Un syndic escroc interpellé

Nous sommes attablés, par cette douce matinée quasi printanière, à la terrasse de la Brasserie Le Village, à Roissy-en-France.

(Résidence La Douce France - 3, allée des Lilas Jaunes - Roissy-en-France - Val-d'Oise.         15 Mars 2019)

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        Nous sommes attablés, par cette douce matinée quasi printanière, à la terrasse de la brasserie Le Village, à Roissy-en-France.

  L'émotion est grande ce matin dans la petite communauté de la résidence roisséenne La Douce France, après l'interpellation par la police du syndic de la copropriété soupçonné, ni les faits ni leurs motivations ne sont encore totalement établis, soupçonné de corruption et de prévarication.

(Le délit de prévarication représente en droit français la trahison par un agent des devoirs de sa charge, pour un motif le plus souvent pécuniaire.)

                         

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  Interpellé à la sortie d'un Grand Débat, où il tentait depuis plusieurs semaines de donner le change, le présumé ripoux – nous le rappelons, les faits n'étant pas encore totalement constitués, la prudence dans l'incrimination reste de mise – le présumé ripoux est actuellement en garde à vue, soumis aux questions de l'autorité judiciaire.

 

          La plainte déposée ces derniers jours par Me Leronchon, l'avocat de la copropriété, concernerait  la vente à la découpe, pas même secrète, de tous les Communs de la copropriété, espaces verts, bacs à sable du jardin de la résidence, jusqu'à la cage d'escalier et l'accès à la terrasse où est installé l'héliport, à partir duquel transitent tous les vols moyens et longs courriers au départ et à destination de la copropriété.

                               

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  Vente, là est le délit, sans avoir jamais sollicité en assemblée générale le moindre avis des copropriétaires.

  Déjà infraction grave au règlement de copropriété ! Mais, la police le soupçonne, l'instruction judiciaire le dira, infraction en relation avec des réseaux affairistes, nous voudrions mieux dire affairés à l'acquisition d'installations immobilières, autoroutières ou aéroportuaires dont ils attendent de la mise en concession de juteux dividendes.

 

           Vous connaissez notre goût de la parabole et vous vous serez probablement reconnus parmi ces copropriétaires joués, abusés, que dis-je, spoliés. Pour certains d'entre vous, tenant leur petit appartement de l'héritage familial, pour les autres, fruit d'une longue épargne complétée d'un recours à l'emprunt dont souvent les échéances continuent à courir. Tous, en tous les cas, propriétaires par leur travail ou celui de leurs ascendants, propriétaires des communs, allées jardinières, parkings, autoroutes, aires de jeu et bacs à sable pour enfants, vasques à poissons rouges, terrasses et leur héliport, dont vous apprenez maintenant votre illégale dépossession.

  Vous avez quelques principes, ils sont tout à fait justifiés, et parmi eux, celui de qualifier escroquerie toute cession du patrimoine de la copropriété à quelque attributaire que ce soit, sans l'autorisation expresse des copropriétaires eux-mêmes, régulièrement et dûment exprimée en assemblée générale.

 

          La terrasse de l'héliport de la résidence, le plus important d'Europe, porteur de plus, du nom prestigieux de Charles-de-Gaulle, et à ce titre emblème de l'indépendance et de la souveraineté nationale, construit dans les années 1960 et donc totalement amorti depuis, cette terrasse d'héliport dégage pour la résidence, c'est loin d'être négligeable en cette période de vaches maigres, et peut-être réside là l'explication de cette triste affaire, un bénéfice annuel d'environ 1 milliard d'euros.

  Bénéfice, dont les prévisions les plus sérieuses disent qu'il devrait être en très nette augmentation ces prochaines années, la Résidence Douce France figurant parmi les premières destinations touristiques de la planète.

                                

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  Scandale d'autant plus avéré et dénoncé par les copropriétaires, les héliports de toutes les autres résidences de par le monde restent propriété commune et publique. Ainsi, au pays même de la privatisation, les États-Unis, les grands aéroports sont publics ; en Allemagne, le principal aéroport, celui de Francfort, est propriété publique du Land de Hesse.

 

         À l'instar de l'affaire de l'héliport de Toulouse, la garde à vue du ripoux et l'instruction judiciaire permettront-elles de révéler que la cession du bien commun, à quel bénéfice, s'est faite en faveur d'un repreneur dont l'adresse du siège social est un paradis fiscal, les îles Vierges ?

  La difficile question à laquelle sont aujourd'hui confrontés les enquêteurs reste la motivation réelle du syndic escroc, encore hier batteur d'estrade dans les Grands Débats.

  Motivations idéologiques ? L'enquête cherchera à déterminer l'affiliation possible de l'intéressé à la Société du Mont-Pèlerin, la maison mère du néolibéralisme.

(La Société du Mont-Pèlerin (en anglais Mont Pelerin Society) est un groupe de réflexion et d'étude fondée en 1947 part deux célèbres théoriciens économistes, Friedrich Hayek et Milton Friedman, au Mont-Pèlerin, petit village suisse surplombant Vevey. Ses membres s'engagent à travailler à l'établissement mondial d'une Société de Marché, au principe de base fondamental, la Concurrence Libre et Non Faussée, doctrine appelée aujourd'hui néolibéralisme.)

  S'il s'agissait de plus, les deux ne sont pas incompatibles, ejusdem farinae, bien au contraire, d'une affaire de corruption et de renvoi d'ascenseur pour l'aide fournie en 2017 à l'accession au mandat de syndic de la copropriété, les choses pourraient être plus graves. L’escroc serait-il tenu par quelque pacte secret ? 

(La locution latine ejusdem farinae signifie « de la même farine », pour désigner péjorativement des personnes présentant les mêmes vices ou les mêmes défauts.)

  Un copropriétaire vient de faire inscrire à l'ordre du jour de l'assemblée générale convoquée en urgence, acte XVIII des Gilets Jaunes, la mise en délibéré et la sanction par vote à main levée de la révocation immédiate du syndic escroc. Motif : pas de cession d'un bien commun sans autorisation préalable et régulière des copropriétaires en assemblée générale.

                                         

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