Aux portes du Panthéon

Nous sommes aujourd'hui reçu au siège du Haut Comité des Célébrations Nationales, hébergé au service des Archives de France, par Pierre Cora, son président. Il a bien voulu accepter de répondre aux interrogations, elles sont nombreuses, relayées à la lecture des revues de presse, de L'Humanité au Figaro.

 (Siège du Haut Comité des Célébrations Nationales - Archives de France - Hôtel de Rohan - Rue des Francs - Bourgeois - Quartier du Marais - Paris 3°)

                                       

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                                                                                                     Hôtel de Rohan - Rue des Francs - Bourgeois

          Nous sommes reçu aujourd'hui à l'Hôtel de Rohan, au siège du Haut Comité des Célébrations Nationales et du Service des Archives de France, par Pierre Cora, son Président.

  Pierre Cora a bien voulu accepter de répondre aux interrogations, elles sont nombreuses, relayées à la lecture des revues de presse, de L'Humanité au Figaro, et touchant à l'intention probablement sincère, de notre Président : faire entrer Ambroise Croizat au Panthéon, l'année du 120e anniversaire de sa naissance.

                             

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  Ambroise Croizat, enfant du mouvement ouvrier et ministre communiste du gouvernement du Général De Gaulle en 1945, fondateur et légataire à la postérité de la Sécurité Sociale. Au Panthéon.

                             

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                                                                                                              Le dôme du Panthéon

 

           Pierre Cora, bonjour. Vous avez exprimé tout récemment cette question très forte : sommes-nous en train de perdre la Mémoire ? Mémoire et Histoire, nous savons que vous avez déjà depuis longtemps opposé ces deux termes avec force.

   Bonjour cher ami. Bien au contraire, nous ne perdons pas la Mémoire. Nous vivons aujourd'hui sous sa tyrannie et c'est bien dommageable à l'Histoire. Car si celle-ci, l'Histoire, est toujours la tentative objective de reconstituer, de mettre en perspective, voire de comprendre le passé, la première, la Mémoire, en est bien loin. La Mémoire n'est rien d'autre que la subjectivité sélective, triant dans le passé pour commémorer, c'est-à-dire rassembler sur une base partisane, le contraire de la tentative d'objectivité historique. La Mémoire est le lieu de toutes les manipulations, des plus naïves, de Jeanne au Bûcher, jusqu'aux plus dangereuses, celle de Jeanne au 1° Mai. J'espère m'être bien fait comprendre.

 

           Merci Pierre Cora pour ce cadrage vigoureux. Diriez-vous que plus de 75 ans après la création du Conseil National de la Résistance, père fondateur de l'Etat Social à la française,  diriez-vous que le choix du Président, l'entrée au Panthéon d'Ambroise Croizat, geste mémoriel, pose un problème historique ?

 Quelques explications préalables. Le nom du monument Panthéon vient du grec pantheion qui signifiait « de tous les dieux ». Prévu à l'origine, au XVIIIe siècle, pour être une église qui abriterait la châsse de Sainte-Geneviève, ce monument a maintenant vocation à honorer les grands personnages ayant marqué l'histoire de France. Y sont notamment inhumés Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, Sadi Carnot, Émile Zola, Jean-Jaurès, Jean Moulin, Pierre et Marie Curie, André Malraux et Alexandre Dumas.

                            

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    Mais dans votre énoncé, j'entends deux questions. La première, la qualification pour un Homme, un seul quels que soient ses mérites, du droit à exercer un tel choix. C'est déjà un problème. Certes, il n'a pas tiré ce nom de son chapeau. Il y a eu en aval un travail historien de sélection et surtout l'initiative de plus d'une centaine de personnalités et du journal L'Humanité. Mais la décision en dernier ressort d'un seul est un problème.

  La deuxième question porte sur la sincérité du choix. Surtout lorsque l'on connaît l'acharnement du même président, depuis son entrée en fonctions, à remettre en cause l'œuvre du grand bâtisseur qu'était Ambroise Croizat : généralisation des retraites, création des comités d'entreprise et de la médecine du travail, reconnaissance des maladies professionnelles…

  Je ne veux cependant pas éluder votre question, celle du journal L'Humanité. Et c'est là que ressurgit l'épineux problème de la Mémoire. La Mémoire est sélective, elle est donc politique, et l'absence parmi les panthéonisés jusqu'à nos jours de toute personnalité issue du mouvement ouvrier doit être analysée et interprétée comme le refus d'installer cette famille, la famille communiste en particulier, aux côtés des familles gaulliste et socialiste dans la grande geste héroïque de la Résistance et des lendemains de la Libération.

  En d'autres temps, avaient été proposés pour cette panthéonisation, et ceci sans succès, les noms de Marie-Claude Vaillant Couturier et de Missak Manouchian.

                                  

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Marie-Claude Vaillant Couturier est une femme politique française, communiste et résistante. Elle est arrêtée par la police de Philippe Pétain et déportée à Auschwitz en 1943. Elle en franchit l'entrée, avec un convoi de 230 femmes résistantes, communistes et gaullistes, en chantant la Marseillaise. Seules 49 en reviendront. Transférée à Ravensbrück, elle y demeurera avec sa compagne Adélaïde Hautval, médecin, après leur libération le 30 Avril 1945 par l'Armée Rouge, pour aider aux soins des rescapés intransportables. Témoin de l'accusation au procès de Nuremberg en 1946, elle stigmatisera l'absence, sur le banc des accusés, des dirigeants des firmes Krupp, IG Farben et Siemens, firmes qui avaient largement participé à l'exploitation esclavagiste des déportés. Lors de son témoignage face aux criminels nazis, Keitel et Goebbels, elle marchera vers eux, à la stupéfaction de la salle, pour les obliger à la regarder dans les yeux.

 

                                 

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Missak Manouchian est un poète français d'origine arménienne, résistant communiste responsable national de la MOI, organisation militaire, branche des FTP, arrêté lui aussi par la police française le 16 Novembre 1943. Torturé par la police française, il est livré à la Geheime Feldpolizei, la Gestapo. Condamné à mort par le tribunal militaire allemand du Grand-Paris, en présence des journalistes français de la presse collaborationniste qui dénoncent son « cynisme », il fait parti des 10 condamnés sélectionnés pour la composition de L'Affiche Rouge. Il est fusillé le 21 Février 1944 au Mont-Valérien, refusant d'avoir les yeux bandés et clamant : « Vive la France. Je meurs sans haine pour le peuple allemand ! »

 

          La signification de l'éviction de cette famille politique est évidemment très lourde. Elle est porteuse de fracture dans l'identité nationale. Voilà pourquoi l'intention du Président aujourd'hui revêt une telle importance.

                                  

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  Tous les Français, aujourd'hui, bénéficient d'une Carte Vitale, sésame qui leur permet d'être soigné selon leurs besoins, sans distinction de moyens, et ceci grâce a la socialisation des richesses créées. Certes, la Sécurité Sociale est avant tout une œuvre collective, mais qui peut dire qu'Ambroise Croizat n'a pas joué le premier rôle pour apporter à la France l'une de ses plus belles réformes ? Qui peut dire que cette réalisation ne constitue pas un pilier indispensable de notre République Sociale ?

           Pierre Cora, merci ! Vos paroles et votre autorité intellectuelle seront un point d'appui précieux à l'encontre de ceux que ce choix partial  scandalisera et qui, probablement, feront campagne pour le dénoncer.

                               

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