(De nos envoyés spéciaux Andrée Bourdieu et Jean Casanova - Palais des Congrès - 2, place de la Porte Maillot - Paris 17° 11 Octobre 2015)
Quelques mots, chers lecteurs, concernant l'endroit d'où nous vous écrivons. Les Entretiens de Bichat sont une session annuelle de formation médicale continue, avec un programme de plus de 200 sujets, exposés ou symposiums, interventions toujours suivies de débats, ce qui leur a valu ce nom d'Entretiens. Ils furent fondés en 1947 par les Pr Guy Laroche et Louis Justin-Besançon, tous deux chefs de service, à l'Hôpital Bichat- Claude Bernard. Reconduits tous les ans, les Entretiens n'ont jamais failli depuis dans leur rôle d'actualisation des connaissances médicales.
Le symposium central de cette édition 2015 était consacré à une affection nouvellement connue et faisant l'objet des recherches et des débats les plus passionnés, le Moranisme.
Attention, chers lecteurs, ce terme étrange et encore peu connu ne doit pas être confondu avec moralisme (que viendrait-il faire dans un symposium médical ?) ni avec, puisque vous n'êtes pas totalement dépourvus, bien que profanes, de connaissances médicales, ni avec ceux d'uranisme ou de saturnisme, encore moins d'onanisme. Précisions.
L'uranisme, pas l'urbanisme, du grec Ourania, surnom d'Aphrodite, est l'autre appellation de l'homosexualité masculine.
Quant au terme saturnisme, il désigne l'affection correspondant à une intoxication aiguë ou chronique par le plomb. Ce nom faisant référence à la planète Saturne, symbole du plomb en alchimie.
Pour l'onanisme, n'insistons pas. La chose est déjà clairement entendue.
Non, les Entretiens d'aujourd'hui ont bien tourné autour du moranisme, et, chers lecteurs, nous allons tenter de vous en restituer la teneur. Elle est riche d'enseignements.
La première partie du symposium a consisté en un froid exposé clinique des symptômes qui ont permis l'identification de cette affection, dont vous découvrirez plus loin qu'elle est mortelle pour ceux qui en sont frappés et, malheureusement, pour d'autres aussi, indemnes pourtant, mais victimes quand même.
Caractéristique assez particulière, ces symptômes s'expriment étrangement de préférence dans le champ du discours politique. Et, à l'étude du sémiologue, on les voit remonter, même relativement disséminés, à maintenant quelques dizaines d'années.
Ce furent d'abord « le bruit et l'odeur », puis, plus populo, à propos d'auvergnats, mais était-ce bien eux qui étaient désignés, « un, ça va, mais trois, bonjour les dégâts », puis, plus sophistiqué, « toutes les civilisations ne sont pas égales... », jusqu'au tout récent, témoignant d'une instruction certaine, « la France est un pays de race blanche ».
Vous aviez bien sûr, en leur temps, identifié et jugé comme telles, ces petites et anodines facilités de langage, mais il se trouve que leur accumulation et leur fréquence maintenant répétées ont attiré l'attention de l'Institut de Vigilance Sanitaire et de la Haute Autorité de Santé, lesquels n'ont pas manqué de commander une étude à ce sujet. C'est le terme de moranisme qui fut en dernier ressort choisi par l'Académie de Médecine pour étiqueter la chose. A ne pas confondre avec celui de mauvais racisme ou de maurrassisme, dont le moranisme pourrait être cependant une version vulgaire et abâtardie.
Le maurrassisme, ancêtre savant et érudit des années 30 du moranisme d'aujourd'hui, antidreyfusard, antisémite et antirépublicain, est le nom donné à l'ensemble des idées philosophiques et politiques de Charles Maurras. Il est considéré par beaucoup d'historiens comme aux origines de la défaite de Juin 40 face à l'Allemagne nazie et de la Collaboration qui s'ensuivit. Comme vous le voyez, l'affaire est loin d'être mince.
La seconde partie des travaux du symposium portait sur le débat de Médecine politologique quant au classement nosologique du moranisme.
La nosologie est cette branche de la Médecine qui étudie les critères de classification des maladies en fonction de leur étiologie (origine des maladies) ou mieux, de leur pathogenèse (mécanisme de leur développement). Un des principaux problèmes de la nosologie est souvent la difficulté à classer les affections sans avoir défini au préalable leurs causes ou leurs mécanismes de développement (pathogenèse).
C'est justement au cours de cette table ronde nosographique que s'affrontèrent les tenants d'une requalification du terme moranisme. Les uns, partisans du terme de moranite, penchaient en faveur d'une origine infectieuse, par un agent viral ou bactérien, transmis par quel contage, là était la question. Et donc avec l'implicitation d'un possible traitement préventif par vaccination, ou curatif par des agents antibactériens, sulfamides ou antibiotiques, ou antiviraux.
Les autres, partisans du terme de moranose, au contraire, penchaient pour la thèse d'une affection au long cours, de caractère dégénératif, dont le traitement, s'il en existait un, ne pourrait découler que de la découverte de nouvelles molécules.
C'est finalement le Dr Adolphe Nieper, petit-fils du célèbre médecin allemand Hans A. Nieper, né en 1928 à Hanovre, issu d'une longue lignée médicale et découvreur de l'origine auto-immune de maladies comme la sclérose en plaques et la sarcoïdose, le Dr Nieper, qui dans la foulée des travaux de son grand-père, proposa d'en rester au terme de moranisme après une brillante explication de l'origine et de la pathogénie de cette affection.
Après avoir clairement identifié le porteur actuel, communément inscrit à l'état civil sous le nom de Droite Républicaine Française, le Dr Nieper développa le long schéma physiopathologique qui conduisit le vigoureux bambin né en 1945, 70 ans maintenant, aux portes de l'affection gravissime qui va probablement l'emporter dans les prochaines années, peut-être plus rapidement encore.
Née en 1945 de la séculaire tradition d'une bonne majorité du corps social français, celle de l'Ordre, de l'Obéissance et de la Tradition, valeurs éminemment respectables, précisait immédiatement le Dr Nieper, la Droite Républicaine Française reprenait le flambeau de l'Ordre des mains déchues du pétainisme collaborationniste, et, sous la nouvelle étiquette démo-chrétienne de MRP, se chargeait dorénavant de la représentation politique de ses figures traditionnelles : Ordre et Obéissance. Pérennisée jusque dans les années 70 par sa mue en parti gaulliste (UDR, puis RPR), laquelle enrichissait son patrimoine de la forte thématique de l'Indépendance Nationale, valeur encore plus respectable, la Droite Républicaine se voyait adjoindre un petit cadet rival, porteur lui de la flamme atlantiste et libérale-marchande, petit frère longtemps baptisé centriste, puis UDF, les disputes de famille n'empêchant pas les amicales et fructueuses retrouvailles au sommet de l'Etat et pour le partage des prébendes électorales.
Mais, nous indique le Dr Nieper, un événement déterminant s'était insidieusement produit qui, à son terme, allait être porteur de considérables évolutions : à l'Ordre et à la Tradition, s'adjoignait maintenant le Libéralisme Marchand, ce qui, à bien réfléchir, est totalement antagonique, le tout réuni au final sous la bannière hétéroclite d'UMP.
Et, c'est de la greffe libérale devenue brutalement néolibérale au tournant des années 80, qu'en quelques années, 10 ou 20 tout au plus, le processus de dérèglement immunitaire, longtemps latent, finissait par produire ses ravages. Le conflit apparaissait entre les anticorps de l'Ordre et et de la Tradition et le corps étranger de la greffe Libérale marchande.
Pour le Dr Nieper, les symptômes du moranisme ne sont que l'expression des ravages internes à l'échelle tissulaire occasionnés par un système immunitaire déréglé attaquant son propre organisme.A la question d'un intervenant, demandant si tout cela n'était pas de l'ordre de l'épiphénomène, celui d'une course à l'électoralisme le plus crasseux et donc réversible et rétractable, le Dr Nieper s'est fait insistant : non, le moranisme sera mortel pour ce que l'on continue à nommer la Droite Républicaine. L'évolution irrémissible sera inéluctablement fatale et aboutira à sa décomposition.
Sous les applaudissements, tant la démonstration était brillante, reprenant la formule d'Antoine Lavoisier, ancien fermier général et régisseur des Poudres de Louis XVI, formule qui n'était que la paraphrase du philosophe grec Anaxagore : « Rien ne naît, ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent à nouveau », formule elle-même reprise aujourd'hui au comptoir des bistrots dans « Rien ne se crée, rien ne se perd », le Dr Nieper nous confiait son pronostic à moyen terme : décomposition de la Droite Républicaine, une partie, celle de l'Ordre et de la Tradition retournant à l'avatar maurrassien (formulation édulcorée du jean-marinisme), l'autre, néolibérale, rejoignant ceux qui avaient déjà posé les balises et les jalons, Manuel Valls et Emmanuel Macron lançant ces derniers jours la formule choc : « Le Libéralisme, c'est la Gauche ! » Indiquant par là leur volonté d'appliquer le droit d'asile : leur Gauche, terre d'accueil de tous les néolibéraux.