Certains d'entre vous, toujours étonnés de la précision habituelle des adresses postales désignées à leur curiosité (2, rue Delabordère, à Neuilly ; 214 B Baker Street, à Londres...), n'ont pas manqué de vérifier la dernière, celle-là désignée à leur attention, 55, avenue Bosquet, à Paris, et me font remarquer par retour de courriel, avec la gentillesse et la courtoisie qui siéent toujours à nos échanges, mais n'en pensant pas moins ("Il a du fumer la moquette !"), que cette dernière n'abritait en rien le siège de la CPEOF (Caisse de Préconisation et d'Encouragement à l'Offshore Fiscal), mais celui du MEDEF.
De là, à douter du sérieux de mes investigations, il n'y a pas loin et je les comprends !
À vrai dire, un petit retour en arrière s'impose, car, effectivement, c'est sous le mandat de Laurence Parisot, il y a quelques années, que cette organisation philanthropique, le MEDEF, quittait son antique siège de l'avenue Pierre-Ier-de-Serbie pour aménager dans le quartier du Gros Caillou, à deux pas du pont de l'Alma et du parc du Champ de Mars, dans ce si beau 7°arrondissement de la capitale.
Pourquoi donc ce changement de pénates, cet abandon d'une aussi prestigieuse adresse pour celle, plus bucolique dans la consonance, dont nous venons justement à débattre ?
Il faut le dire, pour des raisons de simple commodité et de sécurité : un immeuble aux abords plus facilement bouclables par deux à trois simples pelotons de CRS, des terrasses avoisinantes plus propices à l'installation de snipers, toutes choses bien commodes lorsqu'on est exposé dans ce pays au peuple au tempérament si colérique et belliqueux, même-peuple héritier de la tradition sans-culottes et aux bonnets phrygiens, effets vestimentaires pouvant toujours masquer piques et hallebardes, lorsqu'on est donc exposé aux quotidiens défilés revendicateurs et souvent hostiles de tout ce que le pays compte de récalcitrants : fantaisistes intermittents du spectacle, aux réactions toujours imprévisibles ; bataillons cégétistes dont l'accompagnement de baraques à frites et de petits braseros portatifs pour merguez-parties, peut à tout moment dégénérer en jets d'oeufs ou de tomates, voire de pierres ou de boulons ; groupes de Femen aux seins nus, certes toujours gracieuses, surtout quand elles lèvent les bras, mais souvent promptes à l'hystérie et à l'inconvenance ; sans parler de ces hordes paysannes sur engins agricoles pétaradants, dont le dernier déversement de fumier et de purin, sur les magnifiques marbres du 10, Pierre-Ier-de-Serbie, avait laissé, longtemps encore après, d'étranges remugles imprégnant jusqu'aux moquettes du bureau de la Présidente.
"C'est avec ce peuple qu'il faut vivre !" avait-elle lâché, excédée.
Commodité donc, sécurité aussi et prudence également. Car quartier mieux sécurisé, c'était aussi éviter de s'exposer à d'aléatoires confrontations qui, dans ce pays, telles une étincelle mettant le feu à la plaine, pouvaient vous replacer dans de fâcheuses situations, celles d'un Juin 1936 ou d'un Mai 1968, nous voyant, en un tour de mains, obligés de lâcher 15 jours de congés payés là, le doublement du salaire minimum là-bas. Prudence donc !
"Mais me dites vous, ce n'était pas du tout de cela dont nous voulions parler, à propos de cette usurpation d'adresse que vous, journaliste prétendument vérifiant ses sources, attribuiez à la CPEOF, alors qu'elle est celle-même du MEDEF".
Nous y venons justement, chers lecteurs ! Il s'agit bien de la même adresse, et c'est d'un événement nouveau, dont vous n'avez pas encore eu connaissance, et que grâce aux investigations que nous menons ensemble avec mon collègue de Mediapart, nous sommes enfin en mesure de révéler : le MEDEF ne serait qu'un nom de façade, nous travaillons à le vérifier, destiné à masquer les véritables agissements de l'Organisation.
Dans ce nom de MEDEF, au F franchouillard et au E entrepreneurial, vague allusion aux lointains antécédents industrieux et industriels de l'organisation, beaucoup de choses sonnaient faux, alors que l'activité principale de ses hauts adhérents n'avait plus rien à voir, ni avec la France, ni avec l'Entreprise, mais était toute entière tournée vers la finance, la désertion fiscale, pour parler plus précisément le haven tax, en bon français la quête du paradis fiscal.
En conséquence, un nouveau baptême s'imposait, et comme toujours dans de telles circonstances, quand de jolies marraines se pressent autour du berceau du nouveau-né, les prénoms les plus variés, les plus étranges aussi avaient fleuri, souvent entachés de connotations US, toujours suffixés de ing, comme marketing, benchmarking, ou plus communs, comme duty-free, toutes suggestions finalement repoussées par le nouveau Président, dont la solide généalogie humaniste et savoyarde, celle des Gattaz, l'avait, en définitive, fait opter pour les termes de Préconisation et d'Encouragement, celui d'Offshore restant la seule concession faite aux hystériques communiquants anglo-saxonnistes convoqués pour ce baptême qui, vous le devinez, ne se déroulait pas dans les eaux du Jourdain. Et si d'ailleurs, à ce moment-là, s'était imposée la nécessité d'une immersion du petit bébé, c'est plutôt dans celles du lac Michigan, tout proche de Chicago, berceau natal de St.-Milton, qu'on s'y serait pris.
Vous voilà donc enfin éclairés sur ce qui n'est ni permutation ni usurpation d'adresse, tout simplement transmutation. Pour vos courriers d'encouragements, de félicitations, de suggestions aussi, de chèques cela n'est pas nécéssaire, n'ayez crainte, l'adresse est toujours la bonne.
Chers lecteurs, soyez assurés que vos remarques ne resteront jamais sans réponses. Le côté laborieux, démonstratif et finalement assez orienté de ces dernières ne devant pas vous décourager des premières.