(De notre envoyé spécial Jean Casanova - 8, avenue de Solférino - Paris 7°)
L'art médical enseigne depuis Hippocrate, peut-être déjà avant, mais l'écho ne nous en est pas parvenu, une démarche en 3 points. Point n°1, le constat, le patient va mal, point accessible à tous, au médecin, à l'entourage et souvent, mais pas toujours, au patient lui-même. Point n°2, que se passe-t-il réellement ? C'est à quoi doit conclure le diagnostic. Point n°3, diagnostic établi, traitement à choisir et à mettre en œuvre. Ces deux derniers relèvent du médecin. Et attention, l'efficacité du troisième tient à la justesse du second.
Ce préambule achevé, venons-en à la consultation du Dr Julliard.
Le téléphone a sonné tôt ce matin du 3 Avril au cabinet du Dr Julliard. C'est sa secrétaire, méthodique, organisée et précieuse qui vient de prendre l'appel. "Docteur, s'écrie-t-elle, urgence chez M. Péhesse au 8, avenue Solferino." "La Gauche est malade ? Je m'y rends de toute urgence, répond le bon docteur." "Non Docteur, ce n'est pas la Gauche ! Notez bien l'adresse, 8, avenue de Solférino, il s'agit de M. Péhesse." "Mon Dieu, mon Dieu, la Gauche est malade, réitère le Dr Julliard, le temps presse. Pas une minute à perdre."
Le premier fiacre trouvé, fouette cocher ! Nous arrivons au n°8, où l'on sonne longuement. Vient ouvrir la gouvernante, les yeux cernés, le regard inquiet. "C'est la quatrième attaque en un an, prévient-elle, un sanglot dans la voix" et, l'amenant au chevet du mal en point, prostré dans l'abattement le plus profond, "Dites-nous quelque chose Docteur."
Jetant sa redingote en travers du fauteuil, ouvrant sa mallette et y saisissant stéthoscope et tensiomètre, le praticien est déjà à l'œuvre auprès du grand corps fatigué. L'inventaire et le constat débutent.
Chers lecteurs, nous avons eu communication de la note médicale rédigée par le Dr Julliard. Entorse au noble secret médical bien compréhensible eu égard à la notoriété du patient et à l'attente du trés grand nombre à le voir se rétablir rapidement. Elle a paru le jour même, 3 Avril, dans Le Monde sous la signature de Jacques Julliard, le célèbre sinistrologue (sinistrologie : spécialité médicale traitant des affections de la Gauche). Pour les besoins de notre billet, nous y puisons largement, la déontologie journalistique nous imposant de vous le signaler. Les larges paragraphes qui suivent, imprimés en italique, sont, notez le bien, des extraits du dossier rédigé par le Dr Julliard.
La gauche vient de connaître sa quatrième défaite électorale en un an. Ce n'est pas pour elle le plus grave. Elle en connaîtra d'autres. Le plus grave c'est que ce n'est pas un vote-sanction, mais un vote de désaffiliation. Une partie du "peuple de gauche" vient de tirer sa révérence. La plèbe viens de faire sécession sur l'Aventin comme à Rome en 494 av. J.-C., lasse des injustices et du mépris dans lequel la tiennent les patriciens.
Le Dr Julliard jette rapidement quelques chiffres sur son calepin.
C'est un français sur quatre qui vient de faire savoir qu'il n'appartient plus à la Cité en portant son choix sur un parti sulfureux.
Non Docteur, c'est un français sur deux et non sur quatre qui vient de faire savoir qu'il n'appartient plus à la Cité. L'abstention a atteint 50 %. Par contre, le choix du parti sulfureux dont vous parlez, n'est pas soutenu par 25 % des français mais seulement par 12,5 %, compte tenu de l'abstention. Il est vrai que c'est déjà beaucoup, il n'est pas nécessaire d'en rajouter. Docteur, s'il vous plaît, ne vous trompez pas dans vos enregistrements, votre diagnostic risquerait d'en souffrir et, le patient étant au plus mal, aucune erreur ou même approximation n'est permise.
Le Dr Julliard se relève. Après le palper abdominal et l'auscultation thoracique, il range sa mallette et, assis au bureau du petit salon attenant à la chambre du grand perclus, entame à l'attention de la gouvernante les explications sur l'état du malade.
Perclus (Littré) : qui ne peut exécuter un mouvement soit d'un membre, soit de tout le corps.
Le recueil précis des signes de l'affection, les antécédents bien connus du patient, malgré un interrogatoire difficile auquel le souffrant s'est montré plus que réticent (repli sur soi, dénégation, altération de la conscience, nul ne sait, probablement un peu de tout cela), tout est maintenant entre les mains du Dr Julliard pour l'exposition du diagnostic.
Que l'on nous nous resserve pas ici le vieux plat trotskiste de "la trahison de la social-démocratie" incarnée par François Hollande. Si c'était sa politique qui était en cause, et elle exclusivement, le FDG aurait du capitaliser sur cette défaillance. Mais c'est la gauche tout entière qui est sanctionnée. Qu'on se le dise, et surtout que l'on en tire les conséquences. Il n'y aura pas de Syriza à la française. Tant mieux, c'est du temps gagné.
Non l'essentiel est dans la division et dans les divergences politiciennes au sein de la Gauche.
La gouvernante : "Ainsi donc, ce fâcheux état, cette néfaste situation nous viendraient de la division, pire encore de divergences politiciennes ? Mon Dieu, ce serait trop bête ! N'y aurait-il pas un motif plus profond, et d'abord, faisons simple, un motif à la division elle-même ?"
Peste de la gouvernante, fulmine en lui-même le bon Dr Julliard. "Mais oui, ma bonne ! La voilà, la division. Dans ces batailles picrocholines qui cachent mal le pur affrontement des ambitions un homme a joué un rôle majeur, c'est Jean-Luc Mélenchon. Cet homme intelligent et cultivé, ce patriote sincère mais affecté d'une vanité puérile n'a plus qu'un souci : non pas faire gagner la gauche, mais faire perdre François Hollande.
Et, percevant que ces démonstrations alambiquées n'emportaient pas vraiment l'adhésion de la brave mère de famille au salaire bloqué depuis trois ans, elle qui devait encore aider son vieux père à la petite pension de 1100 €, elle dont le fils aîné enchaînait CDD sur CDD à La Poste et dont le petit dernier travaillait chez McDo pour payer ses études de Lettres, pourvu qu'il puisse devenir professeur, percevant qu'un effet de dramatisation allait peut-être lui permettre d'enlever le morceau et de conclure, et toujours dans les imprécisions et les amalgames qu'elle permet :
"On ne saurait en rester à l'explication politique de la défaite de la Gauche par sa désunion. Il y a beaucoup plus grave : il y a sa défaite intellectuelle ; il y a son logiciel déglingué. De quoi a-t-il été question dans les débats depuis trois mois ? De l'Islam, encore de l'Islam, toujours de l'Islam ! Comment le peuple se retrouverait-il dans cette frénésie qui tourne à vide et qui a gagné récemment jusqu'au Premier Ministre ?"
Mais reprit l'entétée gouvernante, voulant laisser là le docteur à ses délires : "Pour la rédaction de l'ordonnance, s'il vous plaît Docteur, ne mettez pas La Gauche. La pharmacienne me l'a dit l'autre jour : la SS exige l'identité exacte du patient, celle de la Carte vitale. Écrivez : M. Péhesse. Date de naissance : 1971.
Mais voilà, le Dr Julliard n'a pas rédigé l'ordonnance, repartant précipitamment en claquant la porte. Une autre visite urgente, pensa-t-elle.
Pour ma part, chers lecteurs, j'y vois une autre raison. Attendons quelques semaines. Par exemple, la date de sortie aux bains de mer de notre lépreux, comme tous les trois ans, en Juin prochain, à Poitiers ou à la Rochelle. L'ordonnance sera alors rédigée. En traitement de là néfaste division, sera préconisée, embrassons-nous Folleville, le grand rassemblement sous une nouvelle bannière, libérale (chassez ce mot de social) ou démocrate (bonjour Barak). Potion amère. Beaucoup la refuseront !
Il n'empêche, elle aura le mérite d'être rédigée. Et pourra resservir au lendemain de la rechute de 2017. C'est beaucoup s'avancer, mais qui a chuté 4 fois, une cinquième en Décembre, chutera une sixième.