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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 19 octobre 2015

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Pour le Dialogue Social dans une France apaisée.

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( Tribunal de Grande Instance de Bobigny - 173, avenue Paul Vaillant Couturier - Bobigny - Seine-Saint-Denis          19 Octobre 2015)

           La 4° Conférence Sociale s'ouvre aujourd'hui et le Président de la République l'a voulu exemplaire, exemplaire de l'action qu'il ne cesse de mener pour, selon ses mots, « le développement du dialogue social dans une France apaisée ».

   Dans notre beau pays à la conscience si tourmentée et à la vindication toujours prompte, l'objectif est méritoire. Et pourtant, certains, déjà, crient au bidouillage médiatique, à la provocation, à la trahison permanente, à l'insupportable des génuflexions devant la Finance et des décisions qui tombent comme des hachoirs sur le douloureux corps social : travail du dimanche, plafonnement des indemnités prud'homales de licenciement, recul déguisé de l'âge de la retraite, blocage du traitement des fonctionnaires, inspection du Travail au banc des accusés…

   Jusqu'à l'emblématique insulte aux salariés « voyous » d'Air France et à leur interpellation musclée, au petit matin, très tôt avant l'heure du laitier.

            Sur cette affaire, dont la décision et l'exécution procédaient ces derniers jours de l'autorité du Procureur de la République de Bobigny, le Président l'a lui-même rappelé, des éclaircissements s'imposaient, précisément quant à leur justification et aux modalités de l'exécution. Quoi de plus simple pour nous deux, enquêteurs, Patrice Orwell et Jean Casanova, d'aller interroger directement le Procureur de Bobigny lui-même, au siège du Parquet.

( En France, le Procureur de la République est le magistrat chargé de l'action publique. Assisté de ses substituts, eux-mêmes magistrats, il représente le Parquet.

Parquet, petit parc, ainsi nommé depuis l'Ancien Régime, car il désignait le lieu où se tenaient les magistrats à la Grande Chambre du Roi : une petite enceinte délimitée des trois côtés par les sièges des juges et sur le quatrième par la barre, espace clos et sacré ou seul pouvait s'avancer les gens d'armes pour faire le récit de leurs investigations.)

           C'est, revêtu du simple costume civil, la robe rouge ou noire n'étant portée qu'à l'audience, que M. le Procureur a bien voulu répondre à nos questions.

          M. le Procureur, bonjour ! Veuillez ne pas voir dans nos questions la quelconque remise en cause de vos décisions. Il ne nous appartient pas. Et nous les respectons ! La chose étant dite, 5 salariés d'Air France tirés du lit en pyjama, à six heures du matin, n'allons pas jusqu'à dire manu militari, devant femme et enfants, appartement fouillé et embarquement immédiat, le tout pour un plastron de batiste déchiré, cela fait tout de même un peu beaucoup. Souvenez-vous, on n'a pas agi de même avec Cahuzac et les Balkany.

( Manu militari : vieille expression latine signifiant littéralement « avec des moyens militaires ». Employée de nos jours, lorsque la chose a été réalisée violemment, contre le gré et par la force.)

   Mais non, mais non ! La procédure a été tout à fait régulière, nous répond M. le Procureur, tout à fait régulière et l'effet de surprise tout à fait nécessaire. Il fallait les empêcher de se concerter, voire de s'enfuir.

   Il se pourrait bien, au su des premières conclusions de l'enquête, déjà suffisamment éloquentes, que la nécessité de frapper vite, fort et à l'improviste ait été tout à fait circonstanciée de la part des autorités.

   Au domicile de deux des prévenus, leur identité n'est pas encore communiquée, nous avons découvert plusieurs téléphones portables avec des contrats ouverts sous des identités suspectes, Manuel Strontium et François Molybdène. Vous n'êtes pas sans savoir que par le passé, de fausses identités masquées par des noms de métaux, souvenez-vous de Paul Bismuth, ont déjà été utilisées par des délinquants soucieux de converser entre eux, à l'abri d'écoutes téléphoniques légalement mise en place.

           Certes, M. le Procureur, ceci nous paraît évidemment très suspect.

   Chez un autre, planqués dans le tiroir d'une table de cuisine, juste sous la ménagère de petits ustensiles, couteaux, cuillères et fourchettes, deux billets d'avion,  pour M. et Mme, destination Marrakech. Le jeune couple y possédant depuis plusieurs années un confortable riad, les enquêteurs veulent en voir l'indice, sinon la preuve, d'un projet de départ précipité pour échapper aux investigations judiciaires.

           Evidemment, suis-je obligé de concéder, là cela devient plus sérieux.

   Pour le 4°, la perquisition et la saisie des ordinateurs ont permis à nos cyberpoliciers de faire parler les disques durs. Et, à l'infraction déjà lourde de déchirure de camisole de percale, pourrait bien venir s'adjoindre celle, certes plus bénigne, mais tout de même, d'évasion fiscale vers la Suisse et Singapour.

            Patrick et moi, ne pouvons que bredouiller…

   Quant au dernier des prévenus, l'affaire est entendue ! La bénignité du larcin n'en indique pas moins la noirceur de la personnalité. Découverte, dans l'armoire en formica de la petite cuisine, de 500 petits gobelets plastiques emboîtés les uns et les autres et encore tout neufs.

   Cuisiné, c'est le mot vu le lieu et l'objet du recel, l'homme n'a pas tardé à passer à table : gobelets dérobés à la salle des fêtes du Comité d'Entreprise lors d'un récent pot de départ à la retraite. Et, stockés là, en attente de leur revente frauduleuse au Secours Populaire ou aux Restaurants du Cœur.

          Faisons donc amende honorable, M. le Procureur ! Certes, les autorités ont eu la main lourde, mais, au final, peut-être était-ce tout à fait justifié.

  Quant aux 48 heures de garde à vue, reprend le Procureur, elles s'imposaient, vu l'incrimination réelle d'action en bande organisée.

   Si pour des faits aussi graves, la main de l'Ordre et de la Loi avait tremblé, quelles garanties aurions-nous que soient traités avec la même énergie des délits, certes plus bénins, mais qui empoisonnent tout de même la vie quotidienne de nos concitoyens, incivilités et autres, nous voulons dire, rétrocommissions sur vente d'armement, financement illégal de partis politiques, blanchiment de fraude fiscale, escroquerie en bande organisée par arbitrage délictueux, jusqu'au clientélisme le plus vulgaire des emplois fictifs.

          M. le Procureur, merci ! La critique est notre métier. Et par son exercice nous gagnons ainsi le droit de saluer et d'honorer les décisions lorsqu'elles sont prises dans le sens de l'intérêt commun et du bien public.

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