blagnac - Haute-Garonne       2 Novembre 2015)

      Patrice Orwell et Jean Casanova

 

          Mais où est passé M. Poon ? 

   Personne ne l'a plus revu depuis l'été dernier, après qu'il eut apposé sa signature, à côté de celle d'Emmanuel Macron, au bas de l'acte de cession des parts de l'Etat Français (49,99 %) dans le capital de l'Aéroport de Toulouse, cession à la société Symbiose, dont il est justement, lui Mike Poon, le président.  Et en vertu de l'adage, il a été bien souvent vérifié, selon lequel une privatisation n'est rien d'autre que l'occasion pour quelques copains de faire profiter quelques coquins, sa localisation actuelle pourrait amener d'intéressants éclairages.

   Les rumeurs les plus affreuses, les bruits les plus inquiétants courrent à son sujet : emmuré, pour corruption, dans une geôle chinoise, son exécution n'attendant plus que le moment où sa famille aura payé la balle fatidique ; immergé par 50 m de fond, les pieds coulés dans le béton, à quelques encablures de Long Island, châtiment cruel réservé par Cosa Nostra à ses mauvais payeurs. Elle ne pardonne jamais !

( Une encablure : 120 brasses françaises, soit environ 200 m. Unité utilisée dans le milieu maritime pour mesurer les courtes distances.)

   Ou, plus heureusement, et ce serait tant mieux, allongé au soleil, ray-ban, chaise longue, terrasse de bungalow et vue paradisiaque, aux Iles Caïmans, où le précautionneux garçon avait prit soin de déposer quelques noisettes en prévision d'un hiver rigoureux. Ses amis le surnomment l'Ecureuil.

 

           En France, l'effet est des plus fâcheux. Déjà, la privatisation d'un aéroport par un gouvernement socialiste était d'une annonce des plus navrantes. Mais le tope-là d'Emmanuel Macron avec l'introuvable aujourd'hui Mister Poon, ça, ça passe très mal !

  Pour nous qui avons quelques principes, et nous y tenons, parmi eux de qualifier félonie toute cession du patrimoine public à quelque attributaire que ce soit, le péché était déjà grand. Dans le cas particulier, l'affichage était désastreux : à Mister Poon. Mais au-delà de la question de Mister Poon, notre avis reste sans appel : l'Etat n'est que le dépositaire du bien public, il n'est jamais en droit de le céder sans l'autorisation expresse du propriétaire, le Peuple souverain.


           En fuite, ou entre les griffes de la Commission Centrale pour l'Inspection de la Discipline du Parti Communiste Chinois, évidemment, Mister Poon serait soupçonné de gigantesques malversations dans la relation d'une de ses nombreuses sociétés avec la China Southern Airlines, la plus grosse compagnie aérienne chinoise.

   Comment notre Ministre de l'Economie, au talent, à l'entregent, à la compétence économique et financière hexagonalement reconnus, qui plus est, dans le cadre d'une affaire touchant à une infrastructure aussi stratégique qu'un aéroport, dans la plus grande proximité d'un bijou industriel et technologique comme Airbus, comment le sérieux de ce bourreau de travail, le sens stratégique de ce visionnaire en affaires, ont-ils pu être ainsi abusés ?

   Les milieux d'affaires en sont confondus. Pourtant, les « alertes »  ne manquaient pas : le groupe Symbiose était domicilié dans un paradis fiscal et s'était choisi comme conseil, une filiale du Canadien SNC-Lavalin, dont d'autres filiales sont sur la liste noire de la Banque Mondiale pour faits de corruption. Mediapart le révélait. Bercy et son gigantesque dispositif d'investigation l'ignorait.

   Depuis les comptes secrets de Jérôme Cahuzac en Suisse et à Singapour, on n'avait pas été plus léger.

   Surtout que, l'été dernier, à l'annonce de l'offre de Symbiose pour l'acquisition d'Aéroport de Toulouse, plus de 300 millions d'euros, tous ses concurrents, dont Vinci et Aéroports de Paris, s'étaient couchés, dépassés par l'énormité du cash. Certains allaient alors jusqu'à évoquer une possible opération de blanchiment à grande échelle. Une offre de prix trop généreuse doit toujours mettre la puce à l'oreille. Tous les petits caïds de quartier le savent. Innocent et insouciant Emmanuel !

 

           Mais reprenons confiance. Mister Poon, tel le lapin du chapeau, réapparaîtra probablement. En haut lieu, le Premier Ministre a confié n'avoir aucune inquiétude. Emmanuel a réaffirmé la pertinence de son choix. Sur le tarmac de Blagnac, les salariés, eux, restent vigilants. Eternelle et coupable méfiance des petites gens quant à tout ce qui les dépasse.

   Pour montrer que sa main ne tremble pas, Bercy vient de dévoiler son cahier des charges pour l'imminente vente-privatisation des Aéroports de Nice et de Lyon.

 

           Il n'est pas dit que pour afficher ostensiblement le bien-fondé de son choix et faire taire les esprits craintifs, Emmanuel n'aille pas, lors d'un prochain cocktail à Bercy, pour fêter le retour de Mike Poon, jusqu'à lui « claquer la bise ».

   Tel qu'il le fit il y a quelques jours, révélation de Closer et du Journal du Dimanche, dans les effusions les plus amicales, oui il y eu aussi bises nous dit-on, avec les PDG d'Accor et d'Orange, Sébastien Bazin et Stéphane Richard, dont il est vrai, la réputation n'est pas aussi sulfureuse que celle de Mike.

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