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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 20 décembre 2014

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  (De notre envoyé spécial Jean Casanova - Sheperd's Clinic - 23, avenue de Lombez - Toulouse   21 Janvier 2033)

          Un grand froid le traversa tout à coup. Frissonnant, il perçut malgré tout le petit signal sonore! C'était son D-shirt (digital-shirt), le T-shirt connecté qu'il portait maintenant depuis plusieurs mois et qui venait d'enclencher l'application Health de son iPhone. Un message apparu à l'écran: "Tachy-arythmie - Danger immédiat - Keep your bankcard - Vous êtes attendu dans l'heure à la Sheperd's Clinic - Code d'accès 023B".

 La circulation était fluide à cette heure avancée de la nuit. L'application Uber de son iPhone (get a taxi, private exclusively) lui permit de gagner en moins de 10 minutes l'accès barricadé de la Sheperd's Clinic, avenue de Lombez. Ce gigantesque complexe hospitalier cardiologique encore baptisé il y a une vingtaine d'années Clinique Pasteur, acquis depuis par le tentaculaire conglomérat de médecine prédictive GAFA  (Google- Apple- Facebook- Amazon) au tournant des années 20 s'était vu ainsi rebaptisé, les dirigeants de la firme à la pomme n'ayant pas pris la peine de consulter New-Wikipédia à l'entrée Pasteur  et jugeant plus simple et plus friendly la prénomination de Sheperd (berger, en ancien anglais).

 La frappe de son code d'accès sur le digicode blindé de l'imposant portail le guida par un fléchage lumineux et individualisé vers la salle de dégrossissage diagnostique, prélude à tout geste interventionnel. Il se sentit rassuré, en lieu sûr tout simplement. Malgré toute la précision des gestes des robots qui l'avaient déshabillé et installé sous l'œil bienveillant des caméras diagnostiques, l'inquiétude le reprit il se sentit brutalement à nouveau seul, revenant 60 ans en arrière où, encore enfant, il était admis à l'Hôpital de Palmiers, dans son Ariège natale, pour une crise douloureuse abdominale aiguë, diagnostiquée alors appendicite. Il essuya une larme au souvenir d'Annie, l'accorte infirmière et du rassurant Dr Guglielmi dont les bons soins l'avaient ramené à la guérison et au préau de l'école primaire moins de15 jours plus tard.

           Mais depuis, que de choses avaient changé et pourtant, pas pour le pire! Et dont peut-être, chers lecteurs, il serait bon que je vous retrace les grandes lignes.

 A l'antique dossier médical individuel et tenu secret par votre médecin traitant, aux données médico-administratives elles aussi tenues secrètes par votre hôpital, par la SS et sa Caisse d'Assurance Maladie, le Big Data et les nouvelles technologies connectées pilotées par la logique marchande avaient substitué la constitution de gigantesques bases de données, dont les opérateurs GAFA géraient maintenant l'exploitation: connaître son génome pour 100 $, et donc les prochaines et probables affections dont on disait autrefois qu'elles vous surprenaient, alors que maintenant elles advenaient, choisir son meilleur  médecin et son rapport qualité-prix et surtout son meilleur contrat d'assurance, le tout dans ces si merveilleux objectifs de transparence et d'efficience, maîtres-mots de cette nouvelle raison du monde. Voilà, chers lecteurs, en quelques mots, brossées les grandes lignes de cette magnifique évolution.

           Bien des obstacles s'étaient dressés sur cette route du progrès: la confidentialité, ancien terme adverse de la transparence, brandie par la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés) longtemps arc-boutée sur la préservation de l'anonymat des données, anonymat pourtant contradictoire avec l'objectif de la publicité sélective dont la devise célèbre était "à chaque génome, son spot"; le secret médical et le colloque singulier, antiennes bien connues de tout le corporatisme médical à la française; les associations d'usagers frileusement repliées sur leur communautarisme, etc.…

 Heureusement l'Etat, ce garant de l'intérêt non pas général, mais de chacun, diligenté par son Chef de l'époque avait chargé son gouvernement en 2015, en la personne de son Premier Ministre et de son adjoint à l'Economie, ancien banquier et sherpa du célèbre futurologue Jacques Attali, d'entamer par la loi le déblaiement de tous ces obstacles et l'ouverture des données publiques de santé, jusqu'à prévoir leur mise en vente par la SS (article 47 de la loi sur la Santé de 2015).

 Premier client, l'Assurance détectant dans cette ouverture l'opportunité phénoménale à l'expansion illimitée de son marché. Accéder à ces données permettait d'individualiser les risques de chacun, de prédire l'espérance de vie personnelle. De foutre en l'air (pardonnez-moi, il n'y a pas d'autres mots) les systèmes de protection collective et l'ancien principe général et collectiviste de mutualisation des risques (d'ailleurs, méritait-il autre chose?), pour lui substituer le contrat individuel (pay how you live) au tarif déterminé par les données de l'analyse, au cas par cas, de vos antécédents médicaux ou de votre génome. L'Eldorado! Substituer la Dissociété à la Société! Et enfin réaliser ce à quoi Margareth Thatcher avait consacré toute sa vie: "La société n'existe pas. Il y a seulement des Hommes et des Femmes". (1987  Interview au Women's Own  Magazine).

Quant à la SS, rebaptisée Sécu du Cœur et prise en main par le caritatif Guy Bedos, la voilà dévolue aux nouvelles tâches du soin des pauvres, installant ses hôpitaux low-cost dans les hangars désaffectés d'anciennes grandes surfaces, fournie en produits pharmaceutiques par tous les invendus aux dates de péremption dépassées de laboratoires compatissants.

            Chers lecteurs, n'angoissez pas! Je reviens de l'Avenir, mais vous savez que rien n'est moins tracé que lui à l'avance. Par contre, comme le disait à son escouade mon grand-père, caporal en 1915 dans une tranchée en Argonne, ayant repéré à la jumelle à 200 m vers les lignes ennemies l'installation d'un obusier de 37 et d'un nid de mitrailleuses: "Les gars, si vous vous ne bougez pas le cul, on va prendre leurs pélots sur la gueule". (pélot ou miaulant, vieux terme d'argot militaire pour désigner un obus).

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