De l'usage de la peur

Nous sommes aujourd'hui au Brooklyn Collège Bedford à New York.

                            

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          Nous sommes aujourd'hui au Brooklyn College Bedford, établissement d'enseignement supérieur de la ville de New York. Nous vous y parlerons de Timor. Timor qui signifie en latin, vous le savez déjà : la Peur.

  Nous ne sommes pas là aujourd'hui pour y solliciter notre inscription, nous n'aurions pu de toutes façons réunir les 20 000 $ requis pour celle-ci, mais pour y rencontrer le célèbre Pr Robin Hood, directeur de son département de Sciences Politiques.

                                        

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          Robin Hood n'est pas, vous vous en doutez bien, le célèbre Robin des Bois, héros archétypal (celui qui volait les riches pour donner aux pauvres) du Moyen - Age anglais et de votre adolescence. Le brigand au grand cœur, Robin Hood (Robin la Capuche et non pas Robin des Bois, comme cette paronymie de hood avec wood l'a souvent laissé penser), le brigand au grand cœur ignorait tout du Brooklyn College des années 2020. Il vivait caché dans la forêt de Sherwood du comté de Nottingham, vers la fin des années 1190, époque où Richard Coeur de Lion partait pour la Croisade.

  Non, le Pr Robin Hood d'aujourd'hui enseigne les Sciences Politiques. Il est l'auteur de nombreux essais, le plus fameux, L'Histoire du Gouvernement par la Peur, dont la trame centrale, comment gouverner par la peur, comment la susciter, se conclut par la thèse que la gouvernementalité moderne repose sur sa capacité à la gérer et à l'apaiser.

    Chers amis, ne vous offusquez pas ! Vous n'êtes pas des moutons ! Pas des moutons, mais des brebis craintives. Du moins, si l'on veut bien suivre les propos du Pr Robin Hood.

 

         Dans la ligne directrice de cette thèse, le Pr Robin Hood assimilait, dans un article célèbre du Washington Post paru en 2005, la politique sécuritaire du regretté Georges Bush et sa législation sur la sécurité nationale, celle du Patriot Act, à une ruse du pouvoir : l'instrumentalisation de la menace extérieure pour la mise à la raison des oppositions intérieures.

                                        

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   Les menaces aujourd’hui brandies d’une pandémie mondiale nous amènent à interroger le Pr Robin Hood sur les similitudes, si tant est qu'il y en ait, entre la France de 2020, celle du Coronavirus, et les États-Unis des lendemains de l'effondrement des Twin Towers.

                                   

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    Prendre son avis nous a paru d'autant plus nécessaire que, en France, toute la profession de penseur politique et d’éditorialiste est aujourd'hui entièrement occupée au concert de jérémiades, litanies, palinodies et autres psalmodies, les formes traditionnelles de la plainte orale ou écrite.

  

           Bonjour Pr Robin Hood, qu'entendez-vous par cette expression si étrange : administrer la peur ? Les médias ne font-ils pas tout juste leur travail ?

    La Peur a toujours fait l'objet d'un travail politique : structurer la peur des citoyens, l'organiser dans la construction du rapport gouvernant - gouverné. Et pour cela, l'aide de l'appareil médiatique est déterminante.

                          

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          Pr Robin Hood, merci pour cette réponse lapidaire. Une phrase revient souvent dans vos essais : avoir peur, c'est se préparer à obéir.

  Administrer la peur, c'est d'abord désigner le danger : la France touchée par la pandémie mondiale venant de l'extérieur ; le vote extrémiste montant de l'intérieur. Surtout, éviter toute autre question, tout autre sujet, surtout d’ordre social.

  Comme l'énonçait Machiavel dans son célèbre ouvrage, Le Prince, au chapitre Fortuna e Virtu (La Fortune et la Vertu), la Fortune (les circonstances), ce n'est pas le Prince qui la forge. Elle survient ! Elle se construit à bas bruit, fruit heureux ou vénéneux, indépendante de la volonté du Prince, puis fait brutalement irruption, une pandémie mondiale aujourd'hui.

  Charge au prince de la combattre et de l'utiliser au mieux pour conserver son pouvoir et en obtenir son maintien aux affaires. Et comment mieux faire, dans cette ambiance de psychose et de peur savamment entretenue par l'appareil médiatique, comment mieux faire que de s'appuyer sur la recette longuement éprouvé depuis des siècles : celle du bon Pasteur protégeant ses brebis rassemblés. Ce sera sa Vertu.

  Pour Machiavel, plus que l'art de bien gérer la Cité, la politique est effectivement celui de se maintenir au pouvoir dans une situation ouverte à tous les retournement. « Si tu sais changer ton caractère quand changent les circonstances, alors ta puissance ne changera point » disait-il à Laurent de Médicis. Et de développer : la Fortune est une force non humaine, bonne ou mauvaise, qui intervient dans les affaires humaines. La Vertu, qualité du Prince, est sa disposition d'homme face à ces événements. Elle est la souplesse : celle de s'adapter aux circonstances pour se maintenir.

  L'ennemi une fois désigné, la pandémie, le Prince construira alors, pas à pas, l'image d'un pouvoir pastoral apaisant, car la Peur appelle le Maître qui doit bientôt venir.

                    

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                                      Un bon pasteur en visite à l’Hôpital Pitié-Salpêtrière 

 

          Pr Robin Hood, diriez-vous qu'en France, l’homme de l'exercice du pouvoir suprême, suivant les conseils de Nicolas Machiavel, va se lancer dans cette course à la gestion de la Peur, endossant le rôle du bon Pasteur à la houlette ?

   Oui, le mot d'ordre subliminal sera : cultiver la peur, meilleur moyen de se faire obéir. Car la peur porte au despotisme, à l'autorité d'un seul, celle du Prince.

 

                               

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   La République ne prétendant pas avoir un visage incarné, Marianne n’étant qu'une effigie, c'est une autre configuration institutionnelle que l'on installe de façon rampante, à laquelle on travaille, celle du pouvoir d'un Homme Seul : la monarchie élective, élective, forme la plus adaptée à notre époque.

 

                                   

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