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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 23 mai 2015

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Grande Messe à Poitiers.

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 (De nos envoyés spéciaux Jean Casanova et Andrée Bourdieu - Église Sainte-Radegonde - Rue du Pigeon Rose - 86000 Poitiers               6 Juin 2015)

           Nous avons pris quelques jours d'avance, chers lecteurs, Andrée et moi, déjà transportés au Samedi 6 Juin, le Dimanche 7 Sainte-Radegonde devant être rendue à ses paroissiens, quelques jours d'avance donc pour vous relater la « cérémonie », dans la grande nef de l'église Sainte-Radegonde de Poitiers, de l'ouverture plénière du Congrès de la Chose. Oui de la Chose ! La Chose, terme utilisé pour dénommer ce que l'on ne sait plus ou ne peut plus nommer tant elle est devenue imprécise, impalpable, ondoyante et pourtant toujours bien là. En bref, et pour se faire comprendre, le Congrès de la Chose solférinienne !

 Un de nos correspondants nous éclaire sur le sens de cet épithète, solférinien. Le 24 Juin 1859, les soldats franco-piémontais battaient l'armée autrichienne dans la province de Mantoue (Lombardie), à proximité du village de Solférino, au sud du lac de Garde. Le nom de cette victoire française - une effroyable boucherie de plus de 40 000 morts - a été attribué à une rue de Paris où se trouve aujourd'hui le siège du Parti Socialiste.

           Mais revenons à Poitiers. Le choix du Futuroscope, un instant évoqué pour la tenue de cet événement, l'ouverture du Congrès de la Chose, a finalement été abandonné, augures, aruspices, et autres futurologues l'ayant fortement déconseillé. L'avenir est sombre pour vous, avaient-ils prédit. N'allez pas provoquer le Destin au Futuroscope.

 Augure : dans l'Antiquité romaine, prêtre interprétant les présages d'après le vol ou le chant des oiseaux.

Aruspice: toujours dans l'Antiquité romaine, prêtre interprétant la volonté des dieux par l'examen des entrailles des victimes de sacrifices.

           Et l'on en était revenu à l'idée première de Paul-Émile Caramanlis, le Premier Secrétaire, celle d'accueillir, Monseigneur Vingt-Deux, l'évêque de Poitiers y avait consenti, accueillir la grande messe d'ouverture dans la nef centrale de Sainte-Radegonde, patronne et bienfaitrice de la ville (patronne et bienfaitrice, l'association avait tout de suite plu à Paul-Émile), patronne de Poitiers et reine du peuple franc au VIII° siècle.

   Nous vous avons déjà décrit lors d'un précédent voyage, nous n'y revenons pas, cette magnifique nef centrale et ses vitraux racontant les hauts faits de la vie de la bienheureuse, hauts faits dont la générosité et la sainteté n'étaient pas sans faire évoquer ceux des trois premières années du Quinquennat. Nous n'y revenons pas.

          Chers lecteurs, il est 10 heures, la grande nef est déjà pleine. Un peu de tristesse dans l'air, cependant. Les présents aujourd'hui, choisis et délégués dans leur paroisse il y a 15 jours, avaient pu constater lors de ces assemblées paroissiales l'immense désaffection à leur égard de la part de leurs coreligionnaires. Moins de la moitié attendue avait bien voulu se déplacer pour les désigner lors de ces assemblées.

  Mais enfin, les pèlerins sont là aujourd'hui, venus de tout le pays et accueillis maintenant par le chanoine Paul-Émile Caramanlis, reconnaissable à son amusse blanche agrafée sous le menton et sa barrette de soie violette sur sa chevelure gominée noire de jais. Mais peut-être, chers lecteurs, quelques précisions s'imposent concernant cette terminologie touchant au costume ecclésiastique.

L'amusse, vêtement ecclésiastique, était une coiffure-capuchon descendant de la tête aux épaules. Rapidement supplantée comme coiffure par la barrette, elle se mettait généralement sur les épaules et sur le bras gauche, lorsque l'on s'en dévêtait. De son bord inférieur, pendaient souvent de petites queues de dentelle.

 La barrette est un bonnet rigide de soie moirée violette, orné pour les chanoines d'une houppe.

          Mais revenons à nos ouailles ! Toutes les précautions ont été prises quant à l'équanimité, pour ne pas dire au vide, devant présider au débat entre fidèles.

 Vous n'avez pas oublié, chers lecteurs, Rio Bravo de Howard Hawks, ne fut-ce qu'en raison de son magnifique solo nocturne de trompette El Degüello ! Vous n'avez pas oublié le shérif adjoint, incarné par Dean Martin, poivrot en cours de rédemption, chargé par son chef de veiller, à l'entrée du village, à ce que tout le monde, pacifiques garçons de ferme ou mauvais garçons de passage, abandonne son ceinturon et ses colts avant l'entrée en ville.

  Aujourd'hui, c'est le bedeau Filoche en personne qui veille à l'entrée de la nef à l'abandon des frondes, des pierrières et autres fustibales qui rejoindront directement la sacristie. Tout ceci vous sera rendu après la messe, a assuré le bedeau.  Pour cette mission délicate, c'est à lui que Paul- Emile avait songé, en raison de son talent pour la confusion des vessies et des lanternes et son art dans la sonnerie des cloches : angélus, glas, tocsin et autres carillons.

   Il n'empêche. Avec ce commentaire en direction des frondeurs : « Les dégonflés ! », entendu dans toutes les casernes, de sapeurs-pompiers,  de gendarmerie et de parachutistes, enfin à tous les endroits où il est question de virilité et de sens de l'honneur.  Plus mesuré, celui du Pensionnat de la Comédie-Française : «  Mais non !  Ils font partie du spectacle, eux aussi ». 

           Plus en avant dans la nef, disposée sur plusieurs rangs, la Chorale des Petits Chanteurs à la Croix de Bois entonne le canon de l'Agnus Hollandei. Résonne encore sous les voûtes le Dona nobis socialum pacem, hymne à la reconnaissance des bienfaits de l'ordre et à la conjuration du toujours dangereux désordre social.

   Dans un point de l'abside, les deux vestales Najat et Marisol, en attente de béatification, se tiennent modestement les yeux baissés. Toutes deux désignées à l'attention générale pour la sainte manière dont elles accomplissent leur sacerdoce : conjurer l'ignorance des enfants, soigner les scrofules et laver les pieds des lépreux.

  Le chanoine Paul-Emile est monté en chaire il y a près d'une heure. Il termine maintenant son sermon par la sainte formule : Ora pro nobis,  Manolo quoque. Nous ne sommes plus loin à cet instant de la fin de ce qui a carrément tourné à l'office religieux. Après avoir demandé pardon, Kyrie, Kyrie eleison (Seigneur, aie pitié), l'ensemble des fidèles exulte et s'élance dans un chant de louanges, Gloria in excelsis Hollandeo exaltant le Président, tant sa miséricorde est infinie. Nous vous retranscrivons le texte de ce chant distribué à chacun des fidèles par les deux bedeaux qui remontent les travées du Congrès.

 Gloire à l'Élysée, au plus haut des cieux.

 Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

 Nous te louons, nous te bénissons, nous t'adorons et te glorifions, nous te rendons grâce.

 Prends pitié de nous, car toi seul es Seigneur.

 Amen

           Le chanoine Paul-Emile Caramanlis, enfin apaisé et souriant, à regagné l'autel, dans l'abside au fond du chœur et, se tournant vers les congressistes, tous les yeux embués de larmes, levant les bras pour leur montrer la Rose, elle sans épines, non comme la couronne, a prononcé les derniers mots : Ite, allez en paix.

   La foule encore béate s'écoule lentement sur le parvis de Sainte-Radegonde, pendant qu'en sacristie se récupèrent frondes et pierrières.

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