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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 11 novembre 2014

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(De nos envoyés spéciaux Jean Casanova et Patrice Orwell - Landsvetter, aéroport de Göteborg - Suède -  11 Novembre 2014)

           (C'est de l'aéroport de Landsvetter, à Göteborg, que Patrice et moi mettons la dernière main à notre article relatant notre rencontre avec le Pr Mats Brännström et son équipe qui mènent depuis plusieurs années un programme de recherche multidisciplinaire sur la transplantation utérine humaine. Après autorisation en 2012 du Comité National d'Ethique de Suède, ils ont pu mener à bien 9 greffes à partir de donneuses vivantes.)

           Séjournant à l'hôtel Lorensberg, tout proche de l'Hôpital Universitaire de Sahlgrenska, nous venons d'être reçus par le Pr Brännström lui-même et deux de ses collaborateurs, dans la grande salle de conférence où sont maintenant réunis  plusieurs correspondants de presse pour la présentation de ce qui semble bien être une première mondiale dans le domaine médical: la transplantation utérine.

 Chers lecteurs, nous ne nous appesantirons pas sur tous les détails techniques de cette réalisation dont une grande partie ont échappé à notre attention profane, mais sachez tout de même, et c'est peut-être là l'essentiel que:

     -  les donneuses étaient des parentes ou des amies très proches de la receveuse,

     -  les receveuses, pour la plupart, étaient porteuses d'une malformation utérine congénitale rendant cet organe impropre à la gestation,

     -  le traitement immunosuppresseur inhérent, pour le receveur, à toute transplantation, a été poursuivi avant et pendant la grossesse, elle-même obtenue par transfert d'un embryon congelé, embryon obtenu précédemment par fécondation in vitro d'un ovocyte maternel préalablement prélevé et d'un spermatozoïde paternel,

     -  l'organe transplanté sera retiré, après une ou deux naissances, pour éviter les risques du traitement anti-rejet,

     -  pour les enfants nés à ce jour, les observations n'ont pas permis de détecter de malformations particulières. Ils resteront cependant sous observation jusqu'à la fin de leur croissance.

           C'est avec une très grande gentillesse que le Pr Brännström a tenu ensuite à nous accompagner au cours du lunch servi à la grande cafétéria de l'Hôpital: rökt strömming ( en bon français, tranches de hareng fumé), toasts de crevettes fraîches et, bien sûr, la fameuse bière Westvleteren, que certains disent la meilleure du monde. Son petit pichet de bois bien en main, le Pr Brännström a levé le toast final à cette instructive communication et, nous prenant à part, nous a redit transmettre ses plus chaleureuses amitiés au Pr Bellefontaine et à son équipe du CHU de Limoges qui avaient séjourné ici, à plusieurs reprises, manifestant leur plus grand intérêt pour cette thérapeutique d'avenir.

           Songeurs malgré tout,  Patrice et moi, dans l'avion de retour vers Roissy! Et dans nos esprits de non-spécialistes se frayaient le chemin de beaucoup de questions. Les fantastiques progrès des sciences et des techniques et leur irruption dans la médecine de ces 20, 30 ou 40 dernières années, la médecine dont le principe millénaire reste toujours prévenir - soigner ou apaiser - guérir, ces fantastiques progrès technologiques n'étaient-ils pas en train d'en infléchir le principe fondateur?

 Lorsqu'on apprend qu'en Chine ou en Iran, sang et organes sont prélevés sur les condamnés à mort, bien sûr par des médecins, pour transfusion ou transplantation, notre conscience reste tranquille: tout est en ordre! Car s'il y a mal absolu sur cette planète, c'est bien dans ces deux pays. Ne nous le répète-t-on pas de toutes parts? Notre équanimité se brouille soudainement lorsque l'on apprend, qu'au Texas, c'est le médecin-chef de la prison qui vient poser la perfusion du condamné à mort; que c'est au Kosovo, au tournant des années 2000, sous le mandat de l'ONU, mandat administré par le gentil Bernard Kouchner, au Kosovo que, selon le rapport du sénateur suisse Dick Marty, rapport au Conseil de l'Europe et au Parlement Européen, se pratiquaient sur des prisonniers de guerre serbes des prélèvements d'organes, par des médecins suisses, pour des clients américains, autre face sulfureuse de la mondialisation.

           Dans ce monde dont la nouvelle raison et la nouvelle morale, en dernier ressort, semblent de plus en plus pour l'individu, la recherche absolue, qui plus est dans le cadre de l'échange marchand, de l'accomplissement de toutes ses pulsions individualistes, quels rôles vont se voir assigner demain les détenteurs du savoir médical, je ne dis même plus les médecins? Congeler des ovocytes, pour être mère à 50 ans? Implanter force silicone à Monsieur ou Madame, pour répondre aux canons et mensurations standardisées? Qui sait demain, cloner des individus pour avoir une banque d'organes toujours disponibles? Déjà, des ventres de femmes sont à vendre dans le monde!

         Göteborg n'est pas un abattoir barbare, mais il se trouve aujourd'hui que le bel et noble désir d'un enfant pour un couple infécond, désir auquel d'autres civilisations avaient trouvé humain de répondre par le don ou l'adoption, ce désir, à Göteborg mais aussi dans bien des têtes chez nous, tient à trouver son aboutissement dans cette forme que certains qualifieront de narcissique: la transplantation utérine, avec ses risques pour la donneuse et la receveuse, avec ses incertitudes sur l'avenir de l'enfant conçu, avec aussi cette insolence: consacrer moyens humains et matériels à cela, alors que tant d'autres besoins de santé, ici et ailleurs, restent en attente.

           En approche de Roissy, chers lecteurs, nous vous disons ne pas vouloir conclure, la chose étant encore l'enjeu, et tant mieux, de débats et controverses, où nous trouverons, de part et d'autre, le pire et le meilleur. Nous nous attendons d'ailleurs à un volumineux courrier des lecteurs.

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