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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 25 avril 2014

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L'épreuve de vérité pour la Ve.

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          Dans l'esprit de son inspirateur, théoricien et fondateur, le général De Gaulle, la Ve République se voulait "l'institution du pouvoir d´un homme, en accord avec son peuple, au-dessus des partis".

  Lointain avatar du césarisme et du bonapartisme, plus au-delà encore, de l'autocratisme de la monarchie absolue ("l' Etat, c'est moi"), ce principe refait surface en 1958, propulsé dans l'inconscient collectif par la déliquescence et le naufrage des IIIe et IVe Républiques, l'une emportée par son incapacité à affronter la montée à la guerre, puis la défaite, l'autre par la question coloniale. Et ceci, à chaque fois, à la raison avancée d'un exécutif faible et de l'instabilité gouvernementale. Les présupposés du régime actuel sont là. Et, si la prestance, la clairvoyance, l'intégrité et l'autorité de l'homme du 18 Juin pouvaient justifier une telle conception de la conduite du peuple, ses successeurs pouvaient-ils prétendre à enfiler un aussi ample habit ? On fit comme si. 

 (Retour au naufrage de la IVe. Les historiens diront, mais c'est un autre débat, si la faillite de ce régime tenait essentiellement à la faiblesse de l'exécutif, ou si le mal n'était tout à fait autre, à savoir l'impossibilité, due à l'hypothèque de l'importante représentation communiste d'alors, d'avoir une majorité solide, à droite comme à gauche, ces deux termes étant posés comme les intangibles de l'alternative républicaine.)


           "L'institution du pouvoir d'un seul homme, au-dessus des partis", la Ve s'en est donné tous les moyens : élection du Président au suffrage universel, lui conférant la légitimité absolue, face aux députés petitement élus d'un scrutin de circonscription ; article 16 et ses "pleins pouvoirs", quasi-droit d'exercer la dictature ; article 12, possibilité donnée au Président de dissoudre l'Assemblée ; article 49 alinéa 3, permettant l'adoption d'un texte sans discussion ni vote parlementaire ; instauration d'un Ministère chargé des Relations avec le Parlement, rien d'autre qu'un moyen de police parlementaire pour l'exécutif ; et enfin, arme suprême, le referendum d'initiative présidentielle destiné à briser toute opposition parlementaire (ce qui fut fait en 1962 pour instituer, au delà des partis, l'élection du Président au suffrage universel).

  Ce pouvoir absolu d'un homme unique restait encore boiteux, bridé par la dissociation des temps présidentiel et parlementaire (septennat et législature de cinq ans), rendant elle-même une toujours possible cohabitation, accidentelle ou non (décès du président, dissolution-surprise), véritable redistribution des cartes entre l'Exécutif et le Législatif. Ce pouvoir encore boiteux devenait définitif sous l'action de L.Jospin qui, en 2000 et 2001, instaurait le quinquennat (par référendum) et ladite "inversion du calendrier" (par vote parlementaire). Ces deux dispositions gravaient dans le marbre l'indéfectible subordination du Parlement au Président et faisaient du Premier Ministre socialiste de l'époque, c'est un paradoxe, l'acheveur ultime du projet gaullien : la monarchie absolue élective.


          Pourquoi donc, aujourd'hui l'heure de vérité?
  Par ce que cette construction, sur plus de 50 ans, du pouvoir absolu est affrontée aujourd'hui à l'épreuve la plus redoutable qu'elle ait jamais connu, à savoir le délitement de ces deux piliers politiques :

     - d'un côté, "l'homme du pouvoir d'un seul en accord avec son peuple", ne jouit plus que de la confiance d'1 citoyen sur 5, situation inédite faisant voler en éclats le mythe de "l'homme à la rencontre de son peuple", brandissant à la moindre menace des corps intermédiaires, l'arme du référendum. Utilisé aujourd'hui, ce levier ne ferait qu'actionner la trappe, pour lui, des poubelles de l'histoire.
     - de l'autre, la base-godillot élue il y a deux ans dans un scrutin législatif de prosternation pour servir au Président de chambre d'enregistrement, fouaillée aujourd'hui par le désatre électoral et la hantise de la perte de sa rente et de ses prébendes, est entrée, sinon en rébellion, du moins en forte contestation. Et ceci malgré tous les verrous installés à tous les niveaux pour, plus que l'amadouer, la contraindre : menaces de dissolution, menaces sur les investitures pour les prochaines échéances, investitures délivrées par le sommet de l'appareil, lui-même, on l'a vu ces derniers jours, désigné, non par la base du Parti, mais par le Président.


          Que reste-t-il comme échappatoire à "l'homme du pouvoir d'un seul" ? Il en trouvera vraisemblablement une, expert qu'il est en arcanes politiques, quasi-certain également du soutien souterrain d'une part importante de l'oligarchie financière, favorisé de plus par le bégaiement de l'opposition de droite se voyant dépossédée de ses fondamentaux néolibéraux. Jouer et exploiter la tétanisation de ce qui lui reste encore d'électorat face à l'hypothèque lepéniste ne pourra suffire ! Tenter de débaucher une partie de l'électorat de droite par la reprise à mi-mots des thèmes de comptoir sur l'"assistanat" et la "fraude sociale", c'est gros jouer et peut-être de peu de rapport ! 
"L'homme du pouvoir d'un seul homme" a encore peut-être quelques cartes à jouer. Nous verrons bien lesquelles. Mais pour les institutions de la Ve, le compte à rebours a déjà commencé.

          Jean Casanova

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