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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 8 mai 2014

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Chômeuse, elle demande l'aide de François Hollande et trouve un emploi dans la journée

Par Le Nouvel Observateur

Publié le 07-05-2014 à 13h10Mis à jour à 15h54

Le matin, elle alarme le chef de l'Etat à la télévision sur sa situation précaire. L'après-midi, elle reçoit quatre offres d'emploi.

            (8 mai. De notre correspondant en Haute-Normandie, Jean Casanova). (Précision : je n'appartiens pas à la rédaction du Nouvel Observateur).
           "Merci !" a-t-elle balbutié, étouffant quelques sanglots et les yeux mouillés de larmes, devant la caméra de l'envoyée spéciale d'Antenne 2. Car le matin même, sur les écrans de BFM TV, prenant son courage à deux mains, elle avait interpelé le chef de l'État, de sa petite commune de Bolbec, dans sa petite cuisine à la table joliment nappée de vichy bleu, lui faisant connaître le tragique de sa situation : chômeuse de longue durée, en fin de droits en Juillet, avec, à cet horizon, la maigre ressource de quelques 490 € mensuels.
 Le Nouvel Observateur tient à faire connaître l'émouvant épilogue de cet appel au secours, à ses attendris lecteurs, découvrant la nouvelle à la p.23 de la dernière livraison qu'ils achetaient le matin-même, attirés par les conseils que l'hebdomadaire de gauche, oui de gauche Monsieur, leur prodiguait en couverture, pour choisir à Marrakech le riad de leur prochaine escapade, peut-être à la Pentecôte.
           Cinglante riposte à ceux qui avaient prétendu en leur temps : "l'État ne peut pas tout". Le gentil hebdomadaire nous indiquait la promptitude avec laquelle le désir du roi avait été exécuté. Point d'ordre écrit ; une simple injonction téléphonique du nouveau conseiller du Président, remplaçant la semaine dernière au pied levé un prédécesseur congédié et jeté en pâture à l'opinion publique pour un motif sur lequel nous ne voulons pas nous étendre, ce n'est pas le lieu. Une simple injonction téléphonique ! Et dans cette injonction, claquait l'impérieuse volonté présidentielle : tout de suite, un CDI, et à moins de 100 km du domicile de l'heureuse élue de l'attention ainsi dispensée. 
 Rien ne trainait, nous faisait savoir l'encore ébahi auteur de l'article du NO signé pudiquement et modestement G.S. En moins de cinq heures, le directeur territorial de l'agence Pôle-Emploi de Lillebonne, assisté dans son bureau du secrétaire général de la Préfecture de Seine-Maritime (76), spécialement diligenté afin de déblayer les derniers obstacles juridico-administratifs qui ne manqueraient de surgir dans notre pays si fâcheusement et tatillonnement administré, le-donc directeur offrait à la jeune ouvrière trois propositions correspondant en tous points à la demande élyséenne.

            Heureux épilogue donc, dont se saisissaient, toutes affaires cessantes, la gent médiatique et ses folliculaires.
 Pour la plupart, comme pour G.S.,la simple relation des faits à leurs auditeurs émus suffisait, agrémentée de commentaires brodant autour des séculaires maximes du si célèbre bon sens à la française : "Il ne faut jamais désespérer !", "Aide-toi, le ciel t'aidera !", "On a toujours besoin d'un plus grand que soi !", etc...
  Pour Jean-Bernard Sympathie, observateur plus clairvoyant de la chose politique, cet événement pourrait très bien rester, ce sont ses propres termes, comme le "marqueur du tournant du quinquennat". Au terme d'une longue démonstration savante, assortie des flagorneries dont il est coutumier, je les épargnerai à mes lecteurs, Jean-Bernard indiquait la signification profonde qu'il conviendrait de donner à ce qui, pour lui, débarrassé de son caractère anecdotique, était le signal de la reprise en mains par l'Etat de la chose économique et sociale. Sa conclusion semblait imparable : le chef de l'État a indiqué que :
 1) l'emploi restait sa préoccupation première,
 2) qu'il prenait ce problème crucial, en mains personnelles.


           Et il n'était pas démenti. Dès 20 heures, Bernard Pugnadas faisait de la chose, le thème de son "dossier du jour" : l'événement et les réactions : celles du micro-trottoir jusqu'aux plus savantes, de Bernard Attali, le fameux futurologue, et de Laurence Parisot présentée par son intervieweur comme une grande connaisseuse de ces questions de l'emploi. Il faut dire que depuis son remplacement à la tête de la Caisse d'Entraide et de Secours du Patronat Français, plus connue sous le doux acronyme de Medef, celle-ci, délestée de la nécessaire obligation de réserve tenant à la fonction, mais faisant toujours preuve de cette élévation d'âme et de noblesse d'esprit, celle de la véritable aristocratie, pas de l'argent, mais du cœur, qui lui avaient fait prononcer cette étonnante formule qui résume bien le tragique de notre condition : "La vie est précaire ! L'amour est précaire ! Pourquoi le travail ne le serait-il pas ?", Laurence donc, pardonnez cette longue mais nécessaire digression, pour bien montrer qu'elle n'était que d'un seul camp, ni de droite, ni de gauche, mais de celui de la Vertu en Economie, avait salué l'initiative du chef de l'État se démarquant ainsi, les fins analystes ne manquaient pas de le souligner, du commentaire de son successeur Pierre qui, mauvais joueur et toujours prompt à la critique, déplorait qu'en la matière, il aurait été plus compétitif de recourir au simple CDD, contrat paré à ses yeux de toutes les vertus entrepreneuriales.


           La journée médiatique n'était pas close, car à 22h50, dans son carrefour hebdomadaire "Mots croisés", Yves Bonifacio accueillait autour des magnifiques tables de verre d'A2, tables de verre dont la somptueuse translucidité était tout un symbole quant à la transparence, à la clarté, à l'équanimité des propos qui s'échangeaient autour d'elles, les personnalités les plus représentatives de l'opinion française, au rang desquelles Jean-Christophe Cambadélis et Jean-François Copé.

  Jean-Christophe, modeste et lucide quant à la portée du geste élyséen, tout en souhaitant bonne chance à l'heureuse jeune bolbécoise qu'il invitait à soutenir, aux prochaines élections, la liste du PS dans la région Grand-Ouest, soulignait que, évidemment, il ne fallait pas en attendre dans l'immédiat une quelconque inflexion de la si douloureuse courbe statistique dont Pôle-Emploi nous indiquait mensuellement l'évolution mais que, si, en la matière, on persistait, d'heureux effets ne tarderaient pas à survenir.

  Prestation classique et certes un peu convenue, que Jean-François ne voulait pas démentir, mais, beau joueur lui aussi, renchérissait au passage sur ce que l'on oubliait de saluer : CDI certes, mais au moins pas dans la Fonction publique, ce monstre budgétivore (il ne le formula pas ainsi, mais c'était ce qu'il fallait comprendre). Quant à Bernard Paris, chargé de départager ces deux si peu dissemblables avis, lui dont la gouaille traditionnelle envers l'économie de marché faisait depuis longtemps le bonheur de ce genre de plateau, il parut bien éteint ce soir, débitant une tirade sur les perspectives économiques de la Haute-Normandie, véritable antisèche visiblement préparée par quelque secrétaire, tirade dont on voyait mal l'à-propos, en dehors de la localisation de Bolbec dans la précitée région. Il faut dire que, depuis sa nomination au Conseil de la Banque de France, Bernard Paris avait bien baissé dans l'art de décocher la flèche critique, et elle touchait souvent juste, c'est ce qui la faisait craindre.

  Soucis amoureux, sensation, depuis l'entrée dans ses nouvelles fonctions, de rapports plus équilibrés qu'il ne l'avait cru, dans les rouages de notre système économique qu´il pourfendait auparavant avec tant de vigueur, ou, tout simplement, et nous l'évoquons pour dire immédiatement que nous souhaitons que non, problèmes de santé ?
Dans cette dernière hypothèse, qu'advienne le prompt rétablissement, vœu qu'il est d'usage d'adresser dans de telles circonstances, si pressés que nous sommes de retrouver le Bernard d'antan, celui que justement redoutait la Finance.

 Cette atmosphère consensuelle ne dura guère, l'inévitable serpent-de-mer des soirées télévisées ne tardant pas à resurgir : "C'est vous qui êtes responsables de la montée du FN. Mais oui ! Mais non, etc..."
 Mais ceci est un autre sujet et nous ne voulons pas nous y attarder.

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