Métaphore bactériologique

Vous connaissez tous la métaphore batracienne, celle des grenouilles demandant un Roi, métaphore illustrée par Phèdre, le fabuliste latin, dans son fabliau, Ranae regem petierunt...

                                           

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          Vous connaissez tous la métaphore batracienne, celle des grenouilles demandant un Roi, métaphore illustrée par Phèdre, le fabuliste latin, dans son fabliau Ranae regem petierunt. Nous vous en citons les deux premiers vers.

   Ranae vagantes liberis paludibus

   Clamore magno regem petiere ab Jove

   Les grenouilles errant libres dans leur marais

  À grands cris réclamaient à Jupiter un Roi…

 

          Mais laissons là un instant la métaphore amphibienne, pour une autre, empruntée celle-là à la nosologie, la science de la classification des maladies.

    Dans 20 ou 30 ans, peut-être même avant si les choses avancent bien, les nosographes, ces scientifiques spécialistes de l'histoire et de la classification des maladies, auront laborieusement analysé, disséqué, catalogué tous les symptômes du mal qui frappe notre vie politique et démocratique d'aujourd'hui. Ils pourront alors en dresser la liste.

                                        

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   Nous nous proposons de leur simplifier la tâche, en la leur communiquant dès aujourd'hui, déjà bien longue, sinon exhaustive :

      - L'hubris du pouvoir personnel et sa propension à vouloir décider de tout, toujours et à tout moment, seul et à son unique avantage, le Mien. Et sa conséquence la plus directe, le dessaisissement citoyen permanent avec pour seul exutoire, celui du spectacle des faits d'armes du monarque et, comme au parterre de la comédie, le seul droit d'applaudir ou de siffler. Voire de coasser pour implorer le changement de comédien.

     - Autre conséquence du pouvoir d'un seul, la désignation labellisée dès l'avènement du monarque, trois semaines au plus tard (nous parlons là de l'élection dite législative) de 300 à 350 béni-oui-oui (l'ai-je bien orthographié) dont la tâche principale durant cinq ans sera la proskynèse rituelle et matinale.

 (La proskynèse, du grec proskynesis, littéralement envoyer un baiser vers, était un rituel de la Perse antique consistant à s'incliner et se prosterner devant une personne de rang supérieur. Ce geste est repris dans différentes cultures et à différentes époques dans une liturgie tendant à sacraliser, voire à diviniser l'autorité supérieure.)

                                         

proskinese
                                                Le Roi au centre. Un courtisan lui envoie un baiser de la main

     - Venons-en maintenant à la question du maroquin, ce petit portefeuille qualifié de ministériel. Durant cinq ans, il sera l'objet d'une quête permanente, par d'habiles simagrées et contorsions, de la part d'une troupe de chiens savants. Quête du maroquin pour sa jouissance directe, la proximité du Grand Coryphée, mais aussi des adjointes prébendes et sinécures qui vont avec et permettent à chacun d'apparaître lui aussi roitelet dans son village.

                                              

maroquin
                                                                       Le saint objet de toutes les convoitises

 

      - Spectacle permanent orchestré depuis la fosse par toute une bande de folliculaires et de plumitifs de papier, de hérauts médiatiques et porteurs de tam-tam, officiant sous la baguette invisible des grands propriétaires de médias, marchands de béton, d'avions, quelquefois aussi de canons.

     - Seule chose dérobée à la vue du public, l'accès permanent le soir au Château des représentants de l'aristocratie financière venus vérifier que tout se fait et se décide au sommet en leur faveur.

 

           La liste des symptômes dressée, il restera à nommer le mal en cause. Gagnons du temps et donnons-lui tout de suite son véritable nom, l'Institution Présidentielle

    D'où nous vient cette étrange maladie frappant le corps de cette noble Institution ? Comment s'est-elle développée et propagée ? A ces questions, les nosographes confrontés ont fini par répondre et rendre leur diagnostic.

    Terrain génétique tout d'abord, avec le génome très particulier de la Ve République et sa tendance, depuis la conception, à la très forte personnalisation du Pouvoir.

                                                   

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   Mais pas que. Un terrain génétique, certes. Mais alors, comment expliquer le peu d'évolutivité d'un mal durant si longtemps, plus de 50 ans, et sa décompensation brutale et foudroyante au tournant des années 2000-2005 ? Quelque chose s'est passé à ce moment-là. Quoi ?

 

           La réponse nous a été donnée par la bactériologie. Eh oui, le terrain propice dès l'origine au pouvoir personnel a donné lieu à l'éclosion d'un processus infectieux par une bactérie peu connue et longtemps considérée dans les milieux spécialisés comme intègre, non pathogène et peu virulente. Non pas Escherischia Coli, cette bactérie commensale et rarement pathogène de notre flore digestive, mais Lionela Jospini. Les tests en laboratoire sont formels : Lionela Jospini est bien à l'origine de cette évolution pernicieuse baptisée Quinquennite, elle-même aggravée par une manipulation hasardeuse de laborantin sur sa paillasse, l'Inversion du Calendrier.

                                       

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  Les spécialistes sont tombés d'accord : ce sont bien ces deux phénomènes, quinquennat et inversion du calendrier, qui confèrent toute sa gravité à l'affection Institution Présidentielle. Et le rôle prépondérant joué par la bactérie Lionela Jospini dans son éclosion. Peu agressive au premier aspect, mais au final très pathogène. 

 

          Tous ces exposés savants, chers lecteurs, pour vous mettre en garde. Lionela Jospini est de retour – on pensait cette bactérie définitivement éradiquée – avec la sortie toute récente aux éditions du Seuil d'un livre intitulé, Un temps troublé.

                                             

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  Tous nos espoirs résident dans la mise au point, au-delà de celle d'un vaccin anti-Covid, la mise au point d'un vaccin anti-quinquennite, disons-le simplement, une VI° République.

 

         En attendant, sont conseillées à titre préventif, sans attendre, des cures d'implication citoyenne et d'insoumission, où que ce soit, au travail, à l'école, à l'usine ou au bureau, dans le quartier ou au village, pour l'obtention de meilleurs salaires et d'activités plus utiles au bien commun, pour la défense de l'environnement et la justice sociale. En veillant toujours à ce que tout le monde décide et participe. Sans oublier l'invention de nouvelles formes représentatives et révocatoires.

                                     

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