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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 16 juin 2015

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Psychanalyse des contes de fées.

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(De nos envoyés spéciaux Jean Casanova et Patrice Orwell - Université de Chicago - Quartier de Hyde Park - Chicago - Illinois    16 Juin 2015)

           « Crescat scientia, vita excolatur » (Laisser croître les connaissances, ainsi s'enrichit la vie humaine), devise de l'Université de Chicago où nous venons d'arriver au terme de notre vol Roissy-Chicago. But de ce long voyage : rencontrer Judith Helen Winnicott, élève du célèbre Bruno Bettelheim, l'auteur de Psychanalyse des contes de fées. Bruno Bettelheim a longtemps enseigné ici et Mme Winicott est directrice, depuis la disparition de son maître en 1990, de l'Ecole Orthogénique de l'Université, fondée par lui en 1971, école consacrée aux enfants émotionnellement perturbés. Enfants émotionnellement perturbés, vous comprendrez vite desquels il s'agit.

   Nous n'avons pas encore pu nous entretenir avec Mme Winnicott dont l'emploi du temps est extrêmement serré, mais nous allons tâcher de vous éclairer sur les raisons de cette visite. Elles nous ramènent à Paris.

          Pas de conte de fées ne commençant pas par : Il était une fois…

   « Tout à la joie d'un retour de la croissance, un frémissement inattendu de 0,6 % au premier trimestre, le Président tablait sur des jours meilleurs. Et les lointains accents du Bourget et de l'an de grâce 2012 avaient resurgi : « Après les réformes et les efforts, va venir le réconfort ». Las, le 1° Juin, imperturbable, Pôle-Emploi annonçait la poursuite de la montée du chômage, toujours et toujours, de mois en mois depuis maintenant près de cinq ans ».

   Si un tel récit, celui de commentateurs accrédités et préposés, et ils sont nombreux sur le papier, les antennes et les écrans, si un tel récit n'a pas l'issue heureuse des contes de fées, il s'en faut de beaucoup, il en a néanmoins toute la structure et toute la portée.

   La thèse centrale de Bruno Bettelheim dans Psychanalyse des contes de fées considère en effet que l'angoisse est l'élément structurant de la psyché infantile et que le conte est la réponse thérapeutique à cette angoisse par la construction d'un environnement rassurant. Le Roi est l'image du bon père, l'Ogre et la Sorcière les images fantasmées de parents méchants et frustrants. 

 (Chers enfants, petite parenthèse destinée à vérifier que vous suivez bien et ne vous êtes pas égarés en chemin. Nommez le Roi ; c'est bien ! Nommez maintenant l'Ogre et la Sorcière de ce conte de fées quotidien. Très bien, je vois que vous suivez.)

            Oui ! Pour en revenir à Bruno Bettelheim, sommes-nous, pour tous ces conteurs et ces commentateurs, du JT au quotidien papier en passant par la bande FM, autre chose que des enfants ? Et à propos d'angoisse, comment nommer autrement ce qui nous étreint : la crainte du chômage, de la précarité, du déclassement, du déclin, de l'invasion barbare, d'une planète réchauffée, d'un avenir totalement mercantilisé... ?

   Et le récit du Bon Roi, aidé de ses fidèles, preux et hardis chevaliers Manuel et Emmanuel, tous trois tendus dans l'effort pour faire reculer l'Hydre du Chômage et retrouver la Sainte Croissance, effort toujours en échec, mais ne désarmant jamais, tels Leonidas aux Thermopyles ou le Chevalier Bayard au Pont du Garigliano, ce récit est-il autre chose qu'un conte de fées ?

(En 480 avant J.-C., le roi de Sparte Leonidas et ses 700 hoplites défendent le défilé des Thermopyles contre l'armée perse du roi  Xerxès forte de 70 000 hommes, ceci jusqu'au sacrifice, permettant ainsi à l'armée grecque d'organiser sa défense et finalement de triompher. Leonidas restera à jamais dans l'imaginaire grec l'exemple de la figure héroïque.

À l'automne 1503, la France et l'Aragon se disputent le Milanais au cours des guerres d'Italie. Le 28 Décembre, au pont du Garigliano, Pierre du Terrail, seigneur de Bayard, va, seul contre tous, faire reculer 200 soldats aragonais. Passé à la postérité comme le « Chevalier sans peur et sans reproche », il restera à jamais l'exemple du courage et de la vertu chevaleresque)

    Revenons au récit de nos commentateurs quotidiens. Est-il autre chose qu'un conte de fées ? Le Bon Roi aura usé de tous les stratagèmes, de toutes les bottes secrètes : Pacte de responsabilité pour amadouer le Lion du MEDEF (pas celui de Némée), blocage du salaire et de la pension pour terrasser le Dragon du Coût du travail, choc de simplification pour nettoyer les écuries d'Augias, jusqu'au renouvellement par trois fois d'affilée du CDD pour vaincre ce mal mystérieux qui paralyse l'employeur : la Peur de l'embauche.

   Rien n'y a fait. Et pourtant, il ne dépose pas les armes, le Bon Roi. Assisté de Manuel et d'Emmanuel, Dieu est avec nous, il continue !

(Prenez note au passage de la signification heuristique de ces deux prénoms, Manuel et Emmanuel, le premier n'étant qu'une contraction du second. Emmanuel de Immanouel : ime (avec) anou (nous) El (Dieu), en ancien hébreu, Dieu est avec nous)

          Chers lecteurs et enfants, soyons honnêtes. Nous a-t-on raconté autre chose depuis trois ans, le soir à la veillée, disons au 20h, ou le matin à l'éveil, disons à 7h30 ? Il serait peut-être temps, puisque nous parlions d'éveil, que nous ouvrions les yeux.

   Par quel subterfuge nous fera-t-on accroire que le sommet de l'appareil de l'État, instruit et conseillé par les compétences les plus élevées en matière économique, sociale, juridique et administrative, ne sait pas que depuis plus de cinq ans il mène une politique qui, privilégiant le dividende, la spéculation, l'évasion fiscale, la cession du patrimoine public aux intérêts privés, ne peut avoir qu'une conséquence : la désertification industrielle, le reflux de l'investissement, la destruction d'emplois, la chute du pouvoir d'achat et la baisse des carnets de commandes de la petite entreprise, et donc, inexorablement, la montée du chômage et de la précarité ?

   Il sait tout cela, le sommet de l'appareil de l'État. Et s'il persiste, vous, en enfants de Descartes (Cogito ergo sum), vous en chercherez la raison secrète. La pantomime du désespoir du Ministre du Travail tous les 26 du mois, lorsque l'oracle de Pôle-Emploi annonce la funèbre nouvelle, n'est là que pour masquer la réalité incontournable. Le chômage de masse, par l'érosion du financement de l'État Social, est l'arme de destruction massive de tous les piliers de cet État Social : Code du Travail et conventions collectives, CDI, assurance-maladie par cotisation sur la richesse produite, retraite par répartition, jusqu'au salaire minimum qu'il faudra bientôt compléter de façon caritative par une « prime d'activité » …

   S'il faut habilement manœuvrer – je ne te demande pas de résoudre, François, aurait dit le Président à son Ministre, simplement de gérer – emplois aidés par ci, contrats d'apprentissage par là, afin que le chômage ne prenne pas de proportions socialement et politiquement dangereuses, son maintien dans les eaux actuelles permet la sape de toutes les structures du salariat héritées de 1936 et de 1945. Et si l'on est lucide, l'on se convaincra facilement que c'est là l'objectif recherché derrière l'écran de fumée de ce story telling (autre appellation du conte de fées).

( Déclaration, sinon injonction, de Denis Kessler, vice président du MEDEF, en 2007, à l'hebdomadaire Challenges : « Adieu 1945. Il faut défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance. Raccrochons notre pays au monde)

          Facile à dire, mais plus difficile à faire. Nicolas s'y est cassé les dents. François est plus instruit : il a lu, lui, et la Princesse de Clèves et Bruno Bettelheim.

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