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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 13 octobre 2014

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Codex Bourgeticus.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

13 OCTOBRE 2014 |

(De nos envoyés spéciaux Jean Casanova et Stéphane Baudelaire - Site Richelieu de la Bibliothèque Nationale de France - 5, rue Vivienne - Paris 2° - 8 Janvier 2014)

          Dans son bureau de la BNF, le Pr Pierre-Paul Pécuchet, Directeur du Département des Manuscrits enluminés médiévaux, vient de se voir remettre un document du plus précieux intérêt que l'on croyait égaré, disparu ou détruit : le fabuleux Codex Bourgeticus ainsi nommé en référence au Bourget, non pas le Lac, chanté dans les émouvantes strophes de Lamartine, mais ce petit chef-lieu de canton de Seine-Saint-Denis resté célèbre dans nos mémoires pour avoir été le lieu de diatribes lyriques et enflammées à l'adresse de la Finance, à une époque pas si lointaine mon dieu, époque que les historiens ont coutume de désigner sous le nom d’ère nicoléenne.

          Oublié ou perdu, retrouvé par une femme de ménage consciencieuse et décidée, lundi de la semaine dernière, à nettoyer tous les tiroirs d'un vieux secrétaire provenant d'une vente aux enchères après la mise en faillite d'une société commerciale sise rue de Solférino (Paris-7e Métro Invalides), le précieux Codex était remis aux Archives Nationales par le commissaire-priseur chargé de la liquidation, conscient qu'il était de l'impossibilité à en fixer le juste prix et du civisme impératif à restituer à la Nation cette glorieuse pièce de son patrimoine.

  Volonté immédiatement prise en compte par le Pr Pécuchet qui lui trouvait aussitôt place aux côtés d'autres inestimables trésors : l'un des originaux du Procès de Jeanne d'Arc, une Bible du IXe siècle, deux manuscrits de Jean-Jacques Rousseau et le texte du Serment du Jeu de Paume.

  Composé de 20 pages, encore en parfait état, le Codex Bourgeticus énumère dans le détail les propositions destinées à mettre la Finance au pas, dans une langue lyrique et passionnée, chaque page agrémentée de dessins naïfs de personnages et d'animaux fantastiques, notamment l'Hydre sans Visage de la Finance, et de représentations allégoriques du Travail, de la Jeunesse, de la Culture, du Progrès, le tout dans cette veine symbolique si caractéristique de tous ce qui parle des jours meilleurs.

  Bien entendu, nous a confié le Pr Pécuchet, ce trésor est interdit de sortie du territoire. Plus même, sa consultation et son étude, pour éviter sa sortie de la chambre forte de la BNF où il est conservé dans des conditions d'asepsie, de pression et de température propres à éviter toute néfaste pollution bactérienne ou chimique, ne pourront être réalisées que par l'intermédiaire d'un imageur.

  C'est grâce à cette technique d'avant-garde, nous a précisé le Pr Pécuchet, que nous pouvons ainsi retransmettre dans différents laboratoires d'études tout document dont la manipulation sur place pourrait compromettre sa conservation. L'analyse codicologique a déjà d'ailleurs commencé au Musée d’Ethnologie et au Département d’Histoire de l’Université de Cergy- Pontoise où des historiens déchiffrent en ce moment le contenu du texte.

           Nous en restions là, chers lecteurs, et après nos plus vifs remerciements et salutations au Pr Pécuchet pour tous ces éclaircissements, gagnions sans délai, Stéphane et moi, Cergy-Pontoise, 33 bd du Port, où nous étions reçus par le Pr Bouvard au Pôle des Transferts Culturels et Transmissions des Savoirs où travaillent sans relâche 150 chercheurs et doctorants sur la construction des sociétés, leurs identités culturelles, leurs modes de représentation et l'organisation de leurs connaissances.

  Déjà instruit des motifs de notre enquête, le Pr Bouvard, la cinquantaine élégante et dynamique, dont était immédiatement perceptible, à la manière dont il nous reçut, l'intérêt qu'il portait à l'étude du Codex, nous résuma la portée du débat technique et scientifique posé par le décryptage en cours du document.

  Et tout d'abord la relative contradiction, à l'examen des premières pages, entre la symbolique progressiste des illustrations et le caractère régressif de l'énoncé des propositions. Il nous donnait un premier exemple de ce divorce, à la visualisation de toutes les allégories vantant la Jeunesse et la Culture et les lugubres propositions avançant la réduction des bourses étudiantes, la sélection à l'entrée de l'Université, les coupes sombres dans la politique familiale...

  Divorce encore entre les allégories heureuses du Travail et les propositions de suppression du repos dominical, de « toilettage » du Code du Travail, du recul de l'âge de la retraite, de la suppression des « seuils sociaux », formule alambiquée pour restreindre le droit syndical à l'Entreprise.

  A tel point nous confia-t-il que nos chercheurs évoquent l'hypothèse de son caractère apocryphe, le Codex initial, écrit à l’ère nicoléenne ayant été détruit, et celui en notre possession, ayant été réécrit postérieurement, aux fins probables d'éteindre définitivement dans nos mémoires ancestrales le souvenir de l'original.

  L'accord n'est pas fait sur ce point, nous a cependant précisé le Pr Bouvard, certains chercheurs pensant que, même rédigé en ces termes peu mobilisateurs, peut-être mal lus d'ailleurs à l'époque, le Codex Bourgeticus n'avait joué qu'un rôle mineur dans l'effondrement de la dynastie nicoléenne.

          Caractère apocryphe également contesté par la toute récente découverte par un ethno-linguiste du Département de minuscules inscriptions au verso de sa dernière page : PCEFJMADB. Inscriptions que notre spécialiste, expert en langage et rites actuellement en usage dans la restreinte communauté oligarchique bruxelloise, avait facilement transcrit en clair, chacune de ces lettres majuscules représentant les initiales d'un message secret : Private Confidential - Exclusively For Jose-Manuel, Angela, David and Barack.

  Cette hypothèse, si elle se vérifiait, aurait l'immense avantage de sceller l'authenticité du document, mais cette fois-ci dans sa version secrète, ignorée jusqu'alors du grand public, et destinée au cercle restreint de l’Oligarchie.

  Lourd inconvénient, elle accréditerait encore la thématique bien connue du double langage, de la trahison des élites, etc ...
« Cela pose d'autres problèmes », a ajouté le Pr Bouvard. « Malheureusement, ils ne sont pas de notre ressort ». 

 Codex  Bourgeticus.

    (De nos envoyés spéciaux Jean Casanova et Stéphane Baudelaire – 13 Octobre 2014

     successivement,  Site Richelieu de la Bibliothèque Nationale de France 5, rue Vivienne    Paris - 2° 

                                 et Université de Cergy-Pontoise  33, boulevard du Port )

           Dans son bureau de la BNF, le Pr Pierre-Paul Pécuchet, Directeur du Département des Manuscrits enluminés médiévaux, vient de se voir remettre un document du plus précieux intérêt que l'on croyait égaré, disparu ou détruit, que tous les historiens attendent maintenant: le fabuleux Codex Bourgeticus, ainsi nommé en référence au Bourget, non pas le Lac chanté dans les émouvantes strophes de Lamartine, mais ce petit chef-lieu de canton de Seine-Saint-Denis resté célèbre dans nos mémoires pour avoir été le lieu de diatribes lyriques et enflammées à l'adresse de la Finance, à une époque pas si lointaine mon dieu, époque que les historiens ont coutume de désigner sous le nom d’ère nicoléenne.

Oublié ou perdu, retrouvé par une femme de ménage consciencieuse et décidée, lundi de la semaine dernière, à nettoyer tous les tiroirs d'un vieux secrétaire provenant d'une vente aux enchères après la mise en faillite d'une société commerciale sise rue de Solférino (Paris-7e  Métro Invalides), le précieux Codex était remis aux Archives Nationales  par le commissaire-priseur chargé de la liquidation, conscient qu'il était de l'impossibilité à en fixer le juste prix et du civisme impératif à restituer à la Nation cette glorieuse pièce de son patrimoine.

Volonté prise en compte par le Pr Pécuchet qui lui trouvait immédiatement place aux côtés d'aussi inestimables trésors que l'un des originaux du Procès de Jeanne d'Arc, d'une Bible du IXe siècle, de deux manuscrits de Jean-Jacques Rousseau et du texte du Serment du Jeu de Paume.

          Composé de 20 pages, encore en parfait état, le Codex Bourgeticus énumère dans le détail les propositions destinées à mettre la Finance au pas, dans une langue lyrique et passionnée, chaque page agrémentée de dessins naïfs de personnages et d'animaux fantastiques, notamment l'Hydre sans Visage de la Finance,  et de représentations allégoriques du Travail, de la Jeunesse, de la Culture, du Progrès, le tout dans cette veine symbolique si caractéristique de tous ce qui parle des jours meilleurs.

Bien entendu, nous a confié le Pr Pécuchet, ce trésor est interdit de sortie du territoire. Plus même, sa consultation et son étude, pour éviter sa sortie de la chambre forte de la BNF où il est conservé dans des conditions d'asepsie, de pression et de température propres à éviter toute néfaste pollution bactérienne ou chimique, ne pourront être réalisées que par l'intermédiaire d'un imageur.

C'est grâce à cette technique d'avant-garde que nous pouvons ainsi retransmettre dans différents laboratoires d'études tout document dont la manipulation sur place pourrait compromettre sa conservation. L'analyse codicologique a déjà d'ailleurs commencé au Musée d’Ethnologie et au Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise où des historiens déchiffrent en ce moment le contenu du texte.

          Nous en restions là, chers lecteurs, et après nos plus vifs remerciements et salutations au Pr Pécuchet pour tous ces éclaircissements, gagnions sans délai, Stéphane et moi, Cergy-Pontoise, 33 bd du Port, où nous étions reçus par le Pr Bouvard au Pôle des Transferts culturels et Transmissions des Savoirs où travaillent sans relâche 150 chercheurs et doctorants sur la construction des sociétés, leurs identités culturelles, leurs modes de représentation et l'organisation de leurs connaissances.

Déjà instruit des motifs de notre enquête, le Pr Bouvard, la cinquantaine élégante et dynamique, dont était immédiatement perceptible l'intérêt qu'il portait à l'étude du Codex, nous résuma la portée du débat technique et scientifique posé par le décryptage en cours du document.

Et tout d'abord la relative contradiction, à l'examen des premières pages, entre la symbolique progressiste des illustrations et le caractère régressif de l'énoncé des propositions. Il nous donnait un premier exemple de ce divorce, à la visualisation de toutes les allégories vantant la Jeunesse et la Culture, et les lugubres propositions avançant la réduction des bourses  étudiantes, la sélection à l'entrée de l'Université, les coupes sombres dans la politique familiale…

Divorce encore entre les allégories heureuses du Travail et les propositions de suppression du repos dominical, de « toilettage » du Code du Travail, du recul de l'âge de la retraite, de la suppression des « seuils sociaux », formule alambiquée pour restreindre le droit syndical à l'Entreprise.

À tel point nous confia-t-il que nos chercheurs évoquent l'hypothèse de son caractère apocryphe, le Codex initial, écrit à l’ère nicoléenne ayant été détruit, et celui en notre possession, ayant été réécrit postérieurement, aux fins probables d'éteindre définitivement dans nos mémoires ancestrales le souvenir de l'original.

L'accord n'est pas fait sur ce point, nous a cependant précisé le Pr Bouvard, certains chercheurs pensant que, même rédigé en ces termes peu mobilisateurs, peut-être mal lus d'ailleurs à l'époque, le Codex Bourgeticus n'avait joué qu'un rôle mineur dans l'effondrement de la dynastie nicoléenne.

Caractère apocryphe également contesté par la toute récente découverte par un ethno-linguiste du Département de minuscules inscriptions au verso de sa dernière page : PCEFJMADB. Inscriptions que notre spécialiste, expert en langage et en rites actuellement en vigueur dans la restreinte communauté oligarchique bruxelloise, avait facilement transcrit en clair, chacune de ces lettres majuscules représentant les initiales d'un message secret : Private Confidential  - Exclusively For Jose-Manuel, Angela, David and Barack.

          Cette hypothèse, si elle se vérifiait, aurait l'immense avantage de sceller l'authenticité du document, mais cette fois-ci dans sa version secrète, ignorée jusqu'alors du grand public, et destinée au cercle restreint de l’Oligarchie. Lourd inconvénient, elle accréditerait encore la thématique bien connue du double langage, de la trahison des élites, etc…

« Cela pose d'autres problèmes », a ajouté le Pr Bouvard. « Malheureusement, ils ne sont pas de notre ressort ».

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.