L'enlèvement d'Europe

Europe était une princesse phénicienne...

  (Plage de Sidon, Sayda du Liban moderne      5 Mai 2019))

 

unknown
 

           Europe était une princesse phénicienne, fille du Roi de Tyr Agenor et de la princesse Argiope. Tyr du lointain Moyen-Orient, en Asie. Pour quelles obscures raisons, son nom, Europe, fût-il donné au continent que nous habitons aujourd'hui ?

                   

unknown-2

 

 « Le plus curieux, disait déjà Hérodote, cinq siècles avant J.-C., c'est que la belle tyrienne était de naissance asiatique et n'avait jamais vécu sur cette terre que les Grecs appellent maintenant Europe. Ne cherchons pas à comprendre. Nous nous rangerons à la coutume », concluait-il philosophiquement.

  Mystère jamais percé, ni celui des limites du continent Europe. À l'Ouest, bordé par l'Atlantique, mais à l'Est, selon Hérodote, s'arrêtant au Tanaïs, c'est ainsi qu'il surnommait le Don ; plus près de nous, le Général De Gaulle le faisait aller jusqu'à l'Oural.

  Selon une autre hypothèse, la première mention connue du mot Europe proviendrait d'une stèle assyrienne qui distinguait les rivages de la mer Égée par deux mots phéniciens : Ereb, le couchant, et Assou, le levant. L'origine des noms grecs Eurôpê et Asia se trouveraient dans ces deux termes, par lesquels les marins phéniciens désignaient les rives opposées de la mer Égée, la Grèce actuelle et l’Anatolie, aujourd'hui la Turquie.

(Pour revenir au Général De Gaulle, c'est à l'Université de Strasbourg, en Septembre 1959, pour célébrer la coopération franco-allemande, que le Général avait lancé : « Oui, c'est l'Europe, depuis l'Atlantique jusqu'à l'Oural, l'Europe entière qui décidera du destin du monde ». Restons prudents quant à cette affirmation, car le Général, génial stratège, n’avait pas toujours fait tout juste. Ne faisait-il pas aller la France de Dunkerque à Tamanrasset, non plus dans l'Oural, mais dans le Hoggar ?)

                     

          Qu'en fut-il donc de l'enlèvement de la princesse Europe ?

   Alors qu'elle se promenait nue et désirable sur la plage de Sidon la cananéenne, la rivale d'alors de Tyr, Marché, le Zeus de cette époque de la seconde partie du XXe siècle après J.-C., Marché l'aperçut et, tout de suite, séduit par sa beauté, la voulut pour femme. Afin de l'approcher sans l'effrayer, il n'était pas beau, ses traits étaient repoussants, il se métamorphosa en un taureau blanc, animal alors symbole de paix, de justice, de prospérité et surtout protecteur face aux visées de conquêtes des deux Titans rivaux de cette époque, toujours présentés sous les traits rassurants d'oncles vertueux et protecteurs. Titans en réalité brutaux et malfaisants, prénommés Oncle Jo et Oncle Sam.

                                 

unknown-3

 

             Europe, imprudente, charmée par le beau taureau blanc, s'approcha sans frayeur et, irréfléchie, le chevaucha, ceinturant son large cou, un cou de taureau, de ses beaux bras blancs et laiteux. Aussitôt, elle fut enlevée au galop et transportée jusqu'à Francfort.

 

           C'est là, dans l'une des chambres du Château de BCE, le palais du Dieu Suprême Marché, que celui-ci reprit alors forme humaine et qu'Europe et lui s'accouplèrent. On chanta le prélude de « L'Ode à la joie », le 4° mouvement de la IXe Symphonie de Ludwig van Beethoven.

                               

images

 

   Cette union fut jugée par beaucoup illégitime et frauduleuse. Marché, pour séduire Europe avait usé de nombre de subterfuges. Entre autres de prétendre la défendre  des visées du Titan Oncle Sam ; de lui promettre encore de lui apporter justice sociale et prospérité. Jugements prémonitoires et rapidement vérifiés, car de cette union contre nature et pourtant consentante naquirent deux monstres, Mario Draghi et Wolfgang Schäuble. Tous deux deviendront plus tard Juges des Enfers.

   C'est eux qui condamneront la jeune princesse Hellène pour mauvaise et insouciante conduite dans la marche de ses affaires. « Cigale, paye d'abord ta Dette, lui avaient-ils enjoint, sinon ce sera l'Enfer ! » La cigale paya et eut tout de même l'Enfer.

 

            Le plus cruel pour Europe, revenons à elle, vieillissante et ayant perdu virginité et l'attrait de la jeunesse, elle fut sa mise au trottoir par Marché, le Roi des Dieux, et ses grands prêtres d'alors, Delors, Barroso et Juncker.

   L'Ode à la Joie était devenu l'Ode au Fric. Les mêmes qui à Maastricht, sur la rivière Meuse, lui avaient promis en 1992 prospérité et indépendance, voulaient l'abandonner maintenant pour la livrer, une poignée d'euros – infamie, son nom était devenu celui d'une monnaie – une poignée d'euros, à un tenancier de café borgne de Chicago que l’on surnommait TAFTA. Plus encore, suprême injure, ce tenancier faisait maintenant la fine bouche.

                                                      

unknown-4-1

 

         Il est trop tard aujourd’hui  pour Europe, princesse et midinette devenue maintenant michetonneuse. Va-t-elle continuer de rouler au ruisseau telle Gervaise, la roulure de L'Assommoir, ou revivra-t-elle, comme au temps de sa jeunesse, espoir de liberté, de paix, de prospérité et de justice ? Connaîtra-t-elle enfin le bel et véritable amour qui lui était promis ?

 (Une midinette est une jeune femme un peu naïve et sentimentale. Ce mot est apparu dans la seconde moitié du XIXe siècle dans le milieu de la mode, à Paris. Il désignait les gentilles petites couturières des grandes maisons parisiennes. On les surnommait malicieusement  « midinettes » car elles faisaient « dînette à midi». Soucieuses de leur ligne, elles se contentaient effectivement de petits repas qu'elles prenaient dans les parcs publics de la capitale, notamment celui des Tuileries. Michetonneuse était le nom que l'on donnait aux prostituées occasionnelles. La roulure était une femme dépravée.)

   Europe revivra-t-elle les espoirs de sa jeunesse ? Pour cela, il lui faudrait renoncer à ses anciennes amours coupables, celles pour Zeus-Marché, devenu aujourd'hui son proxénète, y renoncer et renouer des idylles plus vertueuses.

   Rompre enfin avec les traités que lui avait imposés son avide suborneur. En sortir pour en construire d'autres, non plus dédiés au fric mais à la joie. Beaucoup le lui enjoignent. En aura-t-elle le courage ? Il n’est pas trop tard et cela dépend aussi de vous et de vos suffrages. Nous sommes nombreux qui voudraient encore la chérir.

                              

images-2

 

 

 

 

       

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.