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Très tôt ce matin, tiré de sa cellule de la prison militaire de Fort Meade, où il regardait encore un dessin animé de Tom et Jerry, la télécommande à la main, elle ne comportait heureusement pas de bouton nucléaire, le soldat Donald Pump a comparu devant la cour martiale du Maryland.
Après un bref délibéré, celle-ci vient de rendre son verdict. Le soldat Donald Pump est reconnu coupable de 4 des 5 chefs d’accusation retenus contre lui, écartant toutefois le plus grave, ce dernier étant passible de la peine de mort, l’« intelligence avec l’ennemi ».
Dans sa sentence, la juge, la Colonelle Denise Lindsey, a estimé que le 1° classe de l’US Army, Donald Pump, héros des campagnes capillaires et immobilières, était coupable, nous énumérons : de misogynie et propos sexistes réitérés ; de complicité ouverte avec les suprémacistes sudistes du Klu-Klux-Klan et de réveil des fantômes racistes de l’Amérique ; de manœuvres destinées à dissimuler sa liaison avec une actrice de films pornographiques, l’incrimination la moins grave restant le non respect de la coupe de cheveux réglementaire dans l’US Army.
La défense du jeune prévenu s’était efforcée de faire apparaître le soldat Donald comme un garçon naïf, plein de bonnes intentions et simplement désireux de voir l’Amérique renouer avec son passé glorieux. C’est un garçon qui veut le bien de l’Amérique, avait déclaré son avocat lors de sa plaidoirie. En vain ! La cour militaire, à l’unanimité, votait la culpabilité. « N’essayez pas de nous trumper » a enjoint fermement la Colonelle Denise Lindsey à l’avocat, le Commandant Ralph Allen. « Restons en aux faits, voulez-vous.»
C’est sur l’incrimination d’intelligence avec l’ennemi que finalement la défense a pu toutefois obtenir le succès décisif, incrimination non retenue, et sauver ainsi la tête du jeune militaire.
Qu’est-ce donc que ce fameux crime d’« intelligence avec l’ennemi », incrimination de la plus haute gravité dans tous les codes militaires ?
L’ « intelligence avec l’ennemi » désigne de façon générale toute action ou machination concertée avec une puissance étrangère ou ses agents pour les engager à commettre des hostilités ou pour leur en procurer les moyens. Elle peut être punie de mort.
Seule circonstance à même d’atténuer la condamnation dans la jurisprudence française, le non-état de guerre au moment des faits. C’est ainsi qu’en 1894, le Capitaine Dreyfus était seulement condamné à la dégradation et au bannissement. Mata Hari, par contre, de son vrai nom Margaretha Geertruida, espionne, danseuse et courtisane, était fusillée au Château de Vincennes, le 15 Octobre 1917.
C’est par un artifice qui fera date dans les annales des différentes cours martiales du monde, que l’avocat du jeune militaire, le Commandant Ralph Allen, déclara : « Vous êtes une cour martiale. Une cour martiale juge de la guerre, martial provenant du latin martialis, de Mars, le dieu de la Guerre. Une cour martiale juge de la guerre, mais elle juge aussi, dans cette incrimination, de l’intelligence du prévenu. Or, de celle-ci, l’intelligence, vous disculperez aisément le soldat Donald Pump. Il n’a jamais fait campagne dans le Génie ».
Et pourtant, les faits étaient avérés. L'entente, sinon, l'intelligence, faisant déjà la joie de nombreux caricaturistes.
Nombre de juristes reconnaissent volontiers qu’une autre formulation de l’incrimination, celle par exemple de « collusion avec l’ennemi » aurait certainement été retenue et permis la condamnation. C’était là la faille que n’avait pas manquée d’exploiter le talentueux avocat.
Au palais de l’Élysée, à Paris, les experts en communication travaillent en ce moment à la rédaction du commentaire présidentiel attendu après l’énoncé du verdict.
La consigne tacite reste la nécessité du balancement se voulant dialectique et de l’utilisation du « en même temps que ». Après avoir écarté « Maison-Blanche », mais « Maison flanche », jeu de mots un peu facile, serait finalement retenu « fou à lier », mais « fou allié ». Les deux mon capitaine !
Les médias du monde entier n'ont pas manqué de relater cet évènement.