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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 23 septembre 2014

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Les bénéfices de la guerre.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

          Symptôme, maintenant classique, de la dérive d'un pouvoir désavoué dans ses fondamentaux et ce, quelque soit l'homme qui l'incarne, la fuite en avant dans l'aventure de la guerre !

Aujourd'hui, 23 Septembre, les deux préposés quotidiens à la caisse de résonance du clan au pouvoir, Libération et Le Monde ouvrent sur la même une, énorme et volontairement angoissante : "Tuez des salauds de Français !"

     - Libération : EI, la France ciblée !

     - Le Monde : Quelles menaces fait peser l'EI sur la France ?

          La guerre ou sa menace, pour un pouvoir aux abois, c'est beaucoup de choses : tout d'abord, détourner l'attention de sa propre déliquescence ; détourner l'attention des angoisses quotidiennes du plus grand nombre : chômage, précarité, pauvreté ; détourner aussi l'attention des projets qu'il poursuit dans l'ombre : reculs en matière de droit du travail, abandon de services publics, accentuation de l'impôt pour les petits et les moyens, Pacte Transatlantique... Par la peur d'un terrorisme aveugle, obtenir derrière lui l'Union Sacrée, justifier les atteintes aux libertés, peut-être s'en prendre à la liberté d'opinion, d'assemblée et de presse. Enfin, mettre en tête que tout maintenant est devenu secondaire, qu'il ne reste plus qu'à obéir, qu'à approuver.

          Bien sûr, cet état de fait, l'imminence de la guerre, le danger du terrorisme, ne peut être déclenché sur commande. Il suppose un contexte international de tensions accumulées, de problèmes non résolus, de conflits ponctuels enracinés.

Et c'est justement la responsabilité de la politique extérieure et  de la diplomatie des grandes puissances (au moins celles siégeant au Conseil de Sécurité, et dont nous faisons partie) que de travailler en permanence à leur désamorçage, à leur résolution.

La politique de la France a brutalement bifurqué en ce domaine après 2003 (veto français à la légalisation par l'ONU de l'intervention américaine en Irak) et 2006 (condamnation par la France de l'intervention israélienne au Sud-Liban). Depuis Novembre 2007, avec le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, voulu par Nicolas Sarkozy et maintenu et poursuivi par François Hollande, c'est le suivisme atlantiste dans tous les domaines et sa conséquence : création de nouveaux points de conflits dans le monde, non-résolution et exacerbation de ceux existants (Afghanistan, Libye, Mali et Centrafrique, Syrie, Ukraine, Gaza et Cisjordanie).

À chaque fois, en Europe, quand Grande-Bretagne, Allemagne, Italie ou Pays scandinaves ont cherché à tempérer les ardeurs américaines, Nicolas Sarkozy, puis François Hollande, ont été dans la surenchère, en Libye, puis en Syrie. Au Proche-Orient c'est le soutien à peine voilé cet été à Israël bombardant Gaza. "Israël a le droit de se défendre", première réaction de l'Élysée début Juillet, avant de feindre, devant l'ampleur des manifestations pour la Paix, de confondre guerre d'occupation et guerre de religions.

          Si François Hollande est loin d'être le démiurge organisateur de ce climat général, force est de reconnaître qu'il n'a négligé aucune des erreurs y concourant :

     - affirmation, au lendemain de son élection, du maintien de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, a contrario de 40 ans d'indépendance française du Général De Gaulle à Mitterand, puis à Chirac

     - main dans l'engrenage, seul et sans alliés européens, au Mali et en Centrafrique

     - préparatifs, jusqu'au dernier moment, du bombardement de la Syrie en 2013 et humiliation de devoir y renoncer après la volte-face américaine et britannique

     - jusqu'au voyage ces derniers jours en Irak, en soutien à l'État fantoche laissé en place par le retrait américain après 10 ans de destructions, de désastres et de dislocation

     - pour finir, une Conférence de Paris pour organiser la guerre contre l'Etat Islamique au Levant, guerre dont on devine mal la stratégie, les bases, les buts et les modalités. L'aventure quoi ! Et comme à l'habitude, en en prenant la tête en co-leader d'escadrille d'Obama.

          Résultat de toutes ces erreurs ! Gain : zéro ! Perte : maximum ! Perte du prestige d'une position originale de la France dans le Monde, position inaugurée par le général De Gaulle et maintenue jusqu'alors. Exposition inutile à des menaces qui, même maîtrisées, ne pourront pas ne pas avoir d'effets, dont peut-être le plus grave, l'essaimage dans notre pays et nos quartiers en difficulté d'idées pernicieuses et mortifères y compris pour l'unité du pays et pour la République. Coup de pouce, s'il en fallait un, à l'idéologie xénophobe et raciste du FN. La liste est longue...

          Mais enfin, au moins un sursis ! Le pays a peur et va rentrer sa colère sociale. Pour le coup d'après, on verra ! Vivement le premier attentat ! Misérable joueur et apprenti sorcier.

          Jean Casanova

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