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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 24 avril 2014

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Nous sommes reçus par le Premier Ministre.

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  (24 Avril. Notre correspondant de politique intérieure, Jean Casanova, était reçu à l'Hôtel Matignon. Le Premier Ministre tenant à réserver au journal de Jaurès son premier entretien exclusif avec la presse écrite.)


          Affable et souriant, son directeur de cabinet à ses côtés, le Premier Ministre nous est apparu détendu, débarrassé de ce têtu serrement de mâchoires qui, à la tête de l'institution policière, ne le quittait plus depuis maintenant près de deux ans. Et ceci, disons-le, serrement de mâchoires, aux effets les plus variés chez ceux à qui étaient censés ainsi être adressés les signes de virilité, de fermeté et d'intransigeance, effets allant de l'apeurement des garçonnets Roms réveillés au petit matin par le ronflement des bulldozers éventrant leur cabane de fortune, aux sourires en coin et narquois des voyoux qui, à Marseille et Ajaccio, n'avaient pas interrompu un seul instant leurs pokers enfumés, comme des dealers de luxe transférant, sans s'en laisser conter, sur des comptes opaques à la City les produits de l'écoulement en liquide des cargaisons de coke arrivées en go-fast et sitôt revendues dans les grands ensembles du 93.


  Il faut bien le reconnaître, cette absence de résultats en matière de grande délinquance mafieuse et financière, en dehors du couronné-de-succès renvoi de Léonarda, n'avait en rien altéré la confiance et l'enthousiasme des lecteurs du Figaro-Magazine pour qui cette allure martiale était déjà tout un programme. Preuve, qu'en politique, la mimique est toujours un atout de taille.

          Détendu donc, toujours encravaté pastel, sans préliminaires, faisant confiance à notre professionnalisme pour aller droit au but, il accepta d'emblée d'en arriver à ces fameux 50 milliards.
 - Monsieur le Premier Ministre, commençai-je précautionneusement, si l'art, en politique, consiste à se ménager les faveurs des uns en faisant le malheur des autres, votre pacte de responsabilité et de solidarité fera école : mitonner la rente foncière et le dividende actionnarial d'une part, geler le salaire et la pension de l'autre, est-ce là la bonne recette pour sortir notre pays de la crise ?


 - Je vous attendais bien là, s'esclaffa-t-il. Le Président de la République m'a chargé d'une mission : remettre la France sur la voie de la compétitivité. Je ne transigerai en rien face a cet impératif. Je veux alléger le coût du travail et soutenir l'investissement. C'est la stratégie que nous avons choisi et je sais que les forces de progrès nous soutiendrons.
Le tout bien sur, dans le cadre de la justice sociale...
Mais déjà, sur l'écran de mon petit dictaphone clignotait : "batterie faible. OK." Et les derniers mots du ministre se perdaient : "république...,progrès..., laïcité..." Et puis, plus rien ! Enregistrement interrompu !
Que ne m'étais-je muni des piles du célèbre petit lapin tambourinaire !
Retour au journal, avec cet entretien tronqué. Que nos lecteurs veuillent bien nous pardonner cet incident technique les privant de l'argumentaire ministériel. Ce sont aussi les aléas du métier.

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