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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 21 octobre 2014

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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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"S'ils en cherchaient, ils en trouveraient..."

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     (A cette affirmation vitupérée ou désabusée, vous reconnaissez tout de suite la proximité d'un comptoir et de quelques piliers.)

  ( De notre envoyé spécial Jean Casanova  -   Agence Pôle-Emploi - 5,  boulevard Kir - 21000 Dijon)

           De qui avons-nous le droit, et même plus l'obligation, mes concitoyens, de surveiller les faits et gestes, allées venues et occupations, surveillance destinée à prévenir leurs mauvais penchants et éviter les néfastes récidives des crimes et délits envers la Société dont ils se sont rendus coupables ?  Nous avons le droit et l'obligation, et le bracelet électronique comme moyen, de surveiller cette coupable population dont la Justice a tranché que leur liberté serait dorénavant limitée par la Prison, ou sinon surveillée par le Bracelet.

 Déclaration ferme et martiale, toute attendue de n'importe quel Ministre de l'Intérieur, qui jusque-là ne peut qu'avoir vôtre assentiment, bien que n'étant pas dupes du facile de la formule.

           Mais là, attention ! Changement de déclarateur et d'auditoire. "Au fait avéré et identifié par nos enquêteurs (ceux de Pôle-Emploi), à savoir que 20 % des 3 500 000 demandeurs d'emploi, en réalité n'en cherchent pas, 700 000 gredins au bas mot, nous devons trouver la juste parade. Demandeurs certes, quoi de plus facile mais également chercheurs, voilà la nécessité et elle n'est pas remplie. Le bracelet nous y aidera."

 Voilà le discours carré que viennent de tenir nos deux Ministres du Travail et de l'Economie aux 95 Directeurs Départementaux de Pôle-Emploi, convoqués en séance plénière, la semaine dernière au Ministère du Travail. Et des déclarations, aux actes ! Sera mise en œuvre, une fois les conditions techniques réunies (approvisionnement en bracelets, installation de postes de télésurveillance dans les agences, embauche et formation des personnels préposés), dans deux sites pilotes, dont bien sûr celui de la bonne ville de Dijon dont j'ai l'honneur d'être le maire, sera mise en œuvre la procédure suivante : après loyale information, installation à la cheville de chaque demandeur par un maréchal-ferrant assermenté d'un bracelet de télésurveillance, enregistrant par géolocalisation tout déplacement du porteur et en authentifiant la destination: bureaux de Ressources Humaines d'entreprise, foires à l'Emploi, agences d'intérim, etc... Pour les démarches de demandeuses dans les salons de coiffure, il sera vérifié qu'elles n'ont pas été l'occasion d'une rapide permanente ou d'un brushing clandestin. Pour celle de demandeurs dans un garage ou une station-service, qu'il ne s'agissait pas d'une vidange ou d'un changement de vis platinées.

            A ce jour, chers lecteurs, et moins d'une semaine après le démarrage du dispositif, l'agence Pôle-Emploi de Dijon a tenu en toute transparence à nous faire connaître les résultats de cette pêche au gros, avec déjà deux poissons :

     * un ancien technicien de Hoover, âgé de 57 ans, chômeur de longue durée, allocation mensuelle de 400 € en cours de dégressivité, repéré quotidiennement et exclusivement au Resto-Bar-Tabac du 112, avenue de la République, resto-bar n'ayant pas formulé d'offres d'emploi depuis Octobre 2013, et dont l'enquête a révélé qu'il s'y rendait, pratiquement de façon addictive depuis au moins six mois, pour gratter son millionnaire quotidien, innocent inconscient rêvant de jours meilleurs.

     * autre gibier dans nos filets, il fallait s'y attendre dans cette Bourgogne de la gastronomie et des bons vins, un ancien cadre supérieur de 45 ans, au sixième mois d'une perte d'emploi dans le cadre d'une rupture conventionnelle, rupture conventionnelle lui ouvrant droit à la coquette indemnité de 300 000 € et au bénéfice mensuel d'une allocation-chômage de 6000 €. Repéré lui, non dans un resto-bar-tabac, mais au Golf Hôtel 5* du Château Chailly, où les jeunes caddies interrogés attestaient de son quasi-princier train, ne reculant jamais devant vins fins, venaisons et fastueux pourboires. Insouciant et optimiste qu'il était à la veille de prendre la tête de l'externalisation offshore, en Inde, du secteur informatique de son ancienne entreprise spécialisée en éclairage médical. De là, chers lecteurs, à inférer le caractère frauduleux de cette rupture conventionnelle, il n'y a qu'un pas. Ne le franchissez pas !

           Il nous étonnerait fort que de tels exemples alimentent dans le sens voulu les présupposés de la saine démarche du Ministre,  des emplois il y en a ; à vous de les saisir, bande d'assistés. Beaucoup de cafouillages sont à craindre, de révélations plus gênantes que convaincantes. Jusqu'à l'idée "tout ça pour ça" et que, en matière d'emploi, la seule conséquence heureuse ait été la cinquantaine d'embauches de télésurveilleurs.

 Sans parler de la perception par la partie la plus sensée de la population, la plupart d'entre vous en font malgré tout partie, que 20 % qui ne cherchent pas et ne trouvent pas, cela veut dire que 80 % cherchent sans trouver. Consciente du fiasco prochain de l'opération en cours, une cellule secrète du Ministère du Travail...

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