(De nos envoyés spéciaux Jean Casanova et Andrea Ekberg - Avenue Foch - Paris 16° - 5 Février 2015)
Toujours affectés à la rubrique animalière du Journal, Andrea et moi rencontrons aujourd'hui le Dr Elvira Krieg, Maître de conférences en Primatologie, bien connue maintenant du grand public depuis la publication par son équipe, en 2013, d'une passionnante étude sur les populations de chimpanzés du Parc National de Kibali, dans l'ouest de l'Ouganda, et sur les dangers environnementaux qui menacent toujours leur développement.
Elvira Krieg tirait alors la sonnette d'alarme. Attention! Risque d'extinction pour ce primate cousin de l'Homme, risque occasionné non par le braconnage des paysans ougandais ou par les prédateurs félins, mais par l'efflorescence de malformations congénitales et de cas de stérilité en rapport probable avec la pollution des espaces forestiers par l'usage à grande échelle de pesticides et d'herbicides, tel le fameux agent orange largement répandu par l'armée américaine durant la guerre du Vietnam, dans les grandes exploitations de thé avoisinantes, propriétés des multinationales de l'agroalimentaire.
De retour à Paris il y a six mois, Elvira Krieg, l'esprit toujours en alerte, se penchait alors sur un autre sujet . La rareté ou plutôt la quasi-absence de visibilité en France, particulièrement dans le Bassin parisien, d'une variété de primate pourtant répertoriée en expansion dans les statistiques de recherches économiques, les magazines Challenges et Fortune, et bien visible sur d'autres aires géographiques comme la Riviera française et les Cyclades grecques. Où créchait donc à Paris (c'était la formule familière utilisée par la petite équipe de chercheurs) ce primate très proche des hominidés, l'Oligarchus milliarderis?
Par des recoupements avec d'autres enquêtes scientifiques socio-anthropologiques vulgarisées il y a quelques années dans l'ouvrage de Monique et Michel Pinçon- Charlot, Les ghettos du Gotha, Elvira Krieg en était arrivée à la conclusion, restait à l'authentifier, que plusieurs exemplaires d'Oligarchus vivaient en région parisienne mais, espèce farouche et craintive, l'adage est bien connu " pour vivre heureux, vivons caché", jamais signalés ni identifiés en plein jour.
Inspirée par la technique d'investigation utilisée par un de ses confrères zoologistes, Ahmed Ben Bachir, spécialiste algérien des grands félins sahariens, lequel avait pu photographier par l'utilisation de caméras à visée nocturne et à déclenchement automatique disposées en différents points du désert du Hoggar, 5 exemplaires d'un des félins les plus rares de la planète, le Guépard du Sahara, Elvira Krieg et son équipe installaient un appareillage d'enregistrement identique, à visée nocturne, ce point est important, en divers endroits de l'avenue Foch, dans le quadrilatère entre Porte Dauphine, rue Pergolèse et rue Marbeau, positionnement un peu aléatoire mais qui lui avait été suggéré par l'étude topologique approfondie des Ghettos du Gotha.
Les conclusions de ce travail d'investigation sont formelles et le Dr Elvira Krieg a tenu à nous les préciser avec force: Oligarchus milliarderis s'est parfaitement adapté au séjour en région parisienne. Son caractère furtif, contrairement au mode de vie exubérant et tapageur de ses congénères russes, anglais ou chinois sur la Riviera, suggère une adaptation prudente à un milieu, Paris, longtemps considéré comme hostile en raison de ses tumultes sociaux et de ses flambées révolutionnaires particulièrement au cours des deux derniers siècles. Les premiers mois de 2012 et leur agitation électorale où dans chaque camp montaient les surenchères, au "capitalisme voyou" répondait "mon adversaire, c'est la finance", semblent ne pas avoir trop affecté la quiétude du petit cheptel dont les photographies nocturnes toutes récentes attestent la sérénité et la confiance: positions avantageuses, sous les marronniers de l'avenue Foch, au pied de leur Bentley, des mâles dominants reconnaissables à leur jabot de dentelle et à leur frac d'alpaga; petits rires stridents des femelles arborant leurs bijoux scintillants dans l'obscurité.
Mais attention a recommandé Elvira Krieg! L'Oligarchus milliarderis, à l'ancestrale mémoire contre-révolutionnaire, reste sur ses gardes. Il sait que sa survie n'est jamais assurée. Le tumulte récent en provenance de la Grèce, les mots de renégociation, voire d'effacement de la dette, dette qui reste un de ses principaux mode de subsistance, pourraient bien venir troubler cette quiétude et rompre les délicats équilibres écologiques de l'espèce.
Je m'adresse, a-t-elle insisté, aux plus hautes autorités publiques et, bien sûr, à la BCE, à laquelle elles sont subordonnées, pour qu'elles évitent toute mesure démagogique et fassent respecter les nécessaires équilibres naturels.
Chers lecteurs, nous sommes au regret de vous dire que les craintes d'Elvira Krieg, peut-être excessives, quant à la survie d'Oligarchus milliarderis ne sont pas totalement infondées. Nous avons mesuré le sérieux de sa démarche scientifique et saluons son combat pour la préservation des espèces. Nous attendons de la BCE les décisions et, des autorités politiques, les mots d'apaisement nécessaires.
Nous sommes cependant conscients que cette position du Journal va faire question. Il y a un courrier des lecteurs pour cela.