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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 4 juillet 2015

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Un spectre hante l'Europe : le Référendum.

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(De notre envoyé spécial Jean Casanova - Place Syntagma - Athènes - Grèce       4 Juillet 2015)

           En Janvier 1848, à la veille des révolutions qui ébranlèrent l'Europe et ses anciens régimes, à la veille en France de la chute irréversible de la Monarchie, l'autocratie lui survivra encore 20 ans sous la forme abâtardie du Second Empire, le 24 Janvier paraissait à Londres le Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx et Friedrich Engels.

  Première phrase de ce manifeste fondateur des temps modernes : « Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme ». L'historien Raymond Huard nous brosse le contexte de cette parution.

  En 1848, depuis plusieurs années déjà, l'Europe fermente. Dans l'Ouest européen, Angleterre, France et Belgique, le capitalisme industriel est en plein essor et ces dégâts déjà bien visibles : ruine des anciens métiers et corporations, crises périodiques de chômage et de misère. Un autre aiguillon tourmente l'Europe : l'idée nationale. Que de peuples dominés ! Tchèques, Hongrois de l'Empire des Habsbourg, Polonais sous la domination tsariste, Slaves du Sud soumis à l'Empire Ottoman. D'autres peuples dispersés en une mosaïque d'États : Allemands au nord, Italiens au sud.

   Partout, l'aspiration à la démocratie contre l'autocratie, au pain et à la justice contre la misère. La conjonction, en quantités variables de ses aspirations sociales, nationales et démocratiques, rend explosive la situation. Les esprits les plus lucides, par exemple, en France, Alexis de Tocqueville, idéologue et historien bourgeois, sentent venir une révolution.

          4 Juillet 2015, un nouveau spectre hante l'Europe : le Spectre du Référendum.

Étrange et inquiétant mot, non pas grec mais latin : gérondif du verbe latin referre (faire un rapport), referendum signifie littéralement : il doit en être référé. Se référer : s'en remettre à qui fait autorité. Et qui est ce qui dans le Référendum ? Le Peuple souverain.

   Paré de toutes les vertus démocratiques lorsque la question (il faut répondre par oui ou par non) évacue l'essentiel derrière un écran de fumée (Maastricht 1992 : le Bonheur et la Paix en Europe) - qui nescit dissimulare, nescit regnare ; celui qui ne sait pas dissimuler, ne sait pas régner - ou lorsque la réponse ne remet rien de fondamental en jeu (Voulez-vous élire le Roi pour 5 ans ou pour 7 ans, référendum sur le Quinquennat en 2000), le référendum apparaît aux classes dirigeantes et à leurs fondés de pouvoir comme dangereux, despotique, populiste, manipulateur et contraire aux traités, lorsqu'il pose les questions de fond.

     * En 2005, voulez-vous vivre sous l'empire, gravé dans le marbre, de la Concurrence Libre et non Faussée, concurrence de tous contre tous ? Cachez ce résultat que je ne saurais voir.

     * Ou, en 2015, en Grèce, approuvez-vous la dette odieuse et illégitime dans laquelle nous ont enfermé des créanciers sans scrupules ? Question manipulatrice a estimé Jean-Claude Juncker.

          Aujourd'hui, tous les puissants de l'Europe des marchés et de la banque, Juncker, Hollande et Merkel se sont alliés pour une sainte chasse à courre. Un putsch financier est en préparation. Comme le proclamait Salvador Allende, à la tribune de l'ONU, en 1972,  presque un an avant d'être renversé : « Des forces opèrent contre nous, dans l'ombre, sans drapeau, avec des armes puissantes… ».

  Au-delà du Oui au référendum grec, ce que cherchent Juncker, Hollande et Merkel, c'est à tuer la bête quand il est encore temps, la capitulation et la chute du Gouvernement de Syriza, et dans le chaos qui s'en suivrait, la mise en place d'un « gouvernement de technocrates », proposition de Martin Schultz, président social-démocrate du Parlement européen.

   Les grands éditorialistes, en France en particulier, donnent le ton. Arnaud Le Parmentier du Monde, qualifiant le gouvernement grec de « Tsipras et ses acolytes » ; Laurent Joffrin de Libération, proposant un référendum dans chacun des 28 pays de l'UE, il en a déjà écrit la question : « Êtes-vous prêts à accéder aux demandes du gouvernement grec qui exige de nouveaux crédits, mais refuse les réformes demandées par la BCE ? »

   Laurent, tu n'es pas près d'être entendu. Dans l'ambiance lourde d'aujourd'hui, et avec son énorme passif démocratique, l'Eurocratie n'est pas prête à cette dangereuse consultation des peuples. Elle pourrait être sa boîte de Pandore.

 Dans la mythologie grecque, Pandore, créature féminine des Dieux, fut envoyé aux Hommes pour les punir de leur orgueil. Malgré l'interdiction de son mari Epiméthée, elle ouvrit la jarre qui lui avait été remise en cadeau de mariage, jarre dans laquelle se trouvaient tous les maux de l'humanité. Il s'en évadèrent et répandirent le malheur sur toute la Terre.

           Précédent terrible pour l'eurocratie, après le référendum grec, quoi qu'il arrive, rien ne sera plus jamais comme avant. La démonstration sera faite : il y a un problème en Europe. Ceux qui dirigent et exigent ne sont pas élus : Jean-Claude Juncker, Président de la Commission Européenne ; Mario Draghi, Directeur de la BCE.

   Attendez-vous, dès dimanche soir, mais ils seront vains, à tous les écrans de fumée pour masquer cette évidence.

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