Les États désunis d'Amérique

1991. Avec l'implosion de l'URSS et du « camp socialiste », le monde bipolaire de l'après 1945 disparaissait.

                                             

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          1991. Avec l'implosion de l'URSS et du « camp socialiste », le monde bipolaire de l'après 1945, celui organisé autour de la rivalité politique, idéologique et militaire entre l'Est et l'Ouest, l'URSS et les USA, le monde bipolaire disparaissait. 

  Conduisant à l'avènement, certains ont alors parlé de la fin de l'Histoire, d'un monde unipolaire conduit par une seule hyper puissance, les USA. Le XXIe siècle serait américain.

                                      

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         30 ans plus tard, à l'orée des années 2020, que reste-t-il, non pas de nos amours, comme le chantait Charles Trenet, mais de cette centralité du monde et du XXIe siècle américain ? 

  Les États-Unis menacent aujourd'hui à leur tour de se désintégrer. Le grand historien et philosophe français Alexis de Tocqueville le soulignait déjà il y a plus de 150 ans : « Les démocraties meurent moins de défaites militaires que de la corruption et de la décomposition de leurs institutions ». 

  L'Amérique de Donald Trump cumule aujourd'hui quatre crises : le Pearl Harbor sanitaire de l'épidémie du Covid-19 et ses 100 000 morts ; la récession économique et ses 45 millions de chômeurs ; la montée de la violence au quotidien avec ses morts par armes à feu toujours de plus en plus nombreuses, et la consommation de drogues toujours en hausse ; au final, des émeutes aux quatre coins du pays déclenchées par le meurtre d’un père de famille noir victime de violences policières. 

                                                 

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          Le risque a quelque temps couru d'une bascule dans le chaos et peut-être de la guerre civile, avec le projet de Donald Trump de confier à l'armée, ceci malgré l'opposition quasi unanime des chefs militaires, de confier à l'armée le rétablissement de l'ordre. Éclatée en communautés, la nation américaine risque de se décomposer.

  « Une nation qui produit de jour en jour des hommes stupides achète à crédit sa mort spirituelle » avait prophétisé Martin Luther King, lui aussi assassiné en 1968 par un activiste raciste.

                                  

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         A Mad Man à la Maison - Blanche, conséquence et reflet de la déliquescence rampante et déjà bien réelle de l'Empire ? Ou accident de l'Histoire qui pourrait annoncer et précipiter la décadence ? Cause ou effet ? La question est posée.

  Nous n'en resterons pas dans cette affaire au répertoire du comique troupier, bien que la réponse nous vienne immédiatement aux lèvres : « Les deux assurément, mon capitaine ! ».

(L'origine de cette expression, « Les deux, mon capitaine ! », est à trouver dans les cours de caserne où, il est bien connu, si l'on veut se faire bien voir, mieux vaut être de l'avis du chef et lorsque ce dernier pose une question sur le mode de l'alternative – ou, ou – mieux vaut alors répondre « Les deux, mon adjudant ou mon capitaine !)

  Plus sérieusement, dans cette relation de causalité, celle de la décadence de l'Empire, facteur de l'arrivée au pouvoir d'un psychopathe, ou cette dernière, facteur causal du déclin de l'Empire, il serait bon comme le recommande le philosophe, de faire preuve de dialectique. « Penser dialectiquement la causalité en dépassant la dichotomie linéaire simpliste de la cause de l'effet, ceci dans une vue synthétique de l'action réciproque, celle où Hegel situait la vérité de la causalité. Dans une logique de l'universel interaction. » Nous citons là le philosophe Lucien Sève.

 

          L'Empire périclite et se décompose. Il est en train de perdre l'hégémonie sur l'économie-monde. Il porte à sa tête un psychopathe, et il ne se passe pas une semaine sans une fusillade de masse dans une école. Nous sommes bien là dans la logique de « l'universelle interaction ».

  Pendant qu'à l'Ouest, on édifie des murs, à l'Est, la Chine, prenant la tête de l'économie-monde lance son projet des Nouvelles Routes de la Soie – routes, ponts, ports, aéroports et chemins de fer – de la Chine au Moyen-Orient, à l'Afrique, à la Russie et à l'Europe. Donald Trump, lui, veut ériger un mur entre les États-Unis et le Mexique.

                                   

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  Est en train de se vérifier l'hypothèse, nous vous la soumettons souvent à nouveau, l'hypothèse de Giovanni Arrighi, historien et économiste à la John Hopkins University (Maryland), aujourd'hui disparu, dans son ouvrage édité en 2007, Adam Smith à Pékin, les promesses de la voie chinoise. Résumons la en quelques lignes.

                                         

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  Depuis son éclosion au XVe siècle dans les cités italiennes et à Venise, le Capitalisme, pour asseoir son emprise et maintenir sa profitabilité, a constamment été à la recherche d'une assise territoriale et populationnaire toujours plus large. D'abord à Venise, puis à Anvers et aux Pays-Bas au XVIIe siècle, en Grande-Bretagne au XVIIIe et XIXe siècle, aux États-Unis au XXe siècle. L'évolution est inéluctable. Le XXIe siècle sera celui de l'économie-monde chinoise. Le XXIe siècle américain aura duré moins de 30 ans.

  Le Capitalisme n'a pas de patrie définitive. Les contorsions, grimaces et gesticulations seront sans effet. Il n'y aura pas d'América is back. Lorsque l'Empire entre en décadence, tout est possible à sa tête, mais cette dernière est inéluctable. Un autre président en novembre 2020 ne changerait probablement rien à l´affaire. Lorsqu’un processus historique est engagé, rien ne peut l’enrayer, tout au plus moduler son évolution.

  La légende nous dit que Néron, revêtu de ses habits de scène, jouait de la harpe sur le Quirinal pendant l'incendie de Rome.

                                                       

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