tatia (avatar)

tatia

Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

Abonné·e de Mediapart

561 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 janvier 2015

tatia (avatar)

tatia

Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

Abonné·e de Mediapart

Retour de la manif. (Et déjà la tête à autre chose.)

tatia (avatar)

tatia

Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

   (De notre envoyé spécial Jean Casanova - Place de la Bastille - Après la dislocation…  11 Janvier 2015)        

          De si brillants jeunes gens! La fierté de leurs parents, parents qui, eux-mêmes, n'avait pourtant pas démérité socialement: professeurs d'Université, gens de théâtre, haut fonctionnaires... Mais si modestes quant à leur mérite au regard de la brillante carrière annoncée de leur rejeton, auquel tout avait toujours souri: scolarité exemplaire couronnée de la mention Très Bien au baccalauréat, brillantes études de philosophie pour l'une, Virginie, d'économie pour l'autre, Paul, conclues pour chacun par un Doctorat d'Etat, l'IEP tous les deux, c'est là qu'ils s'étaient connus, l'ENA enfin de concert, promotion Léopold-Sendar Senghor.

Conservatoire de piano. Et sportifs de plus, Mademoiselle au badminton, Monsieur à la boxe française. Et, c'était là l'essentiel pour l'avenir, tout deux remarqués par la toujours attentive oligarchie qui les avaient promus la même année "Young Leaders" de la French-American Foundation.

           Leurs liens restaient cependant exclusivement d'estime et d'amitié, chacun d'eux n'ayant encore su ou pu, allez savoir, fixer son cœur et ses sentiments, peut-être trop occupés qu'ils étaient tous les deux par les ambitions de la carrière.

 Revenant dimanche dernier de la Manifestation, à laquelle ils étaient allés, partagés entre la ferveur républicaine, bien qu'on n'y ait pas chanté la Carmagnole, l'hymne sans-culottes, et, disons-le aussi, leur sens de l'opportunité, Paul et Virginie étaient rentrés bd Raspail, n°104, à la coquette bonbonnière de Virginie. Pendant qu'elle préparait le thé, réenfilant sa parka Hugo Boss toujours bardée de l'insigne Je suis Charlie, il redescendait à la pâtisserie sur le boulevard choisir quelques douceurs, conscient qu'aujourd'hui une nouvelle page politique se tournait. Et remontant bien vite, interpellait Virginie: Virginie, de nouvelles opportunités vont s'ouvrir, il faudra savoir les saisir!

           Justement, puisqu'il s'agissait d'un projet commun sur lequel ils travaillaient, lui au Ministère de la Santé, Virginie au Ministère de l'Economie, le Tiers-Payant Généralisé et l'hostilité du corps médical. Quid, à partir d'aujourd'hui?

     - Paul: Ce qui va incontestablement nous aider à avancer, c'est la déconnexion médiatique de la grève des médecins et l'effet de sidération actuel de l'opinion. Tu connais la thèse de la journaliste canadienne Naomi Klein dans la Stratégie du Choc: utiliser l'état de choc causé par une  catastrophe pour mettre en place une nouvelle donne économique, politique ou sociale.

 Ton Ministre (E. Macron) va probablement jouer de cette corde pour sa loi sur le travail du dimanche, la modification du travail de nuit, l'allongement du temps de travail, la remise en cause des Conseils de Prud'hommes, de l'Inspection et de la Médecine du Travail... J'en ai lu la présentation dans L'Humanité-Dimanche avec l'inévitable renvoi au job d'Emmanuel à la Banque Rothschild. D'un tendancieux!

      - Virginie: Oui, il va falloir en profiter car les envolées émotives de Marisol sur l'accès aux soins pour les plus démunis semblent avoir fait un petit flop.

     - Paul: Je suis confiant. On a très bien joué depuis un an et, peut-être, on peut considérer que le plus dur a été fait. On n'est plus très loin de la privatisation de la Sécurité sociale, et, si tu veux bien, je te redessine, comme aux échecs, les grands moments de la partie:

          * début 2014, on a fait voter l'ANI dont une disposition clé entre en application le 1° Janvier. Toutes les entreprises doivent à cette date prendre en charge une complémentaire Santé pour leurs salariés. 95 % de la population va donc se retrouver couverte par une complémentaire. Grâce au deal État-Patronat, l'ensemble de la population a maintenant un pied dans l'assurance privée Santé, mutualiste ou assurantielle peu importe, ce qui compte c'est que ce soit hors SS.

         * le coup suivant, c'est le TPG (tiers-payant généralisé). Le consommateur de soins, ne faisant plus l'avance, n'a plus à vérifier s'il est remboursé et comment il est remboursé. Puisqu'il ne surveille plus qui rembourse, il ne sait plus qui, SS ou complémentaire, à payé. Et d'ailleurs, il dira vite que cela n'a pas d'importance puisqu'il n'a rien à avancer.

          * coup suivant, échec et mat! Il suffira à l'Assemblée Nationale, par des votes DMOS ( diverses mesures d'ordre social), dans une nuit du 3 Janvier, devant un parterre clairsemé de députés déjà acquis, tout doucement, en quelques années, de faire passer la part contributive de la SS de 65 %, à 50 puis 30, enfin 10 ou 5 % pour que, dans un silence assourdissant, l'Assurance-Maladie soit privatisée. Il lui restera à prendre en charge les maladies longues et coûteuses et les populations non couvertes par les complémentaires (chômeurs, retraités pauvres et autres  éclopés...)

     - Virginie: Tu es un artiste, et des meilleurs! Ne me dis pas que tu n'as pas répété ce numéro.

     - Paul: Je te l'avoue! Devant Marisol et son cabinet. Elle a applaudi. Et ne t'y trompe pas. Avec ses grands yeux de sainte-nitouche, elle a pour l'instant fait un sans-faute.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.