( De la part de Jocelyne et moi-même. Une fois n'est pas coutume. Un billet, sur le mode de du divertissement mineur, pour un week-end pluvieux. Un billet loin des soucis et des inquiétudes d'aujourd'hui : chômage, élections et FN, Ukraine, Daech, etc...)
(De nos envoyés spéciaux à travers les âges, Jean Casanova et Jocelyne Leroy-Gourhan - Institut Max Planck - Leipzig Année 3014 de l'Ere Conventionnelle).
C'est avec le plus grand bonheur que nous avons rejoint à nouveau, à l'invitation du Pr Hans-Christopher Godesberg, l'Institut Max Planck de Leipzig et l'année 3014. Finalement, ces voyages ne sont pas si longs et nous gagnerions beaucoup à multiplier ces allers-retours. Quelle meilleure occasion pour le recul critique et la vision panoramique quant à notre période si troublée.
C'est au nom prestigieux de Jocelyne Leroy-Gourhan, actuellement stagiaire à la rubrique Sciences et Culture du Journal et petite-fille du grand André Leroy-Gourhan, disparu en 1986, grande figure de la Préhistoire et de l'Anthropologie française que nous devions cette invitation du Pr Godesberg.
Les salutations et premières effusions passées, le Pr Godesberg nous présentait à son collègue, le Pr Jurgen Gneisenau, directeur du Département d'Archéologie de l'Institut, lequel, après nous avoir confortablement installé dans son grand bureau, nous éclairait sur les motifs de cette gentille invitation. Nos petits dictaphones sont enclenchés.
Pr Gneisenau, dites-nous. Quoi de nouveau pour nous faire venir de si longtemps ? 1000 ans, ce n'est pas rien !
Chers amis, vous connaissez nos difficultés quant à l'étude de la grande période des années 2000-2500, difficultés liées à la disparition quasi- complète des documents historiques engloutis et détruits par la grande montée des eaux des années 2200-2300. La redescente du niveau des eaux et la réémergence de notre continent après 2500, au moment de la dernière glaciation Würm 2, nous a permis de retrouver depuis tous nos anciens espaces terrestres, mais pratiquement totalement muets quant à leur histoire avec la disparition et la destruction sous les eaux de ce qui fait la source de l'Histoire, le document écrit.
Heureusement, il nous reste l'Archéologie !
Pr Gneisenau, intervient Jocelyne, êtes-vous en train de nous dire que la connaissance que vous avez de notre période, et me désignant, celle dont nous arrivons tous les deux, n'a plus de caractère historique ?
Exactement Jocelyne ! L'histoire suppose des documents écrits. Or, pour l'étude de votre période, celle du réchauffement climatique antérieur à la montée des eaux, nous en sommes réduits à la similitude avec celle de Lascaux et du magdalénien, à l'étude archéologique.
Attention, l'Archéologie présente de nombreux avantages par rapport à l'Histoire. Le document historique, parce que c'est un texte, a un auteur. Pourquoi a-t-il été écrit, dans quel esprit, à quelles fins ? Dit-il vrai ? Dit-il faux ? Est-il valide ? Ne nous induit-il pas en erreur ?
Le document archéologique n'est ni un texte, ni un discours. Il est beaucoup plus. Un témoin de l'existant car il faisait partie de l'existant.
Pr Gneisenau, de quelles pièces archéologiques disposez-vous pour l'étude de cette époque ?
La quantité n'est pas le problème. Mégalopoles englouties avec leurs inscriptions, nécropoles et leurs ossuaires, friches industrielles et leurs déchets, engins de construction, aussi de destruction, je veux parler des armes, le matériau archéologique est à profusion.
La vraie difficulté est son étude systématique pour le faire parler. Quel était ce monde ? Quelle était cette société ? Quels étaient ses croyances et ses grands mythes ? Et justement, je tenais à porter à votre connaissance ce que l'archéologie nous a laissé comme trace matérielle de la journée du 11 Mars 2015, il y a près de 1000 ans, dans ce qui était la capitale de votre pays. Une stèle gravée en lettres d'or.
Dites nous en plus Pr Gneisenau. Mais franchement, vous nous étonnez, nous y étions encore il y a trois jours et, vous connaissez notre attention en éveil, nous n'avions rien noté d'extraordinaire. À part bien sûr, ce dramatique accident d'hélicoptère en Argentine.
Oui, une stèle gravée ! Elle n'est pas dans mon bureau, mais une reproduction modélisée en 3D vient de me parvenir, traduite et commentée par notre collaboratrice Gina Salvoni, spécialiste de l'Ouest-Européen de cette période.
Une stèle découverte il y a quelques semaines sur le site de l'ancien Paris, quartier de l'Élysée, où l'on peut lire gravé en lettres d'or, ce monument ayant probablement pour but de célébrer l'amitié et la concorde retrouvées parmi les proches du monarque de l'époque, sous le titre "Rabibochage à l'Élysée" :
"Moi Président, roi dont la gloire est puissante par la pensée de mon cœur et par ma vaste intelligence, j'ai convié à mon palais en bois de buis, de mûrier, de cèdre et de tamaris, 35 de mes amis, hommes et femmes, courroucés depuis longtemps, pour ramener la paix dans leur cœur. Posez là vos fustibales, mes sujets. Moi Président, ai fait venir viande de bœuf et d'agneau, volailles, poissons et petits gibiers, amphores de vin, ail, noix, pistaches et amandes. Je les ai régalés tout un soir, leur ai fait prendre des bains, oindre d'huile et les ai renvoyés en paix, agitant devant eux, en symbole d'amour, la promesse du maroquin."
Pr Gneisenau, un détail. Vous avez dit fustibales. Éclairez-nous.
Volontiers ! Le fustibale était une fronde montée sur un manche dont le porteur, une pierrière à la ceinture, se servait pour impressionner l'adversaire. En général, cela n'allait pas plus loin.
Pr Gneisenau, que pouvons-nous bien, sinon conclure, du moins extrapoler de ce document ?
Chers amis, plus que des milliers de documents historiques, essais politiques ou chroniques journalistiques, cette pièce archéologique témoigne avec fulgurance des mœurs politiques de l'époque. Tout y est gravé : le caractère autocratique et manoeuvrier du pouvoir, l'habitude de régler les menus différents par la flatterie et les promesses de prébendes (prébende : situation lucrative obtenue par faveur), jusqu'à la promesse du maroquin propre à conjurer le fustibale.