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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 15 septembre 2014

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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Lettre à mes confrères et aux professions libérales en général. (J. Casanova)

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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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               C'était il y a longtemps, il y a cinq ans ! Celui, pour lequel vous gardez toujours un petit faible, celui, dont le départ vous a laissé un petit pincement au cœur, avait alors prononcé le mot célèbre : « J'irai chercher la croissance avec les dents! » Et chargé le génial futurologue Jacques Attali d'un rapport et de propositions pour une relance libérale de la croissance.

  Douce musique à vos oreilles : moins de fonctionnaires, ces budgétivores ; plus de flexibilité dans le marché du travail, au travail, les faignants ; suppression des départements, ces poids morts inutiles ; de la dérégulation dans le marché des services..., douce musique, douce mélopée ! Que nous voilà de la bonne politique pour de la bonne économie !

  L'énervé bling-blingueur nous a quitté, remplacé au juke-box par un disc-jockey plus rondouillard mais toujours endiablé. Les hits n'ont pas changé et, toujours dans le top-ten, le crowner Jacques Attali fait un malheur avec sa dernière romance nostalgique Les professions réglementées, c'est fini, et dire que..., remake du déchirant cri de désespoir du regretté Hervé Villard Capri, c'est fini ! Non, ce n'est pas un cauchemar ! Vous êtes bien éveillés.

          « Ô rage, ô désespoir ! Ô libéralisme ennemi ! Est-ce ainsi que tu traites nos nobles professions ? Elles étaient libérales et, pour les assujettir à la finance, les nomme maintenant réglementées ? » s'écrient en chœur tous nos Don Diégue sous l'insulte du Comte Attali Gormas.

  Que n'avez-vous, plus jeunes, réfléchi à la prophétie visionnaire du philosophe allemand, il y a plus de 150 ans :

  « Partout où il est parvenu à établir sa domination, le Capitalisme a détruit toutes les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens bigarrés qui unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, il les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autres liens, entre l'homme et l'homme, que l'intérêt tout nu, le paiement au comptant sans sentiment. Il a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la mélancolie petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Il a dissous la dignité personnelle dans la valeur d'échange et, aux innombrables libertés dûment garanties et si chèrement conquises, il a substitué l'unique et impitoyable liberté du commerce.

  Il a dépouillé de leur auréole toutes les activités considérées jusqu'alors, avec un sain respect, comme vénérables. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, l'homme de science, il en a fait des salariés à ses gages ».


         Tombant du ciel aujourd'hui, après un rêve de plusieurs siècles, les « professions libérales » commencent  à entrevoir avec angoisse et horreur le sort qui les attend, à un terme non encore fixé mais déjà programmé : la prolétarisation. Mots dont la signification scientifique est : dépossession du producteur de ses moyens de production et obligation pour lui, pour survivre, de vendre son savoir, sa force de travail musculaire et nerveuse au nouveau propriétaire, l'Argent, pour mieux dire le Capital.
La séculaire organisation en Corporation, caractéristique et pièce maîtresse de la société féodale, corporation qui perdurait encore, bien évidemment sous des formes constamment renouvelées jusqu'à aujourd'hui, dans les antiques métiers du médecin, de l'avocat, de l'apothicaire et du notaire, la corporation est maintenant désignée comme l'obstacle à la liberté du marché et à son dogme néolibéral : la Concurrence libre et non faussée. Pour la discréditer, nos technocrates lui donneront le nom de « profession réglementée ». 


          Conçue à l'origine dans la société féodale, comme l'explique Karl Marx, pour organiser les métiers de l'artisan spécialisé – réglementer le travail, organiser l'acquisition des savoir-faire, en obtenir le monopole et en défendre la rétribution et les intérêts moraux – la Corporation a de tout temps veillé à la reproduction du statut de ses membres comme petits producteurs libres et indépendants, indépendants de l'empiétement et de l'emprise du capital marchand sur ses métiers.


  On sait ce qu'il est advenu au tournant des 18eme et 19ème siècles et de la révolution industrielle, révolution industrielle qui n'est que l'autre nom du passage entre les mains d'une nouvelle classe, la bourgeoisie industrielle, de toutes les activités artisanales antérieures productrices de marchandises : tisserands, filatiers, drapiers, menuisiers, ferronniers  et autres couteliers... Abrégeons la liste de tous ces métiers artisanaux organisés en corporation, puis prolétarisés dans la manufacture et l'usine capitalistes.


  À l'heure où le Capitalisme mondialisé, dans sa mutation financière néolibérale, cherche ailleurs que dans l'industrie, des voies nouvelles à son développement, les corporations du travail intellectuel, détentrices jusqu'à aujourd'hui du « monopole » de la fabrique du soin et du savoir, nouveaux gisements de rentabilité, vont devenir des obstacles à balayer et donc à dénigrer comme « conservatrices », « coûteuses », « contraires à l'intérêt du consommateur ». 


         En politique, la naïveté est ravageuse. Ces mêmes couches sociales urbanisées, aisées, instruites et sûres de leur prestige, soutien électoral traditionnel des blocs politiques de la Droite et de sa dernière variante caricaturale sarko-UMPiste, sont maintenant confrontées  pour elles-mêmes à ce qu'elles avaient toujours soutenu électoralement : le néolibéralisme pour les autres, salariés, fonctionnaires, paysans..., petites gens.
Dans sa mouture sociale-libérale, dite de Gauche, le Capitalisme Financier change de pied et de main : laissons la droite saccager salariés et fonctionnaires ; aux socio-libéraux maintenant de fracasser ces nantis, médecins, pharmaciens, dentistes, notaires et autres huissiers...
          Paraphrase du proverbe chinois: quand le niais reçoit un coup de marteau sur la tête, il voit le marteau, mais jamais le bras qui le manie. L'alternance politique, dans sa conception néolibérale, succession au pouvoir des libéraux de droite et des socio-libéraux, n'est que le moyen par lequel on subordonne aux intérêts de la finance, des couches successives de professions ou de populations.

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