( De notre envoyé spécial Jean Casanova - Palais de l'Élysée - Paris 30 Mars 2015)
Oui, le 30 Mars 2015 ! Nous avons pris quelques jours d'avance. Il en a le pouvoir et, plus encore, nous sommes en état de droit, le droit. Le Président de la République peut dissoudre le Peuple. Que dit la Constitution ?
Article 12 : Le Président de la République peut, après consultation du Premier Ministre et des Présidents des Assemblées, prononcer la dissolution du Peuple. La convocation générale d'un nouveau Peuple a lieu 21 jours au moins, 40 jours au plus après la dissolution. Il ne peut être procédé à une nouvelle dissolution dans l'année qui suit.
Et justement, la dernière dissolution remontant aux 31 Mars 2014, lendemain des élections municipales de 2014, le Président de la République s'apprête à redissoudre le Peuple. L'arme atomique, le feu nucléaire se sont exclamés, admiratifs et peut-être même approbateurs, Arnaud Letartuffier du Monde et Laurent Malandrin de Libération. Jusqu'à David Puggada d'A2 qui a salué le jeu de va-tout du Président avec cette formule : « Tel César, franchissant le Rubicon… »
Nous sommes, chers lecteurs, le lundi 30 Mars 2015, à la veille de la fatidique décision présidentielle. Le Conseil des Ministres vient d'être réuni en urgence. La décision est prise sous l'auguste crâne. Il a tenu cependant à entendre ses ministres, au lendemain du désastre électoral, avant de la rendre publique. Monarque et despote certes, mais éclairé et avisé (il a demandé des avis).
Les faits sont têtus ! Formule célèbre et l'on ne peut plus adaptée. Le peuple a trahi ses dirigeants. Avec au soir du 1° tour des élections départementales une minuscule approbation de 15 % de ceux qui représentaient sa politique et portaient sa cocarde, soit moins de 7 % compte tenu des 55 % d'abstention, le peuple a trahi le contrat moral qui le liait au monarque : le contrat moral et le serment d'allégeance pour cinq ans qu'il avait prononcés en Mai 2012.
Les mises en garde de l'entourage royal n'avaient pourtant pas manqué : cris au loup de la caravane socialiste aux quatre coins du pays, effets d'estrade, menaces de vote utile obligatoire… Rien n'y a fait ! Le peuple a trahi. Le peuple a menti. Le peuple s'est déshonoré. De la bouche présidentielle, la sentence va tomber : le Peuple sera dissous. Un autre peuple sera convoqué dans le délai constitutionnel de 21 à 40 jours.
Au tour de table du Conseil des Ministres, après la forte et mâle parole du Premier Ministre « Le Peuple ne nous empêchera pas de poursuivre notre politique », les avis ministériels se sont succédés, peut-on parler d'avis pour de telles formules entachées de servilité et de nunucherie.
Déguisé en huissier présidentiel près de la porte de service du Conseil et ne perdant rien du spectacle, je peux vous les restituer de tête :
- Mme la Ministre de l'Ecologie : Garante de la biodiversité, je veillerai à la conservation d'au moins quelques individus de cette espèce détestable.
- M. le Ministre du Budget : Il va sans dire que les obligations contributives et fiscales de l'espèce dissoute demeurent et doivent être assumées.
- M. le Ministre de l'Intérieur, le plus clément : Je demande à ce que la dissolution ne s'applique pas aux Compagnies Républicaines de Sécurité ainsi qu'aux Gardes Mobiles. En signe d'assentiment, le Premier Ministre opine du chef. Le Président reste impassible. De minimis non curat praetor.
- Mme la Ministre de la Santé : J'assure que la disposition du tiers payant généralisé, pour l'instant retirée au contractuel défaillant, le Peuple renégat, sera à nouveau applicable au peuple issu de la convocation prochaine.
- M. le Ministre de la Guerre reste silencieux, la tête ailleurs avec le marché des Rafales.
- Mme la Ministre de la Culture passe également son temps de parole, plongée, inéducable nullité, dans le maniement de la play-station toujours dissimulée dans son maroquin.
- M. le Ministre de l'Economie : Le nouveau peuple convoqué devrait pouvoir être rapidement rassemblé par ma nouvelle disposition autocars - autoroutes.
- Mme la Ministre de l'Education Nationale : Je demande par empathie la tenue d'une minute de silence dans toutes les écoles, autour d'une affichette « Ils sont morts pour rien ! ».
Ma mémoire peine à vous restituer tous ces avis et recommandations dignes en tous points des vieilles expressions populaires à la banalité affligeante, « ça n'engage à rien », « ça ne mange pas de pain », «il faut battre le fer tant qu'il est chaud», j'hésite entre toutes.
Le monarque n'a pas cillé. Sa décision est déjà prise. Demain, obligation constitutionnelle quant à la date et au délai d'un an, il dissoudra. Abus de pouvoir, diront certains. Qu'importe, c'est mieux qu'abus de faiblesse, qualification délictueuse à laquelle avait échappé de justesse son prédécesseur, vis-à-vis d'une vieille dame.
Ce qu'il ne sait pas, il ne s'en apercevra que lors de sa chute, c'est que le Peuple est indissoluble. Ce qui est dissous et déjà depuis longtemps c'est la confiance du peuple dans l'organisation de la représentation, à tous les niveaux, de sa Souveraineté.