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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 11 avril 2022

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Avez-vous conscience, Fabien…(Ou la maladie sénile du communisme)

Avez-vous conscience, Fabien Roussel, de votre insoutenable responsabilité historique ?

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Illustration 1

        Avez-vous conscience, Fabien Roussel, de votre insoutenable responsabilité historique ?

  Nous sommes aujourd'hui, 11 Avril 2022, place du Colonel Fabien, venu interroger Fabien Roussel au lendemain de ce dramatique 10 Avril.

  Mais tout d'abord, petit éclairage historique, le pourquoi du nom si glorieux de cette place.

          Pierre Georges, passé à la postérité sous le nom de Colonel Fabien, avait choisi la rupture. Le 21 Août 1941, à la station Barbès- Rochechouart, au plus profond de la nuit de l'Occupation, pour choisir la rupture, il fallait tirer. Il a tiré deux balles.

                                       

Illustration 2

 (L'attentat de la station métro Barbès est le premier commis par la Résistance à Paris. Un officier de la Kriegsmarine, l'aspirant Alfons Moser, est exécuté de deux balles sur le quai de la station. Pierre Georges et ses camarades avaient décidé en abattant de sang-froid un officier de l'armée d'occupation de signifier que la France refusait la Collaboration de Vichy. La scène de l'attentat est évoquée et représentée dans le film de Costa-Gavras, tourné en 1974, Section Spéciale. C'est un des seuls films français, avec L'Armée du Crime, de Robert Guediguian, en 2012, à mettre en avant l'héroïsme de la résistance communiste. Le plus souvent, la glose des commentateurs tourne autour de la signature du Pacte germano-soviétique par Georges Marchais lors de son séjour au STO. C'est tellement plus marrant !)

          Qui était Pierre Georges ? Il avait 20 ans en 1941. Engagé volontaire à 17 ans dans les Brigades Internationales, il avait caché son âge, il était déjà doté d'une solide expérience militaire lorsqu'il rejoignit, en 1943, les FTP, organisation armée de la Résistance communiste. Il devenait ainsi le Colonel Fabien. Intégré, après la Libération de Paris, dans l'Armée Française Libre, sous les ordres du Général de Lattre, il participe aux combats de reconquête de la France. Il trouve la mort le 27 Décembre 1944, à la veille de franchir le Rhin, tué par l'explosion d'une mine qu'il était en train d'examiner avec ses officiers. Certains historiens doutent du caractère accidentel de l'événement qu'ils mettent en rapport avec la hantise du Haut État-major : bientôt un général communiste dans l'armée française.

                     

Illustration 3

                           Mais revenons 20, Place du Colonel-Fabien. Nous y sommes accueillis par Fabien Roussel. 11 Avril 2022. Hier, 10 Avril, consternation, les urnes ont parlé : Marine Le Pen, 23 % ; Jean-Luc Mélenchon 22,2 %. 0,8 % d'écart ; 2 à 300000 voix. Pas d'accès au second tour pour le candidat révolutionnaire.

  C'est là le motif de notre visite aujourd'hui auprès de Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, dans son bureau, au cinquième étage du Siège de son parti, Place du Colonel-Fabien.

(Œuvre de l'architecte Oscar Niemeyer, l'immeuble et sa coupole sont depuis 1971 le siège du PCF. Situé Place du Colonel-Fabien, le lieu porte sémantiquement les mêmes initiales, celles du PCF et celles du Colonel Fabien, hommage symbolique au jeune résistant mort pour la France.)

   L'accueil de Fabien Roussel est cordial. Nous sommes venus lui poser la question du sens de sa candidature distincte de celle du leader de France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. , alors qu'en 2017, PCF et France Insoumise avait adopté une candidature commune. Nous allons essayer de comprendre.

   Fabien Roussel s'attend à nos questions. Du haut de ses 2,28%, serein malgré tout, attentif, comme à l'accoutumée, il tente de nous expliquer la cohérence de ce choix . Nous le devinons prêt à s'en expliquer avec la plus grande sincérité.

  Au mur de son grand bureau, la reproduction de la célèbre Joconde de Marcel Duchamp.

                                               

Illustration 4

                                                                               L.H.O.O.Q.

(Peinte en 1919, elle fut baptisée parodiquement par son auteur L.H.O.O.Q., homophone du « look » anglais, et surtout, scandale à l’époque, allographe que l'on peut prononcer « elle a chaud au cul ». Vous ne le saviez pas, un allographe est une suite de lettres n'ayant de sens que si celles-ci sont prononcées les unes après les autres. L'original de cette toile, morceau d'anticonformisme, propriété du PCF, cadeau du poète Louis Aragon qui l'avait lui-même reçu de Marcel Duchamp, est déposée à l'attention d’un plus vaste public, au Centre National Georges-Pompidou.)

           Notre entretien commence.

   Fabien Roussel, ces référents symboliques autour de vous sont très forts : le Colonel Fabien, l'homme de la rupture, Marcel Duchamp, l'anticonformiste et le surréaliste radical. N'y a-t-il pas la contradiction avec votre décision de vous porter candidat malgré et contre Jean-Luc Mélenchon ? Parallèle éclairant, lors de l'élection présidentielle de 2002, la candidature de Jean-Pierre Chevènement avait privé Lionel Jospin de l'accès au second tour, devancé par Jean-Marie Le Pen. Nous retrouvons là une dramatique configuration quasi identique.

  Pardonnez notre insistance, Fabien Roussel. Mais nous revenons sur les critiques développées par bon nombre de vos camarades quant au style, aux méthodes de Jean-Luc Mélenchon, aux divergences programmatiques, voire théoriques, celles touchant à la question du rassemblement populaire. Tout ceci n'est pas mince certes, mais enfin, en 1965 et en 1974, vos prédécesseurs Waldeck Rochet et Georges Marchais n'étaient pas aussi bégueules avec François Mitterrand, le candidat commun de la Gauche à ces élections présidentielles.

(François Mitterrand, le « vichysso-résistant » décoré de la Francisque ; François Mitterrand, le Ministre de la Justice de Guy Mollet,  qui inscrivit et signa à 45 reprises au bas du dossier de recours en grâce des condamnés à mort présenté au Président de la République René Coty, qui inscrivit de sa main à 45 reprises « avis défavorable au recours » ; le Ministre de la Justice qui, en Janvier 1957, signait l'ordonnance de la Loi Martiale en Algérie et des pleins pouvoirs au général Massu ; le François Mitterrand qui, le lendemain même de la signature du Programme Commun de Gouvernement de la Gauche, en Juin 1972, au congrès de l'Internationale Socialiste, à Vienne, déclarait : « Notre objectif fondamental, c'est celui de refaire un grand Parti Socialiste sur le terrain occupé par le PCF ; sur 5 millions d'électeurs communistes, 3 millions peuvent voter socialiste. »)

  Alors pourquoi, Fabien Roussel, cet affichage de réticences, qui de plus ne pèsent pas lourd, vis-à-vis de JLM ?

           Voyez-vous, le gros problème pour certains de mes camarades va, probablement même s'ils n'en sont pas tout à fait conscients, au-delà de la question de l'homme. 

  Plus que d'un combat pour la cause révolutionnaire, notre action aujourd'hui s'inscrit dans la perspective la plus étroite, celle de la conservation d'une boutique. Enfermés dans la logique de la bipolarisation et du scrutin majoritaire à deux tours, et en l'absence de mode de scrutin proportionnel, nous sommes condamnés, à chaque échéance électorale, à lever le store de la boutique pour préserver son avenir. Je vous dis cela pour vous faire comprendre le tragique de notre situation : dénoncer les institutions et leur mode de scrutin, tout en comptant sur eux, vu la perte de notre ancrage populaire, pour notre survie politique et matérielle, la conquête de mandats électifs, seuls garants de la survie de la boutique. Après la maladie infantile dont sont frappés Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, je pense que nous sommes atteint, nous-mêmes, par la maladie sénile du communisme. Pour conserver la boutique, pérempter la révolution.

                                                 

Illustration 5

         Merci Fabien Roussel, pour votre franchise. Cruelle, elle vous fait cependant honneur.   
  Mais alors, qu'attendez-vous ? Renversez, vous aussi, renversez la table ! Retrouvez l'esprit de Rupture du Colonel Fabien ! Sans oublier, et nous lui désignons la Joconde qui nous regarde, l'anticonformisme ravageur de Marcel Duchamp.

                                         

Illustration 6

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