Et rajoutant, comme honteux de ces premiers mots: « Si tu voyais ce pays, ces trous à hommes, partout, partout ! On en a la nausée, les boyaux, les trous d'obus, les projectiles et les cimetières ».
( De notre correspondant Jean Casanova - Congrès du Mouvement de la Paix - Université Paul Sabatier - 118, route de Narbonne - Toulouse - 9 Novembre 2014)
Nos marchands d'armes n'ont pas ces pudeurs et se contentent du premier vers de l' « Adieu au Cavalier » de Guillaume Apollinaire: « Ah Dieu! Que la guerre est jolie », devenu leur secrète devise (elle qui leur rapporte secrètement des devises).
Car, alors que, et c'est devenu un traditionnel motif de lamentation, la part de l'Industrie dans le PIB national ne cesse de décliner à grande allure ces dernières années, il est un secteur florissant, dont nos économistes parlent pourtant peu, celui de l'Industrie de la Guerre. Prenez connaissance, chers lecteurs, avec fierté : l'Industrie française de l'Armement connaît un boom : en 2013, les commandes militaires françaises ont augmenté de 43 %, avec une vente totale d'armes chiffrée à 6,8 milliards d'euros. Le Ministère de la Défense se félicite : l'année 2012 a été bonne pour le secteur de l'armement, l'année 2013 encore meilleure, celle de 2014 s'annonce très prometteuse.
Le Ministère, très pragmatique, souligne que cette hausse des exportations est dopée par « un contexte international très instable notamment au Moyen-Orient, et alimentée par les conflits armés à Gaza et en Syrie, la flambée des tensions en Irak et en Libye ». Les dépenses militaires du Moyen-Orient ont explosé ces deux dernières années. De 30 % à 40 % des commandes françaises viennent des pays du Golfe. Le principal clients en 2013 est l'Arabie Saoudite (2 milliards d'euros). On retrouve juste derrière les Emirats Arabes Unis et le Qatar. On sait que l'Arabie Saoudite et les pays du Golfe financent les terroristes islamistes que nous prétendons combattre avec nos bombes. Le climat de terreur entretenu permet d'armer tous les combattants en lice, de fournir tous les États de la région en matériel de guerre multifonction.
Ces trois Etats du Golfe jouent un rôle-clé dans la déstabilisation de la région, en plus d'être des régimes dictatoriaux parmi les plus répressifs au monde, légalisant l'esclavage ou la peine de mort. Et pendant ce temps, depuis trois ans, le cours de l'action Dassault à la Bourse de Paris a grimpé de 61 %, celui de Thalès de 70 %, celui de Safran de 118 %.
Alors que l'appareil industriel civil français connaît depuis 20 ans un long déclin ponctué par les délocalisations et les rachats par des groupes étrangers ( Mittal pour la sidérurgie; le chinois Dao Feng pour le constructeur Peugeot; General Electric pour Alstom...), déclin toujours expliqué par nos répétitifs commentateurs psittacidés par le manque de compétitivité dû aux célèbres « charges sociales », à la « rigidité du marché du travail » et à notre manque de « compétitivité », il est un secteur où la France reste agile, innovante et compétitive, c'est l'Industrie de la Mort.
Miracle ! Et par quel miracle, chers lecteurs, sinon celui de la persévérance de nos élites politiques, financières et industrielles, à travailler en permanence à l'élargissement de ce si fructueux marché. En jouant de tous les ressorts utiles, et ils ne sont pas minces :
(1) Un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU, place décisive pour décider de la guerre à quelque endroit de la planète. Excepté le ferme et louable veto de 2003 de la France à la caution onusienne à la guerre en Irak, c'est dans toutes les aventures militaires que nos Présidents, du haut du Pouvoir d'un Seul, nous ont jetés, suivistes quelquefois, initiateurs bien souvent. La liste est longue : première guerre du Golfe au Koweït en 1991, bombardement de la Serbie et guerre du Kosovo en 1999, Afghanistan de 2001 à 2012, Libye en 2011, Mali et Centrafrique en 2013, déjà le doigt sur la détente pour la Syrie, mais en vain, en 2013, Irak en 2014. Et il y en aura d'autres. Ukraine peut-être ! Certains en rêvent. Mais là, attention ! Ça joue très gros.
(2) Le retour, après 43 ans d'absence, dans le commandement militaire intégré de l'OTAN en 2009, instauré par N.Sarkozy, justifié et poursuivi par F.Hollande, avec sa quasi-automaticité d'embarquement dans toutes les aventures militaires US et des débouchés élargis pour nos avionneurs, missiliers, tankistes, sous-mariniers et vedettistes lance-torpilles, je ne peux pas tous les citer.
(3) Le coup-double gagnant de la relation privilégiée depuis quelques années avec l'Arabie Saoudite et les Emirats du Golfe, Qatar en tête : vente de matériel à l'Arabie Saoudite pour 2 milliards d'euros en 2013, laquelle finance en sous-main tous les fanatiques du monde arabo- africain qui, lorsque qu'ils déclenchent le djihad, nous donnent l'occasion rêvée, et en tout bien tout honneur, d'écouler la marchandise.
La boucle est bouclée lorsque ces ventes d'armes ( Arabie Saoudite, Pakistan, Taiwan) sont l'occasion de fructueuses rétro-commissions, argent noir de nos appareils politiques pour conquérir le pouvoir ou s'y maintenir.
Nous laisserons conclure Albert Camus, membre en son temps du Conseil National du Mouvement de la Paix, cité aujourd'hui à la tribune: « La paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est pas une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison ».