(De notre envoyé J.Casanova au Quai d'Orsay - Paris.)
(Pour y rencontrer un des plus éminents spécialistes de la relation franco-arabe et de notre diplomatie proche-orientale.)
Le ton est donné chez les éditorialistes du Monde au Figaro, je ne les cite pas tous. Un nouveau concept occupe leurs savantes colonnes : nous assisterions au tournant de la politique franco-arabe et proche-orientale de la France, invariant gaullo-mitterrandien des 50 dernières années.(Gaullo- mitterrandien ! Le qualificatif emprunte à l'oxymore, car entre l'homme du 18 juin et de la décolonisation et celui, petit grouillot au Secrétariat d'État aux Prisonniers du Maréchal Pétain, puis Ministre de la Justice aux 44 exécutions capitales du Gouvernement Guy Mollet - record rendu imbattable, reconnaissons-le, par l'abolition de la peine de mort prés de 30 ans plus tard - il y a la symétrie parfaite entre l'homme à principes et l'opportuniste invétéré.) Mais ne nous perdons pas en route et revenons à ce fameux tournant, celui de notre politique proche-orientale.
Effectivement, quelle distance entre un Général De Gaulle interrompant les livraisons en matériel militaire à Israël au lendemain de la guerre des Six-Jours en 1967, un François Mitterand envoyant notre marine de guerre à Beyrouth en 1982, pour y sauver Yasser Arafat et l'OLP encerclés au Liban sous le feu des chars et de l'aviation israélienne, un Jacques Chirac accueillant en France, en 2004, le même Arafat, nos médecins militaires tentant alors de le sauver d'une affection mortelle dont l'identification n'a toujours pas abouti, oui, quelle distance entre ces trois dates et ces trois hommes et le discours du 16 Juillet de notre actuel Président, François Hollande, sermonnant les Français manifestants pour l´arrêt du massacre à Gaza, leur demandant de ne pas se mêler de "lointaines querelles".
En politique, tous les mots, même les plus petits, ont un sens et cette formule, "lointaines querelles" (excusez du peu, nous allons passer la barre des 600 morts), doit être impérativement interrogée. Et de l'explicandum (la chose à expliquer), passons à l'explanans (le point de départ explicatif).
Si l'on admet que l'attitude des Etats, en matière de relations internationales (conflits, neutralité, alliances et toute prises de position en général), est essentiellement, mais pas seulement il est vrai, dictée par des considérations économiques, pour ne pas dire de rapine, et, sur 1000 ans, donnons en quelques exemples (des Croisades pour contrôler les routes du commerce Orient-Méditerranée, à l'invasion bushiste de l'Irak pour ses matières premières stratégiques, en passant par les Conquistadors dans l'Empire Inca, le 3° Reich allemand à la recherche de son "espace vital" en direction de l'Oural, sans oublier les rivalités franco-britanniques, tout au long de trois siècles, pour le partage colonial de l'Amérique du Nord, de l'Asie et de l'Afrique), si l'on admet cet explanans, on commence à entrevoir le pourquoi de ce tournant.
La réorientation, sinon annoncée, au moins patente, des grandes visées américaines depuis la fin de l'ère Bush, dans un grand basculement de leurs intérêts stratégiques de l'Europe et du Proche-Orient vers l'Asie et le "containment" de la Chine montante, n'ouvre-t-elle pas un nouvel espace arabo-africain aux visées des transnationales françaises dont, ne l'oublions pas, notre Président est aussi le représentant de commerce en chef ? Et, à ce titre, chargé de la difficile fonction de prospection, d'exploration et d'établissement de liens privilégiés avec les aires étatiques rentabiliféres. Derrière lui, se pressent en rangs serrés les donneurs d'ordres. Identifions les. Avionneurs, fabricants de TGV et d'automobiles, fabricants et marchands d'armes, géants bancaires et de la grande surface, géants de la distribution d'énergie et du traitement de l'eau, nucléaro-électriciens, laboratoires pharmaceutiques, il y en a d'autres...
Terrain d'atterrissage de leurs projets capitalistiques: l'Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire, Mali, Niger, Centrafrique) où la troupe de Le Driant quadrille le terrain et tente de stabiliser les despotes locaux. Et pour le Proche-Orient (Arabie Saoudite, Emirats dont le Qatar, sans oublier Israël), où Laurent Fabius multiplie les allez-retours dans une relation privilégiée avec leurs dirigeants.
Voilà, chers lecteurs, le résumé de notre spécialiste du Quai d'Orsay et son analyse de l'abandon de la ligne gaullo-mitterrandienne. Son identité, ne pourrez la connaître, un blackboulage dans un consulat de Patagonie étant la sanction habituelle du manquement au devoir de réserve.
Après, tout est question d'organisation : Valls et Cazeneuve pour mater la rue ; Le Driant, pour droper les paras et l'infanterie coloniale ; Fabius, pour enjôler les émirs et le Likoud !