En partant de Descartes et cheminant vers Damas

Partons de Descartes. Mais nous entreprendrons ensuite d'aller plus loin.

                                  

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          Partons de Descartes. Mais nous entreprendrons ensuite d'aller plus loin. Ne pas en rester à l'apparence, toujours réfléchir, pour la dépasser, à la véritable nature de notre première impression sensible, ce que l'on voit, ce que l'on nous dit. C’était la son conseil.

  Prenez un morceau de cire, rapprochez le d'une flamme. Observez sa métamorphose. Vous comprendrez ainsi que nos sens, la vue, l'audition, ne nous donnent jamais la connaissance véritable d'un objet.

                              

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  Contemplant un morceau de cire fraîchement tiré de la ruche, le célèbre philosophe René Descartes écrivait dans ses Méditations métaphysiques : « Il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenait, il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur sont apparentes ; il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. »

  Voilà pour la première impression sensible. Et de poursuivre : « Cependant que je parle, je l'approche du feu. Ce qui restait de sa saveur s'exhale, son odeur s'évanouit, sa couleur change, sa figure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s'échauffe, à peine le peut-on toucher, et quoi qu'on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Elle demeure et personne ne peut le nier. »

  C'est donc que la consistance véritable des choses se situe au-delà de ce qu'en reflète la connaissance sensible, et ne peut être atteint que par une connaissance d'un autre ordre. Celle, non plus de l'essence, mais de l'intellect.

                                    

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          Ces mêmes questions, nous nous les poserons à propos du parler d'un homme masqué, lors de son allocution télévisée du 16 Mars. Mais pour cela d’abord, prenons la route de Damas. Nous vous parlerons de la conversion d’Emmanuel.

  La Conversion d’Emmanuel décrite dans le Nouveau Testament eut lieu un 16 Mars. Cette date est devenue une fête des églises chrétiennes et chaque année depuis on y célèbre une Semaine de prières.

  Avant sa conversion, Emmanuel était un pharisien parisien qui persécutait de manière violente, aidé par un de ses sbires, prénommé Castaner l’Iscariote, persécutait tout ceux qui demandaient à mieux vivre. La tribu des Gilets Jaunes, des cheminots, des rats d’opéra et même des avocats l’avaient pris en grande aversion.

  L’Acte des Apôtres, en son chapitre 9, nous relate cette conversion survenue sur le chemin de Damas qu’Emmanuel empruntait alors pour aller réformer les Retraites, muni des célèbres ordonnances.

  « Comme il était en route, parti de l’Élysée, une lumière venant du ciel l’enveloppa soudain de sa clarté. Il tomba à terre et entendit une voix qui lui dit : « Emmanuel, pourquoi persécutes-tu ton peuple ? Mon courroux est grand et, pour cela, je t’envoie le démon Coronavírus. Relève-toi et retourne à l’Élysée. Va maintenant et parle comme il le faut. Ainsi tu retrouveras la vue et sera rempli d’Esprit Saint. »

  Aussitôt tombèrent de ses yeux comme des écailles et il vit à nouveau. Il se leva et reçut le baptême. Il s’était converti. Nous étions un 16 mars. Et de par le royaume, on entendit alors Emmanuel partout discourir au travers des lucarnes télévisées. Il prêchait pour un « Nouveau Monde ».

 

  Écoutons la nouvelle parole d’Emmanuel. « Nous devons rebâtir notre souveraineté nationale ». Un peu plus loin, « Notre priorité aujourd'hui sera de produire davantage en France ». Et de poursuivre, « Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, déléguer tout ceci à d'autres est une folie ».

  Certains ne voulaient voir là qu'un rebond du célèbre « en même temps » et doutaient de sa sincérité.

  Comme le morceau de cire approché de la flamme et dont s'opère la métamorphose, les mots de l'homme masqué avaient commencé aussi à se métamorphoser sous l'effet de la pandémie. Mutation virale ?

   Des « premiers de cordée », nous étions passé à « la première ligne » (soignants, policiers, paysans, routiers, caissières de supérette) ; de « la start-up nation » à « l'État protecteur » ; et de « En marche » à « Restez chez vous ! »

 

          Comme pour la cire de Descartes, nous tenterons, au-delà des métamorphoses de discours à l'épreuve de la chaleur de la pandémie, de ne pas être abusé par les apparences. Car la cire reste la cire, un mélange déterminé, nous disent les physiciens, d'esters, d'alcools et d'acides.

  Et l'homme masqué...

                                           

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